CHAPITRE LIIL
Comment le pape de Rome et le roy de France s^entrerisreDt h
BouIongD&ia-Graase.
Le roy feust adverty de la venue du pape de Boulongne, et qu'il approchoit : alors se partits de Milan avecques tous les princes d'Italie, et monsieur de Lorraine avecques ; et estoit ledict seigneur roy bien accompaigné, car il a voit douze cens hommes d'armes, et six mille lansquenets pour sa garde ; et vint aussi jusqu'à Modène et à Regge, là où vindrent plus de trente cardinaux au-devant de luy . Et sans point de faulte le pape luy fist faire tout l'honneur qui luy estoit possible ; car il vouloit bien avoir son amitié, et aussi faisoit le roy la sienne. Et feust cause de ceste amitié monsieur le grandmaistre Boissy, qui pour lors gouvemoit le royaume de France ; et en feust faict son frère cardinal, et , depuis, légat en France. Le roy vint jusques à Boulongne en ce triomphe, et feust son entrée merveilleusementbelle, tousjours en armes. Et le pape l'attendit en son siège, et le receut comme fils aisné de l'Eglise, sans souffrir que le roy luy baisast les pieds, comme il estoit accoustumé, mais le vint embrasser. Et avoit ledict pape bien la mine d'estre un bien fort honneste homme de bien ; et estoit homme fort craintif, et si ne voyoit pas fort clair, et aimoit fort la musique ; et estoit ledict pape nommé Léon dixième, de la maison de Médicis à Florence ; et fist merveilleusement grand chère au roy, et logèrent ensemble en un logis. Le lendemain matin, le pape chanta la messe en la plus grande pompe et triomphe que jamais pape la .chanta ; car monsieur de Lorraine et tous les princes du royaume de France le servoient à la messe, et y estoient les chantres du pape et du roy, lesquels il faisoit bon ouïr, car c'estoient deux merveilleusement bonnes chapelles ensemble et chantoient à l'envi . Et quand ce vint à la fin de la messe, le pape donna à recevoir Dieu au roy et à tous les princes de France. Et la messe faicte, le pape et le roy disnèrent ensemble, et mangèrent la pluspart du tempstoujours ensemble. Et s'engendra entre eulxdeux une telle amitié et si grande qu'ils estoient souvent enclos eulx deux en une chambre, devisant de leurs afTaires. Et donna le pape au roy une vraye croix longue d'un pied, des plus
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MÉMOIRES DE FLEURANGE
beUes que je vis, et lui donna quant et quant le i jubilé, toutesfots qu'on porteroltladicte croix à ^ la procession le jour de Sainte-Croix en sepiembre, pour ce que le mesme jour il avoit gai- < gné la bataille. Et après avoiresté là neuf jours, k roy prlnt ooiigé de luy^ avec aiseurance de fÊLtk et d'amitié avecques Tun et Taulure. fit revînt le roy en sa yiUe de MIUa fiûre la plus grande ehèreque jamais» ettaisak ^uspartâes gens de pied dt «m armée.