‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 17 sur 428 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Comroeot le duc de Savoye se partit de Chambéry pour aller veoir le roy de France Charles huytiesme, en sa ville de* LyoD , et mena avecques luy )e boo chevalier sans paour et sans reproucbe, son paige.

Le bon chevalier demeura paige avecques le duc Charles de Savoye bien fespace de demy an, ou il se fit tant aymer des grants et petits qu'oncques jeune enfant ne le fust plus. H estoit serviable aux seigneurs et dames tant que c'estoit merveille. En toutes choses n'y avt>it jeime paige ne seigneur qui fust à comparer à luy ; car il saultoit, luy ttoit et chevauchoit au mieux possible ; de sorte que son maistre le print en aussi grande amour que s'il eust esté son fils. Un jour, estant Iç duc de Savoye à Chambéry , faisant grosse chière , se délibéra d'aller veoir le roy de France à Lyon, ou pour lors estoit parmy ses princes et gentilshommes, menant joyeuse vie à faire joustes et tournois chascun jour, et au soir dancer et baller avec les dames du lieu, qui sont voulentiers belles et de bonne grâce. Et à, vérité dire , ce jeune roy Charles estoit ung des bons princes, des courtois, libéraux et diaritables qu'on ait jamus veus ne leus. Il aymoit et craignoit Dieu, ne juroit jamais que, par la foy de mon corps ! ou autre petit serment. Et fiât grant dommage dont la mort le print sitost comme en l'Age de vingthuyt ans ; car, si longuement eust vescu, achevé eust de grandes choses. Ledict roy Charies sceut comment le duc de Savoye le venolt veoir, et qu'il jà estoit à la Verpillière, et s'en venoit

CHRONIQUE DE BAYART,

[UW]

ccmdier à Lfdtkt 8i oiyoyft àtt devant de Inj XLû §éiliil ))Hnce de là maiAm de Luteitibourg^ qtt'dn Api^oit te Bëgneur de Ujgàj, àveéques pl«igieurs attirer gaitibhommes et archers de sa fat^e^ qui le ttouvèl^etit à deox lied^ etitirë& dttdiet Lyoù. Si se firent grant chère lesdits dtie et seigneur de LIgny ) eâr tous deui estoient assez remplis d'honneur. Ils vindrent longuement parlans ensemble^ et tellement ^e lé seigneur de Ligny jeetâ son «il sur le jeune Biyârt) lequel estait sur son roussin qui trottât fort migoonement) et le fcisoit merrellleusèment tylen teuir. Se dit le seigneur de Ligny au duc de Savoye : « Monseigneur, tous arez là Un paige qui chevauche un gaiilart cheval , et d'avantage il le sœt m«iier gentemem^ — Sur ma foy , éki le due, il n'y a pas demy an que révesque de Grenoble m'en fist présent , et ne faisoit que sortir dé l'eseolle ; mais je ne vis jamais jeune garçon qui plus iiardiment de son ft^ se maintint , ny à cheval ny à pied ; et y a fort bonne grâce. — Bien vous advise , monseigneur, mon cousin , qu'il est d'Une ràsse où il y a de gaillards et hardys gentilshommes ; je croy qu'il les easuyvra. » Si dist au bon chevalier } « Bayart « picquez ! donnes une carrière à vsvtre cheval ! ** Ce cfoe le jeune enfant, qui pas mieulx ne demandoit, fit incontinent ; et très bien le seeust faire, et si que^ au bout de la course , fit bondir son cheval , qui estoit fort gaiUsBrd, troi»ou quatre merveilleux sanlx, dont il réjouit toute la compaignie. «Sur ma foy ^ Monseigneur^ dit le seigneur de Ligny^ vêla un ganftilhomme qui serM à mon opinion gentil et galant, s'il vit ; et m'est advis que ferez bien du paige et ducheval faire {présent au rery ; car il en sera bien aise/ pour ce que le cheval est fort bel et bon, et le paige, à mon advià/ encore meilleur. — Sur mon ame, dit le duc, puisque le me conseillez^ lef feray. Le jeune eAfant pour parvenir ne sceawroit appreAKlré en inellleure eseoile <|Qe la maison de France, oè de t&m temp» hontieur fait son séjour ph» longuement qu'en toute autre maison et prince, n

Anwi ert propos ebemÉièrent si avant qn^ik entrèrent dedans I/jtsmj où lesT rues estoient pleines def gens , et force dames aux fenestrea pour les veutr passer; car, sans mentir, ce duc de Sttvoye estoit fori beau et hcfà prmce , très bien^ àeêàmf&iffaè ^ et à veoi* sa contoiance, satHoil bien son prîtfee de grosse maîs<»i. Si

s'ai alla pour le soif , ^i fut «m merér^y des dres, à son logis eu il retint le seigneur de lAgby et un autre àppdé monseigiieur d'Avenues^ fiU éa sire d*Albret, et frère du roy de N avflrre, qui estoit alors un fort honneste et àcèomply seigneur^ à souper avec lUy , et plusiedrs amres seigneurs et gentilshommes. T edt durant le repas forée ménestriërs et chantres du roy qui vindrent re^Ouyr la compaignie. Le soir ne partit point le due de Savoye de soti logis, ains il fut joué à plusieurs jéU3t et passe-tèihps^ et taat qu'on apporta vin et espices ; les^elles prises* chascun se retira à son logis Jusques à lende-

main au matmj

GHAPITAE T.

Comment le duc de SâToye âHa Cidre la référence t^ r&j é& ftance à son logis , et du grant et boooeste recueil qui luy nit Met;

Le jeudy malin se leva le due de éàv&fë, el, après soy èstre mis en ordre, voiihit illèr tfouvef" le roy; mais avant son partertent affîvèrem à son logis lesdi(;ts seigneur de Lighy et d'Avesnes avecques le marescbal de Gié^ qUi pour lors avoit gros crédit eh Fràfflcè, ktntîpâÉ il donna le boii jour ; et aptèè mardièMit juSques Au logis du toy, qui desjà estoit prest poitt aller à la messe en ung coUveiit de eordèlîers qu'il avoit fuit construire à la requestèf d'urt dévot religieux appelé fi*re Jehan, bouf^eols, âd bout d'uh ftiuhtbourg de Lyon il()pelé Tette. Et y avoit ledit seigneur donné beaUc^pdu êHeti^ aussi avoit feit sa bonne et loyale èspouse Amiè^ duchesse cte Bretaîgne. SI trtntvà le due de Siivoye le roy ainsi qu'il toulolt «ortfr de 9à chambre, auéJUel il fist la révérence,- teBc et a haulte que à si grant et noble ptfncc appartèrtctt. Maislebon roy, qui fils estoit d'humilité, lé^rhït et Tembrassa en M disant : a Mon eouste, Aotf amy, vous Soyez le très bien vetttf i Je suî^ joyeuh de vous veoir; et sur ttioU ame, voui^ av«È bien Ikît, car si ne fessiez vé^fd, f^oîs délibéré vous aRer veoîr en vos pays, eu je voW eusse porté beaucoup phisdèdomtfrttge. •» A quoi respondit le bon duc : * Mondeîgheuf , B est difficile que i ma vOulenté sccu^iez pfityrter *>«*mage. Tout le regret que fauroys à vosfré avivée m vos pays et miafw seroit «eufement ifié né pourriez estre receu comme appartient à al haidt ne magnanbnei^rinéeqae vous estes; maia

PAR LR tOYAt SERVITEUR, ÇHAP. V.

\Am yw$ fA^i^e que le eueuis le corps, ravoir e(lQ «çAvoIr» s] Dievy «aïk ^ucmi vm* acNaten v99t|«4Mp^tio]^ aQliMdt qa§ te «i^dre de v^ is^joetUt « Poiitle poy, a^roQgiiMPtmpoQ» k

^ Ç9^vftlt 4e« eiMrdrtierf , ^ Uf «lyrwrt ^ voteMeat la iness^; ^ quan^t Y«pt à roffipande, fot MHé paf ie 49Ç de Sayoye a^ foy l'esw pQkVr «itr» ÇtQ^rt à ffostr^ SeigAeur^ aic^i q«^

^aiNiA jowr 09( çoqtf^n^d^ Iweka r^yei d? f ran^. i|«^ I21 miefj^e ouye, veH^oa^reai «w Iwvmnlt^ pow reloWQuQr au logifl, qù )e i^y t^etmt le dqc de $avoye à disoer ave^fuea toy» e( (Aietllei¥ieAV tod^ct^ «eiga^^ra de Uguj et d'Avesoea- Oovaat Iç dû^ y eul |^tosieq«« fPopuB |e<iiw, Ufit de okieiut^ d'oiseau!:^, <]f afr mis ^ d'apwma. fiianirç f^crtffea, le aeigoew deLigay ^ai« Foy : «^«» jevonajwe naa foy qpvi wffi^eigiVMy de Sayoy^ a vouloir de ïoaa dmp^ wei paige ¥m ob^auebe uc^ bae io«ii»iai9rt gaitlagrdau^ Ihoo quie jewe gar- 90a qii^ je yeU jaixiaU ^ et ^i ne peo9e poM qu'il ait pîoa de faa^irze aua ; 0^ia il loèae soQ obe^ Yii à la raiaoa eonupo^ ipg bomme de tren^. S'il vQqaBbârt allet mjv ve^prea à £si^y« «^ aoi^ Totrei pasai^temq^ -^ Parlafoydemoo corp^] dit {e rpiy Je le viieil. •« K^ poia regarda le docd^ Savqye en lui disaivt : <^ Itf^ixeoiiai];^ qui Youa a doimé ce geutil pai^ que dit le oousia à$L^ml p A ^ipy respo^ditle due : % Monsel^ gœqT) a eat de vos sobjects et d'uueaM^Lsoa ea T66lre paya dxk Paulj^ibxé, dout il est sorty de eai^anSs gcaotilshommea; sqq ouçle , Tévesque de Greqotde, dep«ûs demy aa la'eu a faiet ueg présent; mopai^^gneur mw oouaia Ta veu et u Qiditika bien taiat qiCil luy plaist; vous verrez àvQsAKglai^ir le paigeet le çbeval eui la prairie d'Esnay. « AIor& n'estoiit pa^ le boa chevalier «a pr^seooe ; lEuais u^ul biy $4 racooté , et cou^ laent te roy le yooloU. y^ir sur $ou obeval. ^a crois qpe» s'il ei|s<«ga^lavill^deLyoa>n'eu3t^ jaaesté ai ayae. U a'^ aUa i«ueontinent au. mai»^ tre gaUreaier du due de Sa.voye> nonuaé ?i40f de Cbenas ^ auq^ U disl : « Maj;^^ mon amy , leotend» qjoe te roy a dit à. moaseigneur ^'il TeQl veoir mon coussin après disner, et imj Aeifioa. Je voua prie tant que j/e puis que le vueil- (a&ire me^ é^ ordre^ et je vous donn^ai ma eqorte da^ de bou eueur- *^ l<e oiaistre palfanieri,qp| xeit la j^i^ Yf)\)l^ du jeuue ga^

100) luy dist : ^Bayart^ okmci amy, garder v^tve baitQii) je n'en veux point, et vous refi^ercie; aUe* Vf i« i#utei%ent peig^r et ne^ye^Y i^ ¥Qi|pe ^yalpf« biea m ordre» et \^ yexia fgk^ eeat beur, «pw a»y, qi^ele wy de Çran^e voua preign# e« graee, car il voua e«^ peit adver

Air be«^icQ^p de bieas ; et ^pielqu^firâ, aveeqGief Vayde de Dieu» pourrez fstre si g^ant aeigneiv cpie je v^'^ sentiray^ -r« Sur ma foy! «aaiar Vre> <Hst le bon d^va^er, jainais je i^'oubUeir^I ^a CQu?MMaiea qu^ 9a'a\e% feictea depuia qfm jr auia eft la amsQ« de moi^seigimçiK,^ et ai IPtoip

aiedonp^ jaaaaiad^ biwMi ve^ voua fu a^p^* eevre^ 9 {nçentiAei^ ^gk)u^ da^a la civ^iifthm <j^ son eacuyer^ o^ il SK^i^ya sea babiUeflPv^Mi se pe^i^OA ctt aiçc^uagra av phis jpliwent f^^'V l^ust, ea atte^MdaAl qu'il eust qi^ut^a uouv^lei^ ^ ne tardèrent gukes'i car« suf les deus; w troîis iM^urea, vmi l'eseuyer d'eccuyrte de Ds^oar iiflgnevMr de Savoye, lequel geuveri^t, ftayar^ q[ui le vmt demander, e> lo^ prea4 le troii^a* Si tuy *st tout Wbé : ^ Bayfir», mm wy> JH yqis biw q[ueîe s# voua gardemi guèrea; cai| j'entends que moaseigo^v ^ de^ Sm^ ua pré^ sent de vous au roj^, <pû voua yeult veowf wp yostre rousain en la pi^aiJ^e d'Esnay. ^.ne^sui^ pas nmrry de vostre avaaeemiçi^» ijAaiai 9m v^ foy î j'ai grapt irepet de xeua law^>'' Avio(% respoKidit k jeune Baya^ ; <« Mo^^seigu/^ur IJe^* çuyer,, Çieu me doiixt grâce» de <?<witiuttey ^ vertus <{«e m'avez «Mmt^ éea deppûs Ubeuf^^ qu# monseigneur vous baiUai ebarge dcf moy !i si. jf puis^ moyennant son aide,» i^'ajggçeï jaiu^ re^ prov^ede<âM>sefaejefosse^; et ai j|^ PfSM^imF en lieu pour vous faire service, cognoistxe4> paUT efiect.de combien je me sens vostre obligé. » Après ces paroleadites, Oi'y em^ plus de dilation, car l'heure s'approchoit. Si monta l'escuyer sur 11B eh&val et fil moater le boA ehev^yte» SBV^aea roussm , l^equel estoit si bien pei^.é et a^coust;ré que rien n'y déiaiUoit^ Et s'en ^èi;ent attendre le roy et sa cofi^iigiiîe danala praivie d'fisnay ; car te prince s'estoit mis par eau sur la So$Ae. Incontinent qu'il fat hors du bateau, va veoir ai^'kpvéele jewe ftaya^ am simr&eifi^^ec softescuyer , Si hty eonMQsyeacea à ^rier : « ¥ajg!^ iKKm ^lay , donnez de l'eaii^wov^à voa|re cbeya^ ! f oe <y^'il &\ ineontipeat. £t sembloi^> à H y^mt partij^, çp^ toute la vie eust fait ce luestiei^. AtU bout de la cq^t^ le & bo^pidir de w o^ V^m çi^uU, puia s^o^ rieiS^ dire, a'en fe^urna % bcidp

CHRONIQUE DE Bi^Yi^RT,

abattue pareillement devers le roy ; et s'arresta tout court devant luy en fiôsant remuar son cheval, de sorte que non-seulement le roy, mais toute la compaignie , y print un singulier plaisir. Si commoM^ea le roy à dire à monseigneur de Savoye : « Mon cou^, il est impossible de mieux piquer un cheval. *> Et puis s'adressant au paige, lui dist : « Picque, picque encore ung coup. *> Après les parolles du roy, les paiges lui crièrent : « Picquez ! picquez ! *» de fiiçon que depuis par quelque temps fut surnommé Picquet. « Vrayment, dist encore le roy au duc, je voy devant mes yeulx ce que le cousin de Ligny m'a dit à disner; je ne veulx pas attendre que me donniez vostre paige ne vostre cheval, mais je vous le demandez- Monseigneur, respondit le duc de Savoye, le maistre est vostre, le reste y peut bien estre. Dieu luy doint grâce de vous Caire quelque service agréable ! — Par la foy de mon corps ! dist le roy, il est impossible qu'il ne soit homme de bien. Cousin de Ligny, je vous baille le paige en garde ; mais je ne veulx pas qu'il perde son cheval; il demeurera tousjours dans vostre escuyrie; *• dontledict seigneur de Ligny remercia très humblement le roy, se sentant très bien satisfait d'avoir ce présent ; car il estimoit bien qu'il en ieroit ung homme dont il auroit une fois gros honneur, ce qui fut accompli depuis en maints lieulx. Trois ans seulement fut paige le bon chevalier en la maison du seigneur de Ligny, lequel l'en mit hors sur Page de dixsept ans, et l'appoincta en sa compagnie; toutesfois fut -il retenu des gentilshommes de sa maison.

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