‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 319 sur 428 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

ces sur chacun artide» ainsi qu'il luy estoit ordonné de faire. Premièrement, quant à ce que Fempereur all^oit que le roy donnoit assez à cognoistre qu'il ne vouloit conclure ledit traitté, pnisqu'au lieu d'envoyer monseigneur l'amiral àcestefin il i'avoit envoyé ailleurs, et poureffect contraire, c'est-à-dire pour faire la guerre, le roy respondoit qu'attendant response de la difficulté qu'on luy faisoit sur l'usufiruict qu'il demandoit luy estre réservé, aussi voyant la re* mise de Naptesà Gaiette et de Gaietteà Romme, et que l'armée qu'il avoit préparée pour avoir la raison de ce que le duc de Savoye luy occu- • poit luy demouroit cependant inutile, il avoit aavoyé ledit amiral poursuivre sadite raison, en attendant que ledit seigneur empereur le mandast, lequel encores ne Favoit mandé ; mais que, nonobstant qu'ayant le roy, à la requeste de l'empereur et à son instance, révoqué un gentilhomme de sa chambre qu'il avoit à Venise, luy eust ce pendant traitté avecques les Vénitiens, qui se pouvoitdire innovation, toutesfoys la première et principale charge qu'il avoit donnée audit amiral estoit dene toucher aucune diose qui, à quelconque tiltre, appartint à l'empereur, ou dont il fust jouissant et possesseur; joinct qu'Q n'a voit esté demandé préfixement que ledit amiral y allast, mais luy ou autre personnage d'auctorité ; mesmement qu'il avoit esté parlé d'un cardinal, et qu'à ceste cause le roy avoit jà faict la dépesche de monseigneur Jean, cardinal de Lorraine, lequel, feignant d'y aller afin d'assister ànostre Sainct-Père pour le debvoir du lieu que tiennent les cardinaux, pourroitplus couvertement manier ceste praticque, laquelle voutoit l'empereur estre tenue si secrette, et auquel, pour estre prince et si procha'm du roy que nul autre pourroit l'estre davantage, ledit seigneur empereur adjousteroit ù>y ; puis après, quand on auroit mis les choses en bon train, le mander alors audit amiral, qui s'y trouveroit avecques ample et sufiisant pouvoir, dont il estoit desjà gamy.

La vérité estoit en efiect que l'empereur ne ses ministres n'a voient du commencement demandé ledit seigneur amiral précisément; et sur ce que depuis ils en firent instance, fut advisé qu'il n'estoit raisonnable de l'y envoyer, et laisser son armée sans chef, estant le seigneur Antoine de Lève si près, et assez donnant à cognoistre que si le moyen et opportu- XVI* tiàcLB, Cbroa. et Mém.

nité s'offiroient, il eust bien voulu jouer d'une surprise à ladite armée ; mais, pour oster toute occasion de dire ou penser que le roy ne voulust entendre à ceste confirmation de paix, laquelle certainement il désiroit sur toutes choses, fut advisé d'y envoyer mondit seigneur le cardinal. Et (ce que beaucoup de gens rusés trouvèrent faict plus bonnement que cautemcnt) fut ledit seigneur amiral, par homme exprès, adverty de ceste conclusion, avec mandement de ne marcher outre avant qu'il eust parlé à luy ; et que cependant, retirant son camp en quelque lieu de seureté, il donnast advis de ceste dépesche au seigneur Antoine de Lève, à ce qu'il ne donnast empeschement au courrier^ qui portoit ceste nouvelle au seigneur de Yelly, ainsi qu'il avoit faict à Espercieu venant au roy. L'empereur, ouye ceste première response et remonstrance à sa première plainte, sans attendre quelle seroit la response aux autres, interrompit les paroles du seigneur de Yelly, hiy répHcquant que par sondit traitté avecques les Vénitiens il n'avoit rien innové, mais seulement confirmé ce qui avoit esté faict àBouIongne, et n'avoit faict chose qui l'empeschast de traitter avec le roy ; item^ que son traitté n'estoit que paroles ; ce que faisoit le roy contre le duc de Savoye estoit autre chose que paroles qui deussent précéder les efiects ; et, quant au pouvoir qu'avoit l'amiral, il n'estoit h propos; car luy n'avoit accoustumé de traitter en ceste sorte. Que bien s'estoit-il veu plusau-dessoubs du roy qu'il n'estoit, mais qu'il n'avoit jamais rien faict pour la force d'iceluy ; et que jamais ne fut et encores estoit moins, pour se laisser conduire à traitter par force , adjoustant qu'estant le duc de Savoye son vassal et son allié de si près, raison ne vouloit qu'il luy faillist. Quant à l'usufiruict, puisque le roy en attendoit response, que ledit Velly la pourroit veoir sur les articles que luy avoit baillés à nostre Sainct-Père. Sur ce luy respondant ledit Velly que deqà il les avoit veus, et qu'il y trouvoit novation sur la personne du duc d'Orléans à celle du duc d'Angoulesme, dit l'empereur alors que ce qu'il avoit accordé il I'avoit faict soubs condition que les seuretés se trouvassent telles que luy eust cause de s'en contenter; ce qu'il voyoit estre impossible, joinct qu'il n'estoit tenu d'observer son offre, que le roy n'avoit acceptée. Réplicqua le seigneur de Velly, quant à Faeceptation, que le

MÉMOmpS pp X>V BELLAY,

et quant ^^^ se^ret^, qu^ le4U seigneur ^^ pereuravoittoqsjours^it qu'il nç le^deimod^ roit sinon raisonn^e^ ; aussi que les demaodant autre^ il seia^leroit qu'il e^si voulu décevoir le roy, luy aiXQrdaniuoiÇ ckosedoqjl U espérast invalider (a prçopie^ igM ii^posnil)^ d'une autre, Pit rea)|>ereur i^voir proom, ^ voirement prooiettoit encores de r^ demai^def chose desraisonnable, çt qu'il eif, u&çrpit du conv seil de nostre Sainct-i^ère et de se$ autres coi;i^ fédérés. Le seigneuf de YeUy persévéra, iosiatantqu'^ ne rétractât se^ p^o^iaa^e^et aUé^iMUP^i ^s auureii prowessen (aiclçs ^iUeim pendant ceste praiticquei li^sq^elles pouvoÂçnt mettre le roy en double de la volon^ dudit seigneur ei^r pereuri^ çoou^ t^ praticqui^ q^'iJl tn^imt e« Angleterre, le4 Lçttrea par luy escrites au loy de Portugal en luy çtTranl, Te^a^ àfi^ Milai^ pooff son frère» au^ ]^ bruit commun qui ^toit en la ville de Kofvune» en. toute Italie et Alleo^^agn^ que Ton dopnoit, paroles au roy ppur Ta^user i|t faire sursepir ^n i^roM^e ; e^ après U^\ cela ceste rétr^^ta^ion de 1^ promesse faicte pour le 4uc d'Orléans, Içsquelles choses assemblées et luises en considération ne pouvo^ent sinop jeter le roy en désespoir et, W ccMiduire à faire ou prometitre aiU^uj;s chose que puia après il ne ppurro^ IfLOi^nest^m^t ne rét]e#^tejr ne disaii^uler.

En ceste 9^&)^ fiMspit le seigneui de Velly ses reo^qpsprai^ice^ comme cehiy auquel il gré^ voit jusqjoes, a^ eueur ayoi^ si ayant asseuré Sfon maistre de cbpse qu'il voyoit lora aller à ];ebour§y ctceppui: s'entre ùésur la parole d'un si grand prince qu'un, empereur. D'autre coaté se sento^t l'eq^pereur picqué un peu plus avant qu'il n'ei^), vpulu ; et p<mr ce demanda en oo^ 1ère au|(}ii de Velly s'il avoit pouvoir et mandement de ti;aUAer au nom du roy son maistre. A quoy il respondit; que non, voulant au demou^ i;ant alléguer les raisons et parachever de dire les respiM^aea et remooslrances du roy sur le surplus dea exfK>stjuIaXiona et plaintes qu'on luy avoit faictes. Mais Fempereur ne le souffrit parler plus avant, et se tournant à luy : - Doncques, dit-il, puisque vous n'avez, pouvoir, na pouvez-vous dire que je vous donne paroles^ mais plustostvousàmoy;ettanty aqaedece que je vous ay dit je ne passeray plus outre cpie je ne voye voaire pouvoir. »

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C^ate reqofpfe eiy^^it tefte, que m ledit YeHy et autrei 9)aniam i iilomme 1^ albires da roy n'eussept bto^ s^eu f intention dudit freiflawir estre entvèreçtent eMi^ à la paix en k m* couvrait avec by^p^es^ea opaditions, ikav^Mei^ asae% occf^A àf^ «e déaiatev entièrement de la pratieque, jnsque» k ce q«'ila eussent auilrw nouvelles et mandement di^ foy. Touteafoya, l'évesque de Itfaiscon ayaM seeu par Bosm Sainct-P^re que l'empereur, entre phiaieuis propoa et pai^kmenaqu'il^ avoient eua ensemMr, avoit £iict mention de luy» comme troavaot estrangç que dcfMûs sa» arrivée à Romioe kdil évesque n'avoit e^ooirea esté vers tuy, <iilibii% sur ceste oceasiofi d'yf^^ ^ taslercfe hiy, « deviçAUt, s'il poNrifoijL faixe qu'il^ retomimut s« ces propfiM. Au Wndemaia, qui (ut le tcotaiesiBe jour depuiui Ifawivée de ^e^^>ereur à Roaune^ après toutes les cérémonies Daietes en Féglise Sainct-Pienw, auxquelles assista l'empereup ea ses habits impériaux, portant la oouronae sat sa teste^ le seigneur Pierre Loois de Fantèse tenant dev^tliiy la pomvie ronde, et le marqua de Brandebourg portant k scq>M, et raessîre Jacques de Longueval,seigaettrde9ossu, grandescuyev, portant l'espée, ledit évesque de Mascon envoyi^ vers Sa Majesté luy demander l'heure qu'il hiy pkiroit luy dpnaer accès pomr luy alkr iatre k révérence, laquelle heure faiy (ut assignée au lendemain matin.

A l'heure assignée, vindrent enseodile ledk de Masc<>n et le seigneur de YeUy, ksquek trouvèrent les ambassadeurs de Yenise^desjà entrés en k chambre^ dudit seigneur empereur, qui tosL après en sortit pour aller- à k messe. Et s'approchant de kiy lesdits ambassadeurs de France» l'évesque de Maaocm pris! la parole et luy diat qu'estant ambassadeur du roy très chresUen son bon frère devers k saincteté de nostce Salnctt-Père^ il n'avoit voulu failUr de luy faire k révérence et luy présenter son très humilie seiTvice. L'empereur respondit qu'il estoit très aise de.lp oognoistre, et avoir entendu de nostre. Sainct-Père que ledit évesque avoit toujours kict très bon oflice, et qu'il désiroit à ceste cause luy faire plaisir. Puis s'adressant au seigneur de YeUy : « U me semble, d)t*ii, par les derniers propos que vous me tinstes quand) ja vous déekray le contenu es articles par moy communiqués à nostre Sainct-Père, que k ^oy mon frère n'est point pour les accep-

ter, d autatit que je me Snis irctîré de ce qui avoit esté parlé pour le duc d'Orléans son fils; et pour ce je désit'erois ttiervcillèusenifertt sçafoir si vous avez rleiis davantage de son iûteiito>n. »

Sur cela t^spondit ledit seigneur de Velly qu'attendu la brièveté du temps qu'il y avoit (Jue fonestoît enti^en ceste difficulté touchant ledit seigneur duc d'Orléans, Sa Majesté pouvoit bien entehdre et cognoistrë qu'il estoit impossible qu'il en ftist encores autrement adveny, pour ce qu'à peine pouvbit eslre arrivé eti la cour du roy son maistre le messager qui èh portôit les nouvelles. Desquelles iceluy seii^eur de Velly dist ïie doubler point qu'elles ne setnblassent bien estranges audit seigneur, Attendu les propos qui lui en avoient esté tenus cy-devant, et les honnestes responses qu'il en Avoit faictes, «ensemble les bonnes oeuvres qu'il àvoît offert exécuter, et en estoit prest, faisant Sh Majesté Impériale ce qui avoit esté traitté potir liêdit seigneur duc d'Orléans. « Je ne vuell pas, dit l'empereur, blasmer ses œuvres, aussi ne veuil-je pas justifier les miennes en secret ; et pour ce suis-je bien aise que vous, monseigneur de Mascon, soyez présent; vous tii'accompagnerez tous deux, s'il vous plaist, devers le pape, et là je vous déclareray mon intention. » Et ce disant, appella aussi les ambassadeurs de Venise pour le suivre.

En ceste sorte entrèrent tous ensemble en la chambre du consistoire, où le pape est de coustume se vestir de ses habits pontificaux ; et là trouvèrent messieurs les cardinaux attendans nostre Sainct-)Père, avecques lesquels s'amusa ledit seigneur empereur, en devisatit sur pieds l'espace d'un gros quart d'heure. Ce pendant on advertit nostre Sainct-Père, qui encores ne scavoit riens de sa venue. Sa Saincteté luy envoya demander s'il luy plaisoit monter en sa chambre ; et il respondit vouloir attendre Sa- (iite Saincteté. Nostre Sainct-Pèrè descendit tost après ^ et s'allèrent eux deux ensemble àppuyet au bout d'un lit qui estoit dressé en ladite chambre. l'X là tléclars^ ledit seigneur empereur à Sa Saincteté qu'il luy désiroii parler d'aucunes choses d'irnportance, en la présence du sainct et sacre collège des cardinaux. Surquoy ordonnant Sa Saincteté que tous autres vuidassent la chambre, ledit seigneur le pria Vfès affectueusement que tous oemourassenl.

LIVRÉ V

et qu'il vouloit bien parler ptiîicquement. Et alors messieurs les révérendissimes cardinaux h àssemklèi*éht à l'entour d'eux comme en demyëerclë, auquel estoient les ambassadeurs de France, et derrière eux ceux de Venise; après grand nombre d'autres ambassadeurs et de prélats, ducs, comtes, barons et autres personnes notables.

Adoncques l'empereur, le bonnet au poing, commençadire commentil estoit venu poutdeux raisons principales : la première pour baiser les pieds de Sa Saincteté, luy offrir sa personne et son pouvoir, et le supplier de vouloir convoquer le concile universel; en quoy ayant trouvé Sa Saincteté non-seulement bien disposée, mais si très affectionnée et prompte, il la remercioit grandement du bon commencement qu'il y avoit de^à donné, et de la délibération qui en auroit estéarrestée au dernier consistoire oucongrégation générale ; te suppliant vouloir continuer et parachever cest œuvre si nécessaire à toute la chrestienté, offrant tout ce qui seroit en sa puissancie pour les conduitte et heureux progrès d'iceluy. La seconde principale raison de sa venue estoit pour lui faire entendre combien de tout temps il avoit, pour le bien de la chrestienté, désiré avoir bonne intelligence et amitié avecques le roy de France, et qu'il n'eust point esté marry que maintenant les choses se feussent peu dresser entre eux à quelque meilleure conclusion; mais qu'il avoit trouvé ledit roy de France si desraisonnable, qu'il estoit contraint, de toute sa vie et des choses qui ont passé entre eux deux, rendre compte et raison en présence dudit sainct collège, des ambassadeurs, des princes et potentats, et des autres seigneurs et notables personnages y assistans, afin que l'on sache lequel a plus juste cause de se douloir de l'autre ; priant Sa Saincteté, s'il se trouvoit long en ce récit, le vouloir en excuser, tant pour la diversité des choses que pour la débilité de sa mémoire, et la non trop bonne disposition de sa personne.

Ceste excuse prémise, l'entrée de sa narration fut du traitté de mariage autresfoys accordé par les défuncts de bonne mémoire empereur Maximilian et roy Louis de France, d'entre luy, nepveu dudit Maximilian, et madame Claude, allé aisnée dudit roy Louis, laquelle depuis auroit esté royne de France; lequel mariage a^ay&nt esté accomply par lacoulpé et faûlto

dudit roy Louis, remperenr Maximiliau, irrité de cest outrage , entreprint la guerre contre ledit roy Louis, et le chassa du duché de Milan. Quelque temps après, estant luy en Fâge de quinze ans, le roy François seroit venu à la couronne de France, auquel il désira grandement avoir alliance et amitié; et nonobstant qu'il fust encores en bas âge, si avoit-il dès lors bonne cognoissanoe de la prochaineté du lignage qui estoit entre eux par le moyen de madame Marie de Bourgongne, son ayeule ; et qu'à ceste cause il auroit envoyé devers ledit roy de France grosse et notable ambassade ( en laquelle estoit le comte de Nansau son cousin) renouveller et restraindre ses alliances avecques ledit roy de France, et fut traitté du mariage de luy et de la belle-sœur dudit roy. Que pou après seroit survenue Tentreprinse de Milan par le roy, lequel auroit obtenu victoire; dont luy auroit esté aussi ayse que de chose qui luy eust peu advenir, et auroit laissé d'obéir à l'empereur Maximilian son ayeul , qui luy avoit commandé de l'empescher le plus qu'il pourroit. Que, tout ce nonobstant, le roy auroit depuis voulu entrer en nouvelles capitulations avecques luy, en luy voulant bailler madame Louise sa fille aisnée à femme, et, au deffault d'elle, madame Charlotte sa seconde fille ; et le requist alors d'entrer avecques luy en guerre contre le roy d'Angleterre, pour le recouvrement de la ville de Toumay; chose dont luy le desconseilla, et tant persista qu'il Fen feit désister à sa requeste. Que peu après seroit intervenue la mort du roy Ferdinand d'Arragon, son ayeul maternel; et que luy estant à ceste cause besoing de passer en Espagne, force luy fut pour s'asseurer du roy , et pour n'entrer avecques luy en rupture, traitter avecques luy tout de nouveau ; à quoy luy ne voulut estre refusant, jusques à consentir et accorder au roy cent mille escus de pension par chacun an, sur le revenu de ses'royaumes de Naples et de Sicile.

Depuis seroit ensuivie la mort de l'empereur Maximilian, et que, vacant l'Empire, tous deux auroient aspiré et cherché de parvenir à ce degré. Sur lequel propos usa ledit seigneur empereur d'cme fort longue démonstration des bonnes et raisonnables causes qu'il avoit eues d'y prétendre plustost que nul autre, veu que si grand nombre de ses prédécesseurs y seroient parvenus, et que c'euat esté à luy faillir gran-

dement à son honneur, au cas qu'il n'eust employé tous ses esprits à recouvrer une telle dignité, qui estoit desjà comme héréditaire et acquise à sa maison. Que, ce nonobstant, il n'aaroit jamais eu à mal que le roy de France luy fist concurrence, lequel aussi de sa part auroit par plusieurs foys dit à l'ambassadeur que loy empereur tenoit en France que ceste poursuitle de\ oit entre eux estre comme deux amans cherchans tous deux l'amour d'une mesme dame; et quand l'un y seroit parvenu, que l'autre ne luy en devroit porter aucun maltalent, ains qu'ils devroient (et que telle estoit sa Tolontt) persévérer néantmoins en leur première bienvueillance et amitié. Mais, nonobstant ces bons propos, le roy, après que luy fut déclaré eoipereur, seroit entré en jalousie de sa grandeur, et l'auroit faict presser de renouveller leurs alliances soubs autres formes et conditions, en le faisant obliger à espouser madame Renée sa belle-sœur , qui à présent est duchesse de Ferrare; et, ne se contentant de cela, l'auroit aussi iaict presser d'asseurer lesdites aUiances par ostages, ce que luy auroit refusé de faire, non y estant obligé ; et que l'ambassadeur du roy de France estant lors en Allemagne, y auroit faict de très mauvaises praticques. Nedit point ledit seigneur et ne sçait pas si ce fut par le commandement du roy son maistre ; bien dit que ledit ambassadeur se seroit eslargy jusques à dire à luy, empereur dessusdit, que s'il ne confirmoit et asseuroit icelles alliances en Ja manière que le roy son maistre le demandoit, il ne pourroit penser qu'il les voulust entretenir, comment que ce fiist. Dès lors, dit ledit seigneur, commença le roy de France à faire démonstrationde sa mauvaise volonté contre luy, et à prétendre aux choses de Naples; mais quoy ne comment ne dist plus outre.

Puis adjousta que le roy auroit d'une part suscité messire Robert de la Marche à faire la guerre audit seigneur à cause de quelque sienne querelle, trouvant ledit messire Robert de la Marche homme propre et tel instrument qu'il le demandoit pour exécuter ses mauvaises intentions, ainsi qu'estoit le duc de Gueldres encaspareil, et que sont les deux personnages dont l^it roy de France et ses prédécesseurs auroient accoustumé de s'ayder à faire ennuy à luy empereur et aux siens prédécesseurs. De l'autre part, et en un mesme temps, auroit ledit roy de

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