LIVRE VIII
puis la porte qui va à Mouchy jasqoes au petit bastion qui avoit esté fiiict à l'endroit de h porte de Hédin, et, en effect, c'estoit le plus débile endroict de la ville, car il n'y avoit ny fossé, ny rempart, ny deffence aucune, que dudit bastion, lequel n'estoit encores si hault qu'il ne fust dominé par deux montagnes qui regardoient dedans, les capitaines s'assemblèrent pour adviser qui prendroit la charge dudit lieu, et de deffendre la bresche si elle s'y &isoit.
Geste charge escheut au capitaine Martin du Bellay avecques ses chevaux légers, et au capitaine Blérencourt avecques ses gens de pied, et que le capitaine Yville demeureroit avecques les siens à la garde du bastion devers Dourlens. Ce jour, en frisant les approches, fut blessé d^oncoupd'arquebouze venant de la ville le capitaine Conrard de Bemnelberph, surnommé au camp impérial le petit Hesse, duquel coup toatesfoys il fut depuis guéry. Environ quatre cens pas contenoit la longueur de la courtine, qal estoit baillée en garde, avecques ledit bastion, aux susdits du Bellay et Blérencourt ; et n'y avoit en toute ceste longueur commencement de fossé ny de rempart, et n'avoit point la noftiraille plus de trois bons pieds d'espoisseur, de sorte que le nombre des] pionniers qu^ils avoient estoit fort petit au regard de si grand ouvrage. Toutesfoys chacun y mettoit la main comme pour soy, et pour sauver sa vie et h(Hineur, et acquérir réputation. Les capitaines ne partoient point de dessus le lieu, besongnans eux-mesmes et donnans courage aux autres, et faisoient apporter à boire et à manger sur le lieu, pour départir aux compagnons : mais Tentreprinse estoit si grande, que la journée de tous y paroissoit peu, joinct qu'ils estoient contraints de consumer autant de temps à desmolir et abattre les maisons voisines et contiguês la muraille, comme ils faisoient à pionner et remparer ; et telle estoit la diligence de Tennemy, que, faisant les approches de ce costé, il ne se reposoit de l'autre.
An-dessus du grand bastion d'en hault, -7 avoit un grand chemin creux, qui excusoit Pennemy de faire trenchées, et n'avoient eu ceux de la ville loisir de l'esplanader, pour la soudaine arrivée du camp impérial. Par là vindrent les ennemys à couvert, et, dès le mardy,
bT^pon midy, avoient gaigné le pied de la
poincte dudit grand bouUevert, sans pouvoir estre aucunement deslogés de ceux de dedans ; et, arrivés qu'ils y furent, ne cessèrent de sap per dt jour et nuict, jusques au jeudy ensui vant, qui fut le quatorziesme de juin, et par là donnèrent l'assault, ainsi que je vous diray cyaprès. Ceux qui avoient la diarge du pan de mur que j'ay prédit, quelque dilliculté qu'il y eust pour les coups de canon qui ordinairement donnoient parmy eux, et le peu de gens qu'ils estoient, avoient toutesfoys usé de telle promptitude, sans perdre temps ny jour ny nuict, qu'au troisiesme jour ils eurent remparé plus de cent pas, commençant depuis la porte jusques à un hostel-Dieu, qui touchoit contre la muraille, où ils furent contraints d'interrompre l'entreprinse pour abattre ledit hostel-Dieu, chose qui ne se pouvoit si légèrement faire. Et ledit troisiesme jour, qui fut le vendredy quinziesme du mois, les ennemys ayant faict leurs approches, envoyèrent un trompette avecques un hérault, et le capitaine Tonnoire, Espagnol, capitaine de Gravelines, au petit bastion qui estoit à la porte de Hédin, environ le soleil levé, lesquels sommèrent le sieur de Yillebon et autres capitaines, qu'ils eussent à rendre la ville, pour et au nom de l'empereur, es mains du comte de Bures, gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté-Impériale en tous ses Pays-Bas, dedans vingt-quatre heures ; autrement estans forcés (comme il estoit apparent, veu la débilité de la place) il les feroit tous passer au fil de l'edpée. A quoy fut respondu, par ledit seigneur de Yillebon et autres capitaines, qu'ils avoient charge du roy leur maistre de la garder pour et en son nom, et que jusques à la mort ils en feroient leur plein devoir. Lesdits capitaines et hérault, après plusieurs remonstrances faictes, s'en retournèrent porter response, et se plaignirent qu'aucuns soldats, en manière de dérision, leur avoient dit qu'ils attendissent à sommer Sainct-Pol jusques à ce qu'ils eussent prins Péronne, et que, Péronne prinse, s'ils retoumoient sommer Sainct- Pol, ils penseroient alors ce qu'ils devroient respondre.
Le seigneur de Bures, la response ouïe, feit commencer la batterie, depuis le portail où estoit l'horloge, jusques au bouUevert où estoit. la porte de Hédin ; et dura ladite batterie continueUei depuis les quatre heures du matin jus»
M£MOIR£S DE
ques à cinq heures de loir, pendant lequd temps il fiit tiré, par compte iaict, le nonibre de seiie à dix-hoict cent coups de canon, de manière que la brescbe pouvoit avoir ouverture de trois à quatre cens pas, et à la pluspart des lieux on y peuvoit bien monter à cheval. Et fiiult entendre que du costé de Douriens, en un hault lieu qui regafdoit dedans le bastion, ils avoient mis sept ou huict pièces, qui contraignirent ceux de la ville d'abandonner ledit bastjon, qui estoit leur principale, ou, pour mieux dire, seule defiénce. Gela fidct, ils vindrent donner i|n assault, avecques environ de cinq à six cens hommes, non pour intention d'entrar en la ville de ceste poincte, mais seulement pour recognoistre la bresehe, ^, au demeurant, ISaire selon que l'avanture ai donaeroit occasion. Et bien pouvoient lesdits six cens hommes venir au pied de la bresehe à seureté; car le bastion, comme je vous ay dit, estoit du tout abandonné, et ceux de dedans estoient contraints de se tenir couchés sur le ventre à Fendroict de la brescbe, car autrement ne se pouvoient-tls garantir des pièces qui estoient au dessus, lesquelles battoient tout le long de la bresehe par dedans, et ^voient bict si grand meurtre de ceux qui remparoient et abattoient les maisons pour ren^)arer, que, de ce qui estoit ordonné pour deflipndre la bresehe, plus du tiers estoient morts, ou tellement blessa, qu'ils ne pouvoient faire aucun service.
Les ennemys , ayans recogneu la bresdie , ordonnèrent autres sept ou huict enseignes , pour se venir jetter au fossé qui séparoit Iç grand bastiop d'avec la ville, lequel estoit assez compétemment profiDnd en terre seiche. Or est- U que, pour entrer de la ville dedans ledit bodlevert , ftilloit passer par le fons dudit fossé; et, parce qu'on n'avoit eu le loisir de &ire deux courtines , pour joindre ledit bouUevert avecques la ville, on avoit seulement fiûct deux courUnes de vaisseaux à vin , pleins de terre , pour la defiénce dudit ohemin, qui alloit par le ftms dudit fossé du bastion en la ville. Et ce &ict, meirent le feu dedans les estançons qui soubstenoient la poincte dudit bastion, où ils avofent sappé les jours passés, de sorte que ladite poincte alla par terre, et quant et quant tombèrent es trenchées des enpemys tous ceux qui estoient sur ladite poincte à la deffence. •Par quoy incontinent donnèrent Tassault par
DU BELLAY, [i^
ledit endroict, où ils furent très bieDreeoei& par les capitames la Salle et Sainct-Aobin, aveeques leurs gens: et jamais ils n'eussent priosk bastion par là; mais , tandis qu'ils doBooieot Tassault, ceux qu'ils avoient hkx descendreiQ fossé tournoyèrent tant, qu'ils arriverait à ladite courtine , iaicte de poinsons , laquelle i trouvèrent gardée seulement de vingt-cinq on trente arquebouziers , lesquels ils foroèreotioeontinent et meirent en foitte , parce qoe^ puis qu'ils eurent gaigné le fons du fosM.I estoient à couvert de toutes parts, knmâè fiiyans se retirk«nt dedans k bastion; M par la porte qui alloit de la ville au bastioo,» estoit par dessoubs terre , se retirèrent dob la ville; les uns et les autres furent suyvi$|f les aanemys , qui entrèrent pesle-mede m eux. Ceux qui deffendoient le bastion cootfr l'assault qui se donnoit à la poincte, ne se dînèrent garde qu'ils veirent derrière eux qo« enseignes de Bourguignons , et se veireoti^ saillis par deux costés ; tout ce que vert' force naturelle peuvent &ire de résisuotti^ feirent; mais le grand nombre vainquit kft tit, tous furent tués et taillés en piècei.0f^ peu s'en fatdt. Sainct- Aubin, son brtetft^ enseigne y furent tués, la Salle priiiBtf&â blessé, que peu après il en mourut; s»^i^ nant et ma enseigne y moururent paraDHB^^^ aussi feit le porte-enseigne du seigneuri lebon, nommé Sainct-Martin.
Ce pendant que telle exécution se l'assauh continuoit toujours à la bresehe ^^ tre la porte de Hédin et le portail de l'hoHf et se deffendoient très bien ceux de dedai^'' desjà avoient soustenu un farieux assault,» sçacbans rien de ce qui s'estoit fcicl d'a"^ costé , quand cpux qui estoient entrkif^ la ville par la porte du grand bastion, sf^ avoir gaigné le marché, tirèrent droictàl# bresehe , et furent les deiSendans assaillie F^ devant et par derrière. Le seigneur de Mo!»*^ court, capitaine de cinquante hommes d'anse qui estoit venu du chasteau au secours de s* compagncm le capitaine Martin du Beiuyayant Tun 4es bouu de la bresehe en g»^^ plus proche de ladite place, sentant Tenfl""^ à son cul, tourna la teste droict au marcliê, '«^^ quel lieu il fut tué, et auprès de luy son frère sieur d'Yve , et tous ceux qui ^'^^^^.^^ Les ennemys , suivans leur poincte, vifldre»
tlSSTl