‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 199 sur 428 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

par le conseil de monsieur de Sedan, Francisque de Sikengen et le marquis de Brangdebourg/ dict Casimir, qui estoit chef général de la Bonne, amenèrent toute là puissance de ladicte Bonne, qui estoit vingt mille hommes de pied et quatre mille chevaulx, et l'artillerie qu'ils fisrent loger à l'entour dudict Francfort, à trois ou quatre lieues près ; dont feurent merveilleusement estonnés ceulx qui vouloient bien au roy de France, et très-fort joyeux ceux qui vouUoient bien au roi catholique ; et aussi ils sçavoieut bien toute la pratique. J'avois oublié à mettre que le roy d'Angleterre y faisoitpourchas, aussi bien que le roy de France et le roy catholique ; mais les angelots n'y iisrent non plus de miracles que les escus au soleil. Les électeurs estans en conclave feurent de diverses opinions; car on en trouvoit autant du costé du roy de France que du costé du roy catholique, mais du costé du roy d'Angleterre pas un. Et ne voulurent point juger la chose si soudainement, veu les partialités qui y estoient. Et n'eust esté qu'ils sont obligés et tenus, dedans lesquarante jours, de prononcer celui qui le doit estre, ce n'eust pas esté de six mois après ; et pour deux raisons : Tune, qu'ils ne pouvoient accorder ; l'aultre, pour tirer argent de tous les princes chrestiens, soubs ombre de ceste élection. Le comte palatin, à qui le roy avoit faict plus de bien qu'à pièce des auUres électeurs, et son parent, avoit une fois donné sa voix au roy; mais c'est un prince mal nourry , et luy fist-on peur de ceste grosse bande tellement qu'il redonna sa voix au roy catholique. Et après cela faict, est venu le jour que se devoit prononcer ceste élection, où feust crié dedans la grande église de Francfort : Charles, roy catholique^ esleu empereur! Et quand ce feust faict, menèrent grande joye ceulx qui vouloient le bien du roy catholique, et grand deuil ceulx qui vouUoient bien au roy de France ; et estoient marrys, pour ce qu'ils n'avoient plus les deniers qu'ils ont accoustumé d'avoir le temps passé. Cela entendu par monsieur l'admirai, qui estoit en ce chasteau auprès de Francfort, luy troisième, tant pour autre chose que pour sa personne, fist diligence de soy retirer, et se mistsur larr\ière du Mein, qui va de Francfort tomber dans le Rhin, et s'en vint à Coblentz,où estoient monsieur Dorval et l'Adventurcux, qui attendoient des nouvelles. Et les scavoit l'Adventurcux , trois

MÉMOIRES DE FLEURANGE

heures avant la venue dudict admirai, par un gentilhomme de Metz appelé Vailery, lequel n'avoit abandonné TAdventureux tout le voyage: Ces nouvelles sceues et entendues par lesdicts ambassadeurs francois, il se mirent en conseil |)our leur retraScte, pour saulver eulx et le demeurant de l'argent du roy qu'ils avoient avecques eul\, et aussi pour ce qu'ils estoient advertis qu'il y avoit une entreprise sur eulx et sur Icurdict argent ; mais elle ne s'estoit osé découvrir jusques à tant que l'élection feust feicte. Et conclurent entre eulx lesdits ambassadeurs d'attendre la revenue de monsieur de Trêves de Francfort, qui debvoit estre de là en deux jours. Et luy venu, et parlé avecques luy de toutes les aflaires, leur list bailler conduite jusques en Lorraine, où monsieur de Lorraine leur (ist merveilleusement bon accueil et bonne chère; et de là envoyèrent sçaxoir ces nouvelles au roy, lesquelles ne luy pleurent pas fort, non pas pourla valeur de l'Empire, mais pour la honte. Monsieur d'Orval et l'Adveniureux se retirèrent devers le roy, et Tadmiral demeura en Lorraine pour un mal de teste qu'il avoit, qui s'appelle k grosse vérolle ; et alla au bain de Plombières, et y feust neuf sepmaines ou trois mois, sans venir vers le roy. L'ileciion de FEmpire achevée, feust ordonné par tous les dcteurs et princes de l'Empire d'envoyer une ambassade vers le roy de Castille, et luy faire sçavoir comment il estoit esleu empereur, et aussi luy dire d'autres choses pour le faict de r Empire; et feust ordonné qu'on y envoyeroit un gros person* nage, qui feust Frédéric, irère du comte palatin, et autres gros seigneurs d*Allemaigne avecques luy. Et trouvèrent l»diet roy de Castille en Espagne, en la ville de Barcelonne. Et luy dit ledict comte la charge qu'il avoit de par les électeurs et princes d'Allemaigne. De quoy ledict seigneur roy feust très joyeux; et certes il en avoit bien cause, car je ne pense en ma vie avoir veu prince plus heureux qu'il est ; et délà en avant on commença à l'appeler empereur. Et, en la plus grande diligence qu'il peust, mist ordre à ses affairesd'Es|)aigne, pour venir prendre possession de l'Enjpirc ; et list accoustrer son esquipagc de mer, et s'en vint descendre en Angleterre, et de là en Flandre et Brabant ; et vindrent la plus grande partie des princes d'Espaigne avecques lui.

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