‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 190 sur 428 · CHAPITRE LVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIII

Goomeiit Ftaoçois de SikengeD fist aUiance avecques messire de b Hardie ei l'Advenlureuxsoo fils ; et comment il empriut faire la guerre à moDsieur de Lorraine.

François de Sikengen estoit gentilhomme allemand, de bien petite race, mais bien gentil compagnon, et, du temps qne je vous parle, avoit environ quarante ans ; point homme de guerre, mais homme de grande honnesteté ; et jamais n'y avoit esté ; et estoit le plus beau langageur que je pense en ma vie avoir veu, et de telk sorte qu'il n'y avoit gentilhomme en Aliemaigne, prince ni homme de guerre, qui ne hiy vouUust faire plaisir, comme luy donnèrent bien à cognoistre depuis. Ledict Francisque entendit qu'il y avoit un comte d'Allemaigne, lequel estoit en partie sujet de monsieur de Lor • rame, lequel s'appeloit le Rhingrave, et quelques comtesencore qui vouUoient faire la guerre à roondict sieur de Lorraine. Et a donc manda ledict sieur Francisque à monsieur de Sedan qu^il estoit temps, pour les querelles qu'il avoit à monsieur de Lorraine, qu'il y bcsongnât, et qoe les choses sedressoient en Allemaigne pour loi Élire une bonne venue : et du moins, s'il ne s'en voulloit mesler pour l'amour du roy de France, qu'il souffirist que, sur sa querelle, il post deffier monsieur de Lorraine, et qu'il luy Youlloit -montrer qu'il avoit puissance de faire plaisir à ses amis et déplaisir à ses ennemis. Sur quoy luy fist response monsieur de Sedan qu'A n'estoit point délibéré pour l'heure de fiire la guerre à monsieur de Lorraine, et que de sa-part, il s'en rapportoit à luy, et qu'il seroit bien aise s'il en pouvoit faire son profit. Quand tedict Francisque eust ouï la response da sieur de Sedan et entendu que les autres comtes aBemans marchoi^t, il fist une petite année a part de sept ou huict cens chevaulx, de cinq ou six mille piétons. Et les autres comtes en leur armée avoient mille ou douze ecDs chevaulx et dix mille hommes de pied, et knr artillerie assez mal esquipée. Et surprin-. drvnt monsieur de Lorraine de telle sorte qu'il n^eust poidt grand loisir de mettre ordre à son alEûre, et envoya au secours vers te roy de France. Et, «i cet esquipage que vous ay dit, aHèrenl les ADemans assiéger une ville, laqœlte se nomme SaInt-HypoUlc, qui ne va-

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loît guères, et la prindrent et pillèrent. Mais tout incontinent que le secours de France feust venu, qui estoit de quatre ou cinq mille chevaulx, ils misrent de l'éàue en leur vfn. Toutesfois monsieur de Lorraine fist avec lesdits comtes un appoinctement, et bailla à Francisque quelque argent comptant, et cinq cens florins de pension sa vie durant^ par ainsi chacun se retira.

Ce temps pendant que Francisque faisoit belle chose, le roy feust averti, par monsieur de Sedan et rAdventureux,que Francisque estoit bien personnage pour luy faire du bon service en Allemaigne ; par quoi eust volonté ledict seigneur de le tirer à son service et de le bien traiter. De quoy feust adverti ledict francisque, et vint à Sedan, où il trouva monsieur de Sedan et l'Adventureux son fils, qui le prit en sa chai'ge, et le mena devers le roy par Chasteau-Thiery et par toutes les bonnes villes de France, luy faisant la meilleure chère qu'il estoit possible lui faire. Et vous asseure que ledict Francisque trouvoit le royaume de France merveilleusement beau, et la manière de vivre à son appétit. Et ainsi le mena ledict Adventureux à Amboise, vers le roy, qui luy fist merveilleusement bon recueil et bonne chère. Et estoit ledict Francisque assez bien accompaigné, car il avoit douze gentilshommes allemans avecques luy. Ledict seigneur roy le trouva fort bonneste homme et bien parlant ; et si le roy luy fist bonne chère, aussi fisrent toutes les dames, tellement qu'il ne pouvoit parler. Ei luy donna le roy trois mille francs de pension; et, sans point de faulte, il les auroit bien desservi si ledict seigneur roy l'eust tousjours tenu à son service ; mais il ne feust pas fait ainsi, comme ci-après vous sera déclaré. Ledict Francisque se partist du roy avecques gros présens et une chesne de trois mille escus, et tous les autres gentilshommes chesnes de cinq cens ou mille escus-, et se partist fort bien content du roy,. sinon d'une chose, laquelle il conta à l'Adventureux, ainsi qu'il l'alloit conduire, et luy dit : « Le roy ne m'a point déclaré de son affaire de l'Empire ; toutesfois je sçay bien ce qui en est ; et pourtant vous prie de dire au roy que me recommande très humblement à sa bonne grâce, et que je le servirai et luy tiendrai le serment que je luy ay Met, qui est de le servir contre tous

MÉMOIRES DE FLEURANGE

et epvers tcms, o«té la maison de La Marche ; 1 Jamets avec les gens d'armes dudict Adven-

et que la raison pourquoi je luy demandois des geo^d'arnoes n'e^loit point pour moi, mais pour Çaigner des gentilshommes d' Allemaigne , et que moi et le$ gentilshommes qui entreroioni à son service le serviront ioyaument et luy feront du bon service. Mais dites-luy que les grands princes le tromperont, et n'y aura point de faulie ; ei luy donneray à cognoistre dedans peu de temps que je suis pour luy faire ser\ ice, car j'entreprendrai quelque bonne chose avecques votre ayde. » Et incontinent dict adieu. £t TAdventureui luy bailla un gentilhomme, qui avoit nom Guillaucourt, pour le conduire à Sedan. *Et de là se retira Francisque en Allemaigne, où il fist assembler une armée pour venir contre ceuh de Mets, pour la querelle d'un gentilhomme que ledict Francisque soutenoit. Il les avoit requis plusieurs fois de venir à appoinctement, et en estoient arbitres monsieur de Sedan et l'Adventureux ; mais jamais n'avoient trouvé façon de venir audict appoinctement. Pour laquelle raison ledict Francisque les envoya deflier, et vint accompagné de quatre mille, hommes de cheval et seize ou di}(-sept mille hommes de pied, et dix ou douze pièces d'artillerie. Et envoya prier ledict Francisque l'Adventureux de s'y vouloir trouver et de le venir venir. Et pour ce qu'il esloil fort malade à Messencourt, luy envoya cinq cens chevaulx que menait le sieur de Jamets, frère dudict Adventureux, auquel il en avoit baillé la charge; et arriva devers ledift Francisque. Et feurent faictes tout plein de belles escarmouchQs devant Udicte ville de Mets ; et se faisoient tout plein de pratiques et menées entre ledict Francisque et messieurs de Mets pour venir à paix. Et afin que vous entendiez, le plus grand revenu que ceux de Mets ayent est en vignes. Et 4edict Francisque, pour leur donner plus grande peur et crainte, avoit fait amener trois chariot» pleins de serpes pom^ couper lesdictes vignes; lequel, incontinent qu'il vist que ceux de Meisdissimoloient^ commença à les faire couper. Et incontinent que ceux de Mets visrent ce, vindrent appointer avecques luy, et luy donnèrent vingt miUe florins de Mets, à trente sols le florin , et encore quelques présents qu'ils donnèrent aux capitaines. Et se levèrent, et ne feust pas sans f&ire grand domroaige ; et revint le sieur de

tureux. Et cela faict, ledict Francisque avoit quelque querelle contre le landgrave de Hesse, gros prince d'AUemaigne; mais il estoit jeune homme et fort beau fils : ledict Francisque nwna son armée, au partir de Mets, tout droict dedans ses pays et commença à broder. Quand ceùU du pays vUreat ce et la mère dudict landgrave. Ils luy donnèrent trente wSk florins d'or pour avoir appoinotement avecqoti luy. Et cela faict, ledict Francisque rompit m armée, et s'en retourna chacun chez soi ; ai contenta Francisque merveilleusement les AHer mans , tellement que, quand il en avoit affaire; je^n'ai point veu d'hommea qui en fiaist pluttost que luy.

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