LIVRE Via
donner par le derrière à la bresche où estoit le- , dit du Bellay, là où, ettans assaillis par devant et par derrière , furent massacrés sept vingts de la compagnie dudit du Bellay, et le lieutenant et nepveu du seigneur de Yillebon, nommé Laubies ; et le reste n'en eut moins. De ceste furie demeurèrent seulement en vie ledit du Bellay , sauvé par un capitaine alleman, nommé le capitaine Bose , qui le trouva porté par terre parmy les morts; aussi fat le seigneur de Blérencourt. Le seigneur de Yillebon, qui avoit autre quartier en garde, y fut prins par le capitaine Tonnoire, Espagnol, s'estant retiré dedans une tour où falloit monter par une eschelle ; aussi fat le capitaine Iville , ayant le bastion de la porte de Dourlens eu garde , auquel advint un faict estrange, et presque pareil que cehiy qui an:iva à Romme quand monseigneur de Bourbon l'assaillit, et cestuy-cy je le vis. L'enseigne du capitaine Iville, qu'on avoit en estime de bien bomme asseuré , estant à sa deffence sur le boullevert, son enseigne au poing, voyant l'ennemy marcher à l'assault, entra en td efifroy , que , pensant , à mon advis , fouir dans la ville, sortit par une canonnière, et fouit droict aux ennemys, son enseigne au poing, où il fat massacré; aussi un gentilhomme qui estoit auprès de moy , entra en telle frayeur, qu'il tomba mort sans estre frappé; car je le fis visiter. Le capitaine René de la Palletière, lequel avoit le chasteau en garde , fdt pareillement forcé par le boullevert, lequel n'estoit en* cores du tout en deflence , et fut prins prisonnier; mais, sur un débat qui sourdit entre eux, à sçavotr auquel il avoit donné sa foy, fot tué. Il y mourut de toutes gens , tant de gens de guerre, citadins, que pionniers, environ quatre mille cinq cens hommes, et ne fut pardonné ny à femmes religieuses ny enfans; car vous sça« vez de quelle gracieuseté xisent les lansquenets quand ib sont victorieux : mesmes le C£^itaine Martin du Bellay, depuis avoir esté prins et amené dehors par la bresche pour le sauver, faillit à estre tué deux ou trois foys des Gévois, et l'eust esté, sans le seigneur Distian, qui l'accompagna jusques à la tente du seigneur Bure», aon pèi^.
Jje soir, après la fureur de la tuerie passée, le comte de Bures , lieutenant général pour l'empereur, feit crier par le camp que tous ceux qui anroient des prisonniers eussent à les amener
devant hiy ; ce qui fut fatet. Le âeigtietir de Yillebon fut envoyé à Gravelines, et depuis paya dix mille escuspour sa rançon; le seigneur Mar^ tin du Bellay, dès le lendemain, fut mis à trois mille escus, et renvoyé sur sa foy, à la charge d'estre de retour dedans dix jours, ou envoyer lesdits trois mille escus ; et le cautionna le seigneur de Glaion, gentilhomme de la maison de l'empereur, qui autrefoys avoit esté nourry en France.
Dès le temps que le camp impérial commença de marcher, le roy avoit commencé à redresser le sien pour secourir Sainct-Pol, espérant , à ce que luy avoient promis les fortificateurs, qu'elle pourroit bien arrester l'armée impériale jusques à ce qu'il y arrivast, veu la grande diligence dont M usoit ; et jà estoient partis mon^ seigneur le dauphin et monseigneur le* grandmaistre, avec bon nombre de la noblesse, pour aller faire teste à l'ennemy ; et q)rès eux faisoient venir à grandes journées les gens de ohe* val auparavant ordonnés pour aller au Piémcmt , lesquels, sur ceste nouvelle, avoient esté contremandés, quand devers eux arriva un trompette du roy, lequel estoit party de SainctrPol en diligence , incontinent qu'il veit la ville prinse, et leur conta ceste mal-plaisante nouvelle, laquelle du commencement on voulut tenir secrette, de peur d'estonner le peuple ; mais à la fin elle fut déclarée avec telle dextérité, que l'inconvénient ne fut trouvé si grand comme il eust esté si on eust laissé courir le bruit témé^ rairement par gens qui vont tousjours adjou»* tans quelque chose à ce qu'ils ont ouï. Mondît seigneur le dauphin et monsieur le grand-mai»tre, voyans que de secourir Sainct-Pol il n'y avoit plus d'ordre, prindrent résolution , ce non« obstant, de marcher en avant au plus tost qu'il seroit possible, tant pour obvier au danger des autres places de la frontière , que pour se revencher du dommage receu.
Trois jours demoura le camp impérial devant Sainct-Pol, après la prise de la ville, pendant lequel temps le comte de Bures feit brasier la ville, raser le chasteau et abattre la grosse tour, pour raison qu'il ne trouva, par l'advis de son conseil, que viUe ny chasteau se puisse mettre en telle fortification que ce soit pour attendre une grosse puissance. Le quatriesme jour, qui fut le dix-neufviesme de juin, il feit faire les monstres de ses lansquenets, qui se trouvèrent
le nombre de vingt-deux à vingt-quatre mille hommes, cinq ou six mille Wallons, et huict mille chevaux: tant Glévois , haults Allemans, que des ordonnances des Pays-Bas de Tempereur. Le mercredy deslogea le camp, et vint Tavant-garde loger à Auchy les Moynes, au bout du parc de Hédin, et la battaille à Blangy, en Temois ; qui fut cause de tenir les François en incertitude du chemin que lesdits Impériaux vouloient prendre, ou de Hédin ou de Montreul. Dedans Hédin estoit le seigneur de Serôu avec les cinquante hommes d'armes dont il a voit la charge, et mille hommes de pied, dont estoit son lieutenant Philippe de Mailly, et le seigneur de Piennes, aussi capitaine de cinquante hommes d'armes estaus avecquesluy;'et avoient jà très bien remparé la bresche que le roy avoit foicte , et , au demourant , estoient fort bien pourveusde touteschoses nécessaires à la'garde et deffence d'une place de telle importance. D'autant que Hédin estoit bien pourveu, autant l'estoit mal Montreul ; car le seigneur de Canaples, qui en avoit esté ordonné chef, n'y estoit entré que trois ou quatre jours devant, avecques mille hommes de pied nouveaux levés, et quelque deux cens chevaux des arrière-bans de Normandie. Or n'estoit alors la ville retranchée; par quoy, pour la bien pourveoir, eust esté brâoin d'y avoir au moins six mille hommes de pied et trois cens hommes d'armes. Sur ce, le comte de Bures se délibéra de ne s'amuser à Hédin, et print le chemin de Montreul , auquel lieu arrivé, assit son camp, une pahie .vers la porte de Hédin, du costé du bas de la ville, autre partie aux Gélestins, tirant le chemin de Thérouenne, autre vers la porte du grand marché qui tire à Abbeville. Ce faict, planta son artillerie contre le bas de la ville, une bande à l'endroict de la justice, autre sur un petit hatilt devers la porte du grand marché, laquelle battoit le long de la courtine du bas de la ville par dedans, et une autre bande sur un autre hault, où il y a une chapelle tirant le chemin qui va à Beaurain. Après avoir faict batterie le long d'une grande courtine, depuis le portail de devers Hédin ^ en tirant vers la porte du grand marché, se préparèrent pour donner l'assault; vray est que la bresche estoit raisonnable, mais malaisée aux ennemys à y venir, à cause des fossés qui estoient pleinsd'eau ; car,encoresqu'ils eussent escouléles eaues, le marais estoitdemouré.
D'aqtre part y avoit tm grand désiTifitiet pour ceux de dedans; car, pour venir à h br& che, ils estoient descouverts de deubands de l'artillerie des ennemys, puis, estaos & b deffence, estoient encores veus des deoi costà par les flancs, et n'a voient l'opportunité df ià traverses pour eux couvrir; aussi le peu è nombre qu'ils avoient n'estoit suffisant garder la moitié du bas de la ville; par l'ennemy venant à l'assault, tout le resteiki ville, qui a grand circuit, luy demoaroittk donné. Toutes ces choses considérées, ktgneur de Canaples, par l'advis des capte et des soldats qui estoient avec luy, estaoïu solicité par le comte de Bures, feit capitofas telle, que tous les gens de guerre aortirosi leurs bagues sauves et en armes, et les habiùs avec ce qu'ils pourroient emporter de i® biens sur eux. Jamais le comte de Bores^Toyst la ville despourveue de toutes choses es» elle estoit, ne leur eust accordé compostai honorable, n'eust esté la crainte qu'il ivtf^ ce qui advint, qui estoit que, ce peodutfl s'amusoit audit Montrent, on mit seooos^ dans Thérouenne d'hommes et de poodre;^ il estoit bien adverty qu'elle en esxéàtfi^ pourveue; et si, partant de Hédiipwï* audit Montreul, il fust allé droict àTto«RDM< bien à peine eust-on eu le moyen deU«w"^ rir comme l'on feit.
Messire François de Montmorency, iôp*^ de la Rochepot, estoit pour lors lieutenirt? néral pour le roy en Picardie; lequel, eop^ sant l'importance de Thérouenne, et (p^^avoit dedans plus bault de vingt-cinq on tRi' hommes d'armes de la compagnie de toff» gneur de Bemieulles, gouverneur dudit * et pareil nombre de la compagnie de n»^ gneur de Créquy, son frère aisné, et eori^ cent hommes de pied et cent mortq»!*^ envoya soudainement le seigneur de CaoTf»' tenant de la compagnie du jeune duc w^ dosmois,avec quarante hommesd'annes* dite compagnie; le seigneur de ^^^^^^^Vu lieutenant, avec vingt hommes d'armes sienne ; le fils du seigneur de D^P**"*'^ don de monseigneur le dauphin , arec ^^ hommes d'armes de ladite compagtM«î * ^ capitaine Sainci-Brisse, l'un des ^^^^^ capitaine la Lande, avec quatre cens bo^ de pied ; lesquels à grande peine y ^^'^
i temps ; car desjà Montreul estoit rendu, et le lamp impérial logé à deux lieues près de Théouenne. Et si de fortune le comte de Bures, u desloger de Montreul, eust envoyé ses gens e cheval droict à Thérouenne, sans s. journer n chemin, ou qu'il fust allé tout droict au parr de Sainct-Pol, la ville estoit en danger, par lulte d'hommes , comme j'ay prédit ; car la uissance qu'amenoit monseigneur le dauphin e fust jamais arrivée à temps pour la secourir. Le vingt-deuxiesme de juin arriva mondit 3ignear le Dauphin en la ville d'Amiens, ac- Dmpagné de monsieur le grand-maistre de lontmorency, qui souhs luy avoit la princiale superintendance de l'armée; lequel inontinent manda le comte Guillaume de Fus- ,'mberg, estant pour lors à Corbie avec son ?giment de lansquenets, et le capitaine Niçois de Rusticis, dit le Bossu, nouvellement arivé, ayant amené quatre mille bas Allemans, ens bien en ordre et aguerris es guerres de lunstre et de Dannemarc, à ce qu'au vingteuxicsme dudit mois ils se trouvassent à Abeville, où il entendoit faire l'amas de ses fores. Le comte Guillaume avecques sa trouppe il logé dedans les fauxbourgs de Yimeu, le caitaine Nicolas de Rusticis es fauxbourgs de ï porte Sainct-Gilles, tendant au Pontdormy. !t audit lieu d'Abbeville séjourna monseigneur î dauphin, attendant le reste de son armée; ur'ant lequel séjour il eut nouvelles par une lortepaye qui estoit sorty de Thérouenne, ommé Pierre L'Oyseau, qui avoit passé à traers le guet des ennemys, comme dedans la ille de Thérouemie on avoit grande nécessité arquebouziers, et mesmes de poudre pour irquebouzerie. A cesle cause, fut conclu qu'il >toit nécessaire de les en secourir; et fat esleu ; seigneur d'Annebault pour mener ledit se- 3urs, avecques les chevaux légers dont il es- »it général, lequel incontinent se retira à Hén, pour estre lieu le plus à propos pour exéiter ladite entreprinse.
Lie camp impérial estant deslogé de devant ontreul, l'avant -garde avoit esté loger à enty, et la battaille à Verdures, et le lendeain devant Thérouenne ; auquel lieu estant Tîvé monseigneur de Bures, avoit logé son àmp, partie à Dellette, autre partie au-des- )ul)s de la justice, et l'autre au-delà du chas- ?au, en un lieu où, l'an 1^13, Talbot avoit XVI* siKGi.e f Cbroo. et Méin^