LIVRE V
France suscité le sire d'Albret à repoursaivrele recouvrement du royaume de Navarre, préten- | dant luy estre loisible d'ayder audit d'Albret j en tant qu'il estoit dit par ledit traitté d'entre eux empereur et roy , que luy empereur en cheviroit avecques ledit d'Albret; ce que jamais il n'auroit reAisé de Caire, ains auroit offert de bailler récompense audit d'Albret d'autant que vault ledit royaume de Navarre, et que de ceste sorte se seroit allumée la guerre entre eux deux, qui fut au mesme temps que l'hérésie luthérienne commença de pulluler en Allemagne, et qu'en Espagne, en son absence, se soubslevèrent les paysans à rencontre de luy *, et laquelle guerre auroit entre eux duré jusques à la battaille de Pavie, en laquelle ledit roy de France fut £aict son prisonnier, et depuis fut par luy délivré, avecques certaines conditions apposées et contenues au traitté de sa délivrance, passé à Madrid entre les députés d'iceux seigneurs empereur et roy ; lequel traitté non-seulement les députés du roy auroient promis de faire garder et observer inviolablement,mais le roy mesmes, en passant devant un crucifix que sur le chemin ils rencontrèrent, le luy auroit ainsi promis et juré ; qui fut la cause que luy entra en quelque espérance qu'ainsi seroit, combien qu'il eust bien auparavant esté adverty que ledit roy de France avoit dit à quelque personnage que jamais il n'en tiendroit riens ; comme à la vérité il n'ouroit faict, sinon autant qu'il en avoit ^ccomply préalablement avant sa délivrance, s'excusant qu'il n'estoif en sa puissance d'accomplir les dessusdites conditions; et que quand il auroit esté recherché, au cas qu'il ne fusten sa puissance de les accomplir, que donc il s'en retournast en Espagne prisonnier, ainsi qu'il estoit auparavant, il auroit respondu n'avoir promis ne donné sa foy de ce faire ; et qu'alors fut par ledit roy traittée la ligue qui se nomma Saincte^ de par laquelle auroit luy empereur esté admonesté de rendre et délivrer au roy ses enfauns, ainsi que s'il les y eust eus par mauvais art et enchantement, et non baillés ostages pour laseureté et observation du traitté. A laulte de laquelle délivrance, et pour ce que luy n'auroit obéy àlasommation de ceste saincte ligue, seroit ensulvielaguerre, pendant laquelle, ainsi que ledit roy avant sa prison auroit envoyé le duc d'Albanie avecques armée au rojaame de Naples, ainsi envoya-il le seigneur
de Lautrec à la mesmes entreprinse, en laquelle }\ mourut. Depuis auroit envoyé le comte de Sainct-Pol à l'entreprinsede Lombardie, fequel y auroit esté pris environ le temps que luy empereur passa d'Espagne en Italie ; et que ledit roy de France, qui tousjours auroit voulu laisser passer quelque chosette avant que prester l'oreille aux propos de paix, alors se laissa conduire à en ouïr parler, et fut faict ledit traitté de Oambray, que ledit roy n^auroit depuis guères bien observé.
Mesmement, qu'estans peu après venues nouvelles des préparatife que faisoit le Turc, et de son entreprinse de descendre encores en Germanie, et luy empereur se préparant à y résister, ledit roy de France auroit tenu plusieurs propos à son désavantage, soubs ombre qu'il n'y avoit esté appelle, disant mériter bien que ledit seigneur empereur tint compte de luy, et qu'il ne faisoit ceste entreprinse seul, sinon pourdesdaigner les autres princes chrestiens, et par ambition et aifection qu'il avoit de parvenir à la monarchie, dont luy empereur se vouloit bien justifier en la présence d'iceux assistans. Et proposa que quant à l'ayde ou secours du roy de France, il n'en avoit voulu user, obstant qu'au seigneur deBalançon, qu'il avoit envoyé vers ledit roy, il auroit &ict response que pour le secourir il viendroit en Italie avecques cinquante mille hommes de pied, accompagnés de trois ou quatre mille chevaux ; ce que luy auroit jugé n'estre à propos, ne pour le particulier intérest de Sa Majesté, ne 'pour le bien et repos de l'Italie ; et quant à la monarchie, que s'il y eust aspiré, jamais n'en eust été contredit par ledit roy de France, ains luy avoit ledit roy offert son ayde de l'y faire parvenir envers et conti:(e tous, moyennant qu'on luy eust voulu accorder seulement le duché de Milan.
Dit davantage que, depuis son retour de Germanie, ayant Sa Majesté faict une ligue à Coulongne pour la deffension d'Italie, ledit roy s'en seroit plaint, et ce sans aucune occasion qu'il eust de justement s'en plaindre; car icelle ligue n'auroit esté faicte qu'à bonne fin, et avecques princes chrestiens : disant ces mots avecques une contenance par laquelle, et autres propos qu'il avoit souvent tenus, il vouloit donner à entendre que le roy en eust faict une avecques princes non chrestiens.
Après (dléj^a pomment le roy se seroit plaint
MÉMOIRES DE DU BELLi^Y,
de Nansau pour ^treindre nos amitiés, je croy qu'il ne trouvera point que de mon costé elle luy fust refusée. Encores croy -je qu'il ne niera point que mon amitié et intelligence ne luy nuisit pas à le tirer hors des mains de madame Marguerite sa tante, et de la subjection de son grand-père, qui à ceste heure là estoit son mainbrug. Et quant à ce qu'il dit que continuant ceste amitié, il fut aussi joyeux de ma victoire contre les Suisses qu'il estoit possible , je Tentendy ainsi par mon ambassadeur estant près de luy ^ qui me rendit très grande obligation à luy, et eusse faict en cas pareil, si telle victoire luy fust advenue.
<« Quant à ce qu'il dit qu'il n'obéit point à l'empereur son grand-père le pressant de me travailler du costé de deçà durant ladite guerre, s'il eust faict le contraire, ileust faict contre le traitté qu'il avoit juré ; et si scait bien que je faisois lors entièrement tout ce que je pouvois, et fis encores depuis, pour le rendre obéy et paisible par toutes les Espagnes : et est tesmoing luy-mesme de ce que mon ambassadeur en fit par mon commandement ; et crois que ma faveur ne luy nuisit de rien en ce temps là. Quant au mariage de mes filles, combien que de leur mort il me despleust comme à père, encores n'en eus -je moins de desplaisir, pour l'alliance et amitié qu'elles pouvoient entretenir entre luj et moy. Quant au faict de l'Empire, où il dit qu'alors commença à naistre la jalousie d'entre nous deux, il est vray que je dis à son ambassadeur les paroles qu'il allègue , que c'estoit comme si nous estions tous deux à la poursuite d'une dame, et qu'advenant ce qu'advenir pourroit, nous ne lairrions à demourer bons amys ensemble; et certainement je le pensois ainsi que je le disois. Quant à ce qu'il dit que depuis qu'il fut esleu empereur je le priois de renouveller nos alliances et de les asseurer par ostages, il est bien vray que je désiray d'asseurer et de perpétuer nostre amitié; car estant morte ma fille aisnée, et l'autre si jeune que l'attente luy en estoit trop longue, j'eus désir de revenir au traitté qu'avoit faict monsieur de Mansau touchant ma belle-sœur, qui n'estoit chose nouvelle, ny donné à cognoistre audit empereur que je ne cherchasse son amitié par tous moyens que je pouvois. Quant à ce qu'il dit que je l'ay voulu presser de donner ostages pour la seureté des alliances, il sçait bien que,
par les traittés que nous avions ensemble, il me devoit par chacun an bailler cent mille escns pour le royaume de Napleft, et que ce fut à faulte de payement que je luy demanday seurelé ou respondant ; et s'il m'eust bien payé, je n'avois que faire de demander cela. Et quant aux prattcques qu'il dit avoir esté faictes par mon ambassadeur estant en Allemagne, mondit ambassadeur est icy, qui m'asseure et affirme n'avoir jamais praticqué chose contre ledit empereur ; bien avoir tousjours voulu faire le devoir en mon nom, comme duc de Milan, envers leSainct-Empire,et m'entretenir avec les Estais d'iceluy en bonne intelligence, comme j'estois tenu : et quand il aura faict davantage, il aura faict contre mon vouloir, dont je ne le laisseray impuny en me faisant apparoir dumeffoict.
« Quant au faict du roy de Navarre, l'empereur sçait bien le temps , contenu en nos traittés, dedans lequel il devoit satisfaire au roy de Navarre , et qu'en defTault de ce je le pouvois secourir , sans rompre avecques ledit seigneur empereur : lequel terme je laissay passer de long-temps, pensant tousjours qu'il luy satisferoit; mais à la fin il a fallu que je satisfisse à ma promesse. Et au regard de messire Robert de la Marche, je ne luy fis jamais faire k guerre ; et qu'il soit vray, j'offris à l'ambassadeur dudit seigneur empereur de luy faire ayde contre ledit messire Robert (ainsi que le traitté le portoit ), mais que j'en fusse requis ; et révocquay par effect les gens qu'il avoit sans mon sceu levés en mon royaume, qui fut cause qu'il perdit plusieurs de ses places. Par quoy , Très Sainct Père , vous pouvez assez juger qu'en ceste première guerre je ne suis en riens coupable de la rupture. Quant au traitté faict à Madrid, j'en ay tant respondu par le passé, et si au long, que ce seroit user de redite : bien diray-je qu'un chacun sçait que prisonnier gardé demeure en liberté de sa foy , et que mesmes à FontaralMe, où je fus d^ivré, et par tout le chemin à mon retour, j'estois plus gardé que dedans Madrid, et jamais je ne fus sans avoir garde : par quoy je sortis de prison en liberté de ma foy, et sans aucune obligation. Et quant à ce qu'il dit avoir esté auparavant adverty comme j'avois dit que le traitté ne se tiendroit, j'advoue de l'avoir dit, cognoissant qu'il n'estoit tensèle; et qui m'eust