CHAPITRE L
Suisses commencèréntachasserlesgensd'armes d'un costé etd'aultre ; car ils ne sca voient où ils alloient, et on les tuoit par tout où on les trouvoit ; aussi estoient les lansquenets et les gens de piedfraBçois tous escartés comme les autres. Et demeura le roy auprès de l'artillerie, qui n'a voit point un homme de pied auprès de lui; et fist une charge avecques environ vingt-cinq hommes d'armes, qui le servirent merveilleusement. Et y cuida le roy estre affolé ; et vous jure ma foy que feust un des plus gentils capitaines de toute son armée, et ne voulust jamais abandonner son artillerie^ et faisoit rallier le plus de gens qu'il pouvoit autour de luy. Et fpurent les Suisses bien près de l'artillerie, mais ils ne la voyoient point. Et feist esteindre ledict roy im feu qui estoit auprès de ladicte artillerie, pour ce que les Suisses estoient si près d'eulx, et afin qu'ils la vissent point si mal accompaignée. Et demanda ledict seigneur à boire, car il estoit fort altéré. Et y eust un piéton qui luy alla quérir de l'eau qui estoit toute pleine de sang, qui fist tant de mal audict seigneur, avecques le grand chaud, qu'il ne luy demeura rien dans le corps; et se mit dans une charrette d'artillerie pour soi un peu se reposer et pour soulager son cheval qui estoit fort blessé. Et avoit avecques luy un trompette italien nommé Christophe, qui le servit merveilleusement bien, car il demeura tousjours auprès du roy ; et entendoit-on ladicte trompette par -dessus toutes celles du camp, et pour cela on sçavoit où estoit le roy, et se retiroit-oji vers luy. Et monsieur de Yandbsme, avecques le Jeune Adventureux , qui sçavoit le langage allemand, rallia les lansquenets, tellement que le roy en eust bien-tôt autour de luy bien quatre mille, que lui ameila le capitaine Brandecque; et les aultres capitaines suivoient file à file.
Or, puisque je vous ai dit que fiisoient les François, fault que je vous dise aussi ce que faisoient les Suisses. Depuis que la nuict feust venue, ils feurent délibérés de faire une charge au roy ; et la cause feust, pour ce qu'ils avoient faict un feu au miKeu d'eulx, là où une volée d'artillerie alla donner à travers d'eulx, qui leur porta un merveilleux grand dommaige. Toutefois, quand ils eurent bien advisé entre eulx, ils visrent qu'ils n'estoient point le nombre de gens qu'il leur falloit pour ce faire ; et se retirèrent, et commencèrent à faire sonner les deux
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xMËMOlRES DE FLfcURANGË,
gros eomHs àVri €i d'Ofdrivalde. Et par oe moyen leurs gens qui eitoiem escartés ne rallièrent auprès d'eali, et n'avôient poiat un tambourin qui sonnast des leurs. Et y eôst tont-le long du jour et de la nuict combat à quelque endroit que ee feust; et les gens d'armes fran<çois, au lieu de cornets, avoient trompettes par où ils se rallièrent. Quand le jour feost veno, il se trouva là où estoit le roy bien vingt mille lansquenets, et toute la gendarmerie , et tout assez bien en ordre auprès de leur artillerie; et si les Su*sses avoient assailli le jour bien asprement, encore fisrent-ils plus le matin ; mais, aahs point de faulle ils trouvèrent le roy avec* ques les lansquenets qui les receurent. Et leur fist Tartillerie et la harquebutterie des Fran* çois un grand mal, et ne peurent supporter le faix. Et commençoient à aller autour du camp d'un costé et d'aulire, pour veoir s*ils pouvoient assaillir ; mais ils ne venoient pas au point, fors une bande qui vint ruer sur ces lansque* nets. Mais quand ce vint au baisser des picques, ils glissèrent oultre, sans les oser enfoncer ; et 7 avoit devant un gros capitaine lequel vouloit mutiner les lansquenets et parler à eulx, et feust là tué.
Les Suisses avoient mis dans la maismi que l*Adventureux avoit faîct brûler le jour de devant deux pièces d'artillerie qui battoient où estoit le roy, et faillirent à tuer ledict seigneur roy et quelques gens de bien; mais toutefois si en demeura-t-il quelqu'un. Il y avoit m^meùne autre bande de Suisses qui se vouioi t rallier avec l'aultre , pour venir donner sur Tartillerle des François; mais ledict Adventureux, monsieur
de Bayart et monsieur de Bu8sy-d'Amboise,aveeques quelques hommes d^armes qu'ils avoient, cnireprindrent à ruer sur eulx, et leur donner aux âancs, ce qu'ils fcirent. Et feust jette par terre l'Adventureux et quelques gens d'armes des siens qu'il avoit nourris, et eurent leurs chevaulx blessés et affolés ; et, sans monsieur de Bayart qui tint l)onne mine et ne Fabandonna point, ni le sieur de Saussy qui luy rebailla un cheval, sans point de faulte l'Adventureux estoit demeuré. Or, luy remonté à cheval, il vist que les Suisses s'en alloient rompus, et se bouttoient dans une grande cassine; et fist TAdventureux boutter le feu dedans ; et y demeura bien huit cent hommes; et le demeurant se sauva , où vouUust aller donner dedans monsieur I
de Bussy-d' Amboise et le guidon dudiet A()vm* tureux, nommé TurtevilLe» qui l'estoit advaneé oultre son oommandement, car il vouloit voir plus de gens auprès de hiy; et feureni tués 4aBi un fossé de coup» de barquebuttes et de eoopi de main avant que jamais homim y seut mettra ordre, dont ieost grtnd domo^ige. Et demeom à ladicte bataille beaucoup de gens de bien, et, entre aultrea, y demeura le frère de l'Adventq* reux, nommé monsieur deRoye; lequel avoit&it le long de la journée merveilleusement bien los debvoir, et estoit homme de bien et gentil ooiapagnon, et feust dommaige de sa mort. Cdi faict, les Suisses ayant la bataiUe perdpe, se re* tirèrent le grand chemin de Milan, le mieu a ordre qu'ils péurent ; et no voulust jamaii le roy ni les capiu'mes qu'on leur donoiit k chasse ftprement; et feuit ordonné tnoQiieor l'admirai avecques trois cens bomiaes d'aimai pour le conduire jusqu'aux portesdeMibo-Ceil faict, le roy vint à l'Adventureux , q^i ▼«»* de l'exécution de eeste oaaison, et lujdit: • Comment, mon ami, on m'avoit 4it que to éstois mort ! f Sur quoi l'Adventureux byrei* pondit : • Sire, je ne suia pas mort et ne iw»rai point, tant que je voua aurai faict vn Ih» service. •• Et luy dit le seigneur roy :• J« ««W bien que, en quelque batailk que vofli •!«• esté, ne voullustes estre chcvali«f f je Tai •»• jourd'hui esté ; je vous prie que lev eiitll«»W de ma main , *• laquelle chcwe FAdveottireasb accorda de bon cœur, et le remerda de theêneur qu'il hit faisoit, comme la ralsM Je vos* loit. Et de là se retira ledit seigneur roy efl «• logis, et laissa monsieur le grtndHnaistrf Boi»r» l'Adv<mtureux aveoques lui, en aUentot (pe le demeurant de Tarniée feust logé.