CHAPITRE XXXYII
Comment les François perdirent la bataille contre les Solsses à Trécas là où le leuiie Adveolureux feust laisfié avec quarante-six piaycs avec les morts.
L'armée des François se logea assez tard et estoit assez travaillée, et spécialement les lansquenets que menoit l' Adventureux et le sieur de Jamets. Et incontinent qu'ils feurent logés, eurent un gros allarme, non pas à de faulces enseignes; mais ce ne feust rien, car les Suisses se retirèrent en attendant leurs gens qui venoient tousjours La nuict se passa sans autre allarme . Et avoit dit de monsieur la Trimouille le soir à tous les capitaines qu'ils pouvoient bien dormir seurement et faire bonne chère, et que les Suisses n' estoient encore prêtsde combattre, car ils n'avoient point tous leurs gens ensemble. Toutesfois, le matin, à l'ombre de ce petit bois que je vous ay cy-devant dit, lequel tenoit au logis des lansquenets, vindrent Ic^icts Suisses reboutter le guet jusqu'au logis de monsieur de la Trimouille lequel eust à grande peine loisir de se lever, et monta à cheval à demy-armé,pour que le guet des François et des Suisses estoient desjà pesle-mesle contre son logis. L'allarme feust bien grande au camp et la gendarmerie y alla chacun à cheval; et les Suisses se renforçoient tousjours et vindrent donner la bataille aux François bien à leur advantage, car s'ils eussent failly ils se pouvoient retirer le long de ce petit bois jusques à Novare sans que les gens de cheval leur eussent peu rien feire ; et n'a voient avecques eulx que cinq cens chevaux, tant des leurs que de ceulx que le More Maxlmilian leur avoit envoyés : et sans point de faulte toute la fleur des gens de guerre du pays y estoit. Lesdicts Suisses vindrent, pour gaigner l'artillerie, là où estoient les lansquenets; et pensoient, quand ils auroient defTaict cela, avoir grand advantage au combat ; et s'ils faîlloient ils se pouvoient sauver en faveur de ce bois que je vous ay dit. Et vindrent pour combattre main à main lesdicts lansquenets, à Fombre d'une petite maison ; mais le sieur de Sedan partit avec trois cens hommes d'armes, lesquels quand ils la visrent commencèrent à fuir; car ce n' estoit que leurs enfans perdus, dont la pluspart feust mis en pièces par ledict sieur de Sedan et la gendarmerie d'avecques luy. Et croy que s'il feust demeuré en son es-