CHAPITRE IX
Comment le teigneor de ligny envoya le bon chevalier en garoboo eo Picardie où estoit sa compaignie , et Ait logé en ^mie Jolye petite ville appelée Ayre, et comment, à son arrivée , se» oompoIgDons aUërent au devant de luy.
Après le tournoy finy, le seigneur de Ligny ung matin appela le bon chevalier, auquel Û dist : « Pîcqoet, mon amy, pour vostre commencement avez assez eu belle et bonne fortune; les armes se veulent continuer, et encore que je vous retiengne de ma maison à trois cens francs par an et trois chevaulx à livrée, je vous ai mis de ma compaignie. Si vueil que vous alliez à la garnison venir vos compaignons, vous advisant qae vous y trouverez d'aussi gaillards hommes d'armes qu'il y en ait point en la chrestioité ; et souvent exercent les armes en faisant joustes et toumoys pour l'amour des dames et pour honneur acquerre. Si me semble, en attendant quelque broit de guerre, que ne pourriez mieulx estre. «» Le bon chevalier, qui autre diose ne demandoit, respondit : «• Monseigneur, de tous les biens et honneurs que vous m'avez bits et faictes chascun jour, ne sçauriez pour le présent tirer de moy que très humbles remerciemens, et prier Mostre Seigneur qu'il le vous
vueille rendre ; mais c'est aujourd'huy le plus grand désir que j'aye d'aller veoir la compaignie que ctictes; car je ne sçaurois si peu demourer, au bien que j'en ay ouy dire, que je n'en vaille mieulx toute ma vie ; et si c'est vostre bon plaisir, je partiray demain t» Le seigneur de Ligny dist : <• Je le vueil bien ; mais premier vueil que preniez congé du roy, et je vous y mèneray après disner. »» Ce qui fust fait. Et trouvèrent le roy comme si se vouloit lever de table ; auquel le seigneur de Ligny dist en telle manière : « Sire, vecy vostre Picquet qui s'en va veoir ses compaignons en Picardie ; il vient prendre congé de vous. •> Si se mist d'ung assuré visaige le bon chevalier à genoux, que le roy voulentiers regarda, et en soubriant luy dist : « Picquet, mon amy, Dieu vueille continuer en vous ce que j'y ay veu de commencement, et vous serez preudhomme; vous allez dans ung pays où il y a de belles dames ; faictes tant que vous acquérez leurs grâces ; et adieu, mon amy. — Grant mercy. Sire, » dist le bon chevalier. Si fut incontinent embrassé de tous les princes et seigneurs au dire adieu, avecquës plusieurs gentilshommes qui avoient grant regret de quoy il laissoit la court; mais non avoit pas luy ; ains luy tardoit beaucoup qu'il n'estoit desjà au lieu où il devoit aller. Le roy fit appeler ung de ses valets de chambre qui avoit quelques deniers en ses coffres, auquel commanda bailler au bon chevalier trois cens escus, et pareillement luy fist délivrer ung des beaulx coursiers qui fust en son escuyrie. U donna au varlet de chambre trente escus , et dix à celuy qui luy mena le cour • sier, dont tous ceulx qui le sceurent louèrent sa libéralité à merveilles. Le seigneur de Ligny le ramena à son logis, et le soir le prescha comme s'il eust esté son enfant, lui recommandant sur toutes choses avoir toujours l'honneur devant les yeulx ; mais il a toujours bien gardé ce commandement jusques à la mort. Enfin, quant il fut temps d'aller coucher, ledit seigneur de Ligny lui dist : « Picquet, mon amy, je croy que vous partirez demain plus matin que ne serai levé. A Dieu vous commande. *» Si l'embrassa les larmes aux yeulx ; et le bon chevalier, le genoil en terre, prist congé de luy et s'en alla à son logis, où il Ait convoyé de tous ses compaignons, desquels le congé ne fut pas pris sans grans embrassemens. Il monta en sa chambre où il trouva le tailleur^dudit seigneur de Ligny,
CHROî^IQUi
qui aroit deux habiUeineDft compleU que son pudstre luy envoyoU; û ^uy dut : « NEop firent mon amy, $i >'eusse ^^ ce beau préaeat, j'ea casse recue^cié pu>osei^ear qui n^'a tant (ioi^ d'autrea kiei;às que jamaia vera luy ne k sçau-- ^oye mér^t^r^ Voua ferez s'il vous plaist cela pour moy. « Si tba à sa boxirçe et Iny dopna. vipgt escus.. Ung dea serviteurs d'icelluy bon ebevalier luy dist ; <• lylonsei(pe^^, GuiUaume la palfrenieF a amené en vostre esuWe le bon roussin de moDseigneur« et m'a dit qjoe mondit aei^neuf le vous ckxnnoit, mais il %'en retourne parœ qu'on ^ demandoit et (Ut qu'il vie^dru 4ea^dn nv^ iparler à vous. — U ne me troQ-vçra |a^t dit-ili^ car ^ yeux estre à cherval à la
rii^te du jpur. n Si regarda le tailleur, aupiel bailla dU eaeus et luy dist : « BiKon amy* je vous prie, baillez cela à Guillaume le palfrenier» çt au demourant, s'il vous ptaist, me saluerez tpute la belle et noble comyaignif de la maison de monseigneur 4e par moy ; n. ce (f^ promit Uix^ le ^iUeur. Le<pel. party de sa cbamiaire, le bon, chevalier fit ^^re ses cofi&res et acoo»^ trer son cas pour par^r de bon çaatin» pui;^. se mist dedans le Ut où pe^ se reposa» car il esM;>it près de min^yt quant il s'y mist. tevé (fx% fat^ premier fist partir ses grans cbevaulx» dont il^ avoit sï^ par e^iipelleace^ avecques son c^iage. l^uy , avecques cinq ou six beaux et triompbapa courtauU. « ^ wct après, quant il eust prina congé de son hoste et de son hostesçe, et très bien contentés de ce qu'il avoit esté dans leur maison. Son compaignon Bellabre fut aussitost prest que luy, lequel fut Tacompaigner jusques à la. l^reesle, où fut leur disnée ; et là prindrent congé Tung de Vautre^ a\ais il n'y eut pasgrand mystère^ car dedans trois ou quatre jours après faisoit son compte ledit Bellabre de suyvre son com-. paignon, et n'atteodoit seullement que unf couple de grans chevaulx qui luy venoient d'Ë&-. paigne. Le bon chevalier s'en alla tousjours à^ petites jouméeSx parce qu'il Caisoit mener grana chevaulx. Toutesfois il fist tant qu'il arriva h trois petites lieueS) de la ville d'Ayre, où de là envoya ung de ses gens pour avoir logis. Quant les gentilshommes de la compaignie sceurent que Picquet estait si près, montèrent toius ou la pluspart à cheval pour luy aller au devan^t, tant grant désir avoient de le veoir, car chascun estoit desjà abreuvé de ses vertus* Si estoit plusdesii^vingt§ttoTMiîei;p\c^^Uljsh.offlnies>qy^
DE B^YiRT, l\m}
trouvèrent leur coin.paigno& à demy-^eiiie del% villa. U pe faut pa^ demander s'ils se fire^t^ramt chèi^^ ^ ^ menèventt joyeusement (jl^vû^ 4e pl^ifeiffi c^oifcai , j wpiefl. de^ana la vUte^ oij aux feoestfes^toiem Hdawieiiit fui av^ieot^e^ anleadu nailer de la nnbleiia du oueuF do hoo clàevaUep Pi^^qiaiet; ehacwe 4^.f(|&t à le ço^ aoistçe. EUesleviiient^ ni^no|^pl#sià|e^r ayi|^ qu'elles firent depuis. IçeUi^y l|Qi»ctieivatl«» fit
mimé MTffft^ f^mftHIfnftnS à TOin lOiris, 9É to HWh:
peg estoit dey |^^eat^cagainiiravoi|»T4oi>i^ à so^ t^Muvia ^'il av^ envoyé davaç^ Si dia^
mûHrèriiài una uâitiA deiditA AABUAaiflnflfis
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&it contra messife Claad^ ^ \a^M^«y^ M ki louojent à merveilles^ M[ais OB^eqnes W hofieh»^ valier ne monstra «(ambiant d'en avoir jaya^ ains respondoit conrtoiseo^ent à leurs paroUei^ et diaoit : « Mfifinriffnffinn mea. comnaiiBiûBS. le loa qpi'on me doipuM e^lr à gç^ to^'; il n'y % pas encores tant de bien en moy que je sceuçse monter à grant pris ; mais s'il plaist à Mostre Seigneur, moyennant watiehoi^ ayde, je par^ viendray à estre au nombre des gens de bien. • Qr fiit ce propoalaissé, et park-on d'autreamac tière». Si commencea à dire l'xmg des çentibhommes de la, compaignie, appelle Tai^rdie9 • homme joyeulx et facécieux, adressant ces paroUes au bon chevaber : <f CompaigncNa^ i^n amy , je xous adviaa qu'en tomte la Picardie n'ja point de plus belles dames qu'en oette ville« dcmt vostre bostesseï, <pie vous n'avex encore veue, en est l'une. EUe est allée auj^ nopcea d'une sienne niepce; demain vetoumera». si 1^ ven;ezà vostre ayse. U est i^pii^ssible que s^ye^ venu tenir garnison sans escuf « il faut, à vostr» arrivée, fiûre parler de vous, et par bie^ bi», paissiez acquérir la grâce des dames djs cesta contrée. U y a long temps qu'il n'y eust pria doimé en ceste ville; je ^ous prie tant- que jsj pips qu'ep vueiUez donnei^ ung entre^cy et huyt» jours ; et ne me refosez pas, s'il voua plaî^^ pour U première requeste qp^ je vous ay jamais faicte. » A quoy respondit le bon cfeievalier : % Sur ma foy I monseigneur de Ti^rdieUit quant me demand^iez une beaucoup pluagroM chose, croyez que n'en «eriez pas esoonduil ; comment le seriez- voui^ decesjte ^y , ^ QPie plaist.
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