CHAPITRE XXXVII
tat comme il esUAt ordonné que la bataille n^enst point esté perdue par les François comme elle fexxsL Ce &ict, les Suisses reprindrentcœur, et vinrent combattre les lansquenets main à main, lesquels, je vous assure les Suisses trou- ' vèrent merveilleusement bonne bande; et feust long-temps que je pensois que les Suisses perdroienthidicte bataille. Toutesfois.lesdicts lansquoiets n'estment pas gros nombre, et croy qu'il n'y en avoit point cinq mille saini^ et en point de combattre. Et feurent les Suisses de première arrivée repoussés, vous asseurant qœ depuis n'ay veu telle bande de lansquenets; et la harquebutta'ie y fist merveilleusement iHexi son debvoir; et feurent contraincts lesdicts Suisses abandonner quatre cens ballebardiers qu'ils avoient ; et allèrent donner sur les barquebatUers lansquenets qui estoient huit cens, tdlement qu ils les rompirent; et adonc lesdicts halidbardiers vinrent donner sur le flanc anxdfts lansquenets, quand tout est dit. La bâtai Jk feust perdue; et feurent si mal secourus le& lansquenets que jamais nul homme de pied francois ne voulust combattre quand ils visreot r autre bande des Suisses qui approchoit; teflcment que les lansquenets feurent rompus et mi» en 'finte, et Tartillerie des François gaignée par lesdicts Suisses. Et estoit là M. de Sedan ebercbant après ses enfiems lequel les trouva en très mauvais ordre. Et après qu'il les eust trouvés, le premier feust lé sieur Jamets lequel monta sur un cheval pour aller rallier les lansquenets qui fuyoient. Et après feust trouvé le Jeaoe Adventureux entre les morts ;' lequel on ne recongnoissoit plus, car il avoit quarante-six plaies bien grandes, dont la moindre mîst six semaines à guérir. Et quand son père Teust trouvé, il le mist sur le cheval d'une garée des lansquenets qui feust là trouvée; et si le fist mener avec la gendarmerie qui s'en alloit. El se cuidârent rallier les lansquenets deux ou trois 6às; mais l'artillerie des François que les Suisses avoient gaignée commença à battre si Sort dedans eulx que cela les décourageoit tous. Et y feust perdu merveilleusement de geDS de bien lansquenets ; car de ttois ou quatre c^ees hommes qui estoient au premier rang, ne s'en sauva jamais que FAdventureux et son firère, et un gentilhomme nommé Fontaine, et GuiDaume de Limpel, et deux ballebardiers gui estoient audict Adventureux, et desa garde ; XVI" siicLB, Chron. et Mém.
et tous les capitaines y demeurèrent, excepté deux. Et bien vous veulx-je dire que la fleur des Suisses y demeura, et plus de Suisses que de lansquenets.
La bataille ainsi perdue, le général de Normandie qui estoit de la maison de Bohier, fort honneste et homme de bien, vint à M. de Sedan et luy dict: « Monsieur, tout est en fuite, comme vous voyez; mais l'argentduroy, deux cent cinquante mille livres demeureront derrière, si vous ne nous attendez ; et sont les Suisses tantost aux chariots qui les mènent.» Sur quoy ledict sieur respondit: «Pourquoy ne les attendrois je, quand je ne vois âme qui me chasse?» Et sans point de faulte, si les Suisses eussent été forts de gens de cheval, ils eussent faict un gros meurtre et un gros gain , ce qu'ils ne firent. Et vous assure que ledict général de Normandie estoit un fort honneste homme ; et vous dis hardiment qu'il y avoit des capitaines en l'armée qui n'y entendoient point tant que luy. La bataille ainsi perdue, on se retira à Verceil, une ville en la duché de Piémont appartenant à monsieur le duc de Savoye, où les Suisses les suivirent toute la nuict; Et vindrent audict Verceil là où l'Adventureux faisoit habiller ses playes, où fallust coudre soixante et douze ou soixante et quatorze points d'esguille. Et comme les Suisses entroient par une porte, ceulx qui conduisoient le firent sortir par Faultre ; et estoit en tel point qu'il n'avoit ne bras, mains, jambes, ni œil dont il peust aider; et perdist bien deux mille lansquenets. Cela faict, toute l'armée retourna en France ; et vous asseure qu'il en estoit bon besoing. De la gendarmerie n'y avoit guères de perdu, ni de piétons francois ; qui tourna merveilleusement grosproffit au roy et au royaume, car ils le trouvèrent fort embrouillé d'Anglois et d'autres nations. Et feust le roy bien fort marry quand il entendit la perte de la journée ; et manda au sieur de la Trimouille qu'il alhst à diligence vers Dijon à son gouvernement'de Bourgogne, ce qu'il fist; et le Jeune Adventureux lequel se faisoit porter en litière eust mandement dedans les montaignes de faire tirer le demeurant des lansquenets en Picardie.
MÉMOIRES DE FLEURANGË,
tisiJl
CttAMTKE XXXYIII.
Gouuneat leiSuiMes» «cachant la desceott des Aogloto en Plr- <*ardie, Tiodreot awiôger DUoo, et de rappoiociemenl qa'Us firent
Uârmée des Fr&nçoU retooroée d'Italie en France, le roy manda tablt à monsieur de la TrimooiUe s'en aller à Dijon à son gouvernement de Bourgogne, à cause qu'il entendoit que les Suisses venoient pour l'assiéger» ainsi qu'ils firent; et manda aussi ledict seigneur roy au sieur de Sedan qu'il vint vers luy en diligence. Et après cscrivit une lettre au Jeune Adventureux, lequel estoit bien malade à cause de ses playe» et blessures, en luy mandant que, s'il estoit possible, il vint vers luy en Picardie et amenast avecques luy le demeurant des lansquenets; car il entendoit que les Anglois vouloient descendre. Lesquelles lettres venues, ledit Adventureux, si mal qu'il estoit, refist ses bandes de lansquenets dont tous les capitaines étoient morts et tous les généraux, comme Tbimis de Medelbourg. le capitaine Philippe Okelet, de Fuaaille et aultres ; et fist capitaine le dict Adventureuxlecomlede Wolf, lequel avoit esté blessé à la bataiUe. Et demeura le «usdict Adveolureux un temps à Lyon ; et monsieur de la Trimouille Ura vers Dijon, là où il ne feust de guère» arrivé quand les Suisses, à gros nombre bien de tfenle miUe hommes^ vindrent assiéger ladicte ville, et k duc de Wirtenberg avecques ; et y estoit aussi le comte GuiUaume de Fursleobei^ ^ monsieur de Vergy; et poi^ voient bien estreen tout qyarante mille hommes , et avoîent avecques eulx grosse artillerie qui estoît à l'empereur MaximiUan, assez pour faire deux ou trois batteries. i
Monsieur de la Trimouille estant à Dijon, bien adverty de leur venue, se pr^[>ara pour tenir ladicte ville laquelle pour l'heure ne valloit pas beaucoup^ et estoient avecques kiy monsieur de Lude, el CbandkHi, général des gens de pied, lesquels estoient trois ou quatre mille; et avoU au»si monsieur de la Trimouille moasieur de Maisières, son aepveu, et aa compagnie de oent hommes d'armes, et monsieur deRoohe(ort,filadtebajM:eUer deFraaee, bailly de Dijon.
Et avoit mis on ordre lodict sîpur de la Trimouille à Tallant, petite ville au-dessus dudict Dijon, laquelle faisoit beaucoup de mal aux
Suisses et à leur eamp, à ca«e de l'anilleiie
qui étoit dedans, UyKlle les battoit fort d«dftot
leur oamp : et st avoit aussi Udiet sieur pcrar*
veu à la vitte el cbasteau d'Aussoane, tt i ht
vilte et ebasieau de leaune, Icsqwttw eo»^
poîent les vivres an Suisses et aa due de Wi^
temberg. Les Suisses estant Ut eom&Mneèrent
la batterie; et teneientleur siège devant ladieie
viHe du costé de Tallant ; et le due de Wirten^
berg et le sieur de Vergy tenoient le leur da
costé d' Aussonne. Et après que lesdieti Sqîmi
eurent mis ainsi leur siège et assis leur aftSe»
rie, ils allèrent prendre tout plain de pe(iti
<^asteaux entxmr Aidiet Dijon, coaame SainI*
Seine et aultres forU; et, par firalte de prori^
sions, les prenaient d^assault et sans artiilef^,
fors aucunes pièceslégères qu'ils meneientiTeo-
ques eulx. La batterie feust grande, et a'àvBlt
point lediet sieur de la Trimouille k noëé
de ce qu'il hii itiUoit ; et avecques ce, oaseip-
çonnoit auconsde la ville, qui est ime choM
fort bsebeuse à un stége, quand il faut fs'oa
se garde de dehors et de dedans. Qua&d na^
sieur de la Trimouiiie vist et, et les iaeo&vé-
niais qui en pouvoient advenir, vouUost ^
vailler de quelque paix et appoindem^a^'^
ques edx, m qu'M fist ; car s'ils eussent pané
outtre, ils eussent faict un merveiffettseiiMat
grand dommaige auroyaviMBedeFïaace. Et (M
Pappoincftement tel : quMIs retoumeroiait m
Suisse et que les aneiennes alliances que k tej
avoit avecques raix seroient entreteaues, é
leurs pensions payées, et quatre ceast mile e^eo
quila auroient d'arginU. Laquelle chose kêSm»-
ses, après avoir bien débattu le tout, acoofdt^
rent; et voulurent avoir les quatre cent mife
escuB sur te diam^ lesquek nese peurait reeev-
vrer si-lost. Et leur (eurent bailla ostagcsmen-
sieur Maiisièreis et monsieur de Rochefort, baifl;
de Dijon, lesquels ik emmenèrent en Seisse
avecques eulx , et levèrent leur siège ; et de tpoy
furent mal oontens le due de Wlrtembergctte
sieur de Vergj, lesquels y estoient pour Tempe»
reur. Et ainsi feust le siège levé et s'en retour»^
rent chez soy ; et te poy Louis nwrreilleo»an«l
aise de l'événement d^i(et siè^ de Dijon. Et sV
en estoit bien aise, resftpeveur Maxlmillstt^ ^
roy d'Angleterre en estèrent bien marrys ; et
Dieu scait comment ils parlèrent des baisses;
et les appeloient traistres et vilains, disans (p «
wn^y avoit nul fiance ^ leur foy. Quand tout
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