‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 59 sur 428 · PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. XXXV · texte numérisé non relu

PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. XXXV

ÎD^Ie qu'ils les vont appercevoir snr un beau gnxA chemin. Alors le bon chevalier dist à la trasqKtte : « Sonne, sonne, trompette, n qui le £rt incontinent. Les cappitaines véniciens, qui ji'easaent jamais pensé qu'il y eust eu gens derrière enlx, estimoi^t que ce fussent encore des lears qui voolsissent courir; toutesfois ils, sans tirer plos avant, s'arrestèrent, et si longuement qu'ils apperceurent au vray que c'estoioit enneoiys; ib furent ung peu estonnés pour se tiiwvci endos entre le camp de Fempereur et orafaL qu'ils voyoient, et Mloit passer par là OQ par la fenestre. Cela les confortoit qu'ils i\e Yoyoteni pas grant nombre de gens. Si fist,

é, fe cappitaine Mallevèche à tous tt de bien foire, leur remoDstrant que force estoit d'estre defihicts ou deffiûre les autres. Aux deux costés du chemin esloient graas fossés. Ung homme d'armes sans estre trop bien monté ne se fut aventuré de le saillir, de pair d'y demourer ; ainsi, en quelque aorte que ce fut, force estoit de combattre. SI commencèrent trompettes à sonner de tous ks deux costés, et environ à la portée d'ung gect d'are se prindrent à courir les ungs sur les autresen cryant par les ungs : « Empire! Empire I France/ France!» et par les autres : « Marco! Marco! » Cestoitung droit plaisir de les otiyr. En eesie proniière charge y en eut beaucoup portés par terre; mesmement Bonnet donna ung coup de lance dont il percea ung homme d'armes tout oultre ; chascun se mit en son debvoir. Les Albanoys s'escartèrent du grant chemin et habandonnèrent leur gendarmerie pour cuyder prendre les François par derrière, dont bien ^appereeut le bon chevalier qui dist au cappitaine la Croie : « Gompaignon, gardez le derrière, que nous ne soyons pas enclos; cecy esi nortre. • Ainsi fut fait; et quand les Albanoys coydèrent approcher, bien furent recens et bloQ firotés, tant qu'il en demeura une douzaine par terre, et les autres à gaigner le pays k belle fuyte. Guères ne les suivit le cappitttBe la Crote, mais retourna au gros affaire, et à son arrivée trouva les Véniciens en rotte, et CBiendoit desjà diascun à prendre son pri- •oonicr. Messire Mallevèche qui estoit monté à Tavantage saillit hors du grant chemin, et vingt OQ trente des mteulx montés, qui se mirent à la faylc vers Trévise. Ds lurent suyvis quelque peu; mais on eut perdu sa p^ine, car trop bien

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alloient leurs chevaulx. Si se retirèrent ceulx de la chasse et se mirent au retour avec leurs prisonniers, desquels y avoit plus qu'ils n'estoient de gens, car sans nulle fiiulte en fut bien prins huy t ou neuf vingts auxquels ils estèrent leurs espées et masses, et les mirent au milieu d'eulx ; et ainsi arrivèrent en leur camp, où ils trouvèrent l'empereur qui se pourmenoit à l'cntour, lequel, quand il veitceste grande poussière, envoya savoir que c'estoit par ung gentilhomme françois de sa maison, qu'on appelloit Loys du Peschin, qui incontinent retourna et dist : « Sire, c'est le chevalier Bayart et les cappitaines la Gayette et la Crote qui ont fait une rencontre la plus belle que se veit de cent ans, car ils ont plus de prisonniers que ne sont de gens; et ont gaigné deux enseignes. » L'empereur fut ayse au possible. Si approcha des François auxquels il donna le bon soir, et les François le saluèrent ainsi que à si hault prince a[^rtenoit. Si loua chascun cappitaiiie ai son endroit merveilleusement, et dist au bon chevalier : <« Seigneur, de Bfiyart, mon frère, vostre maistre, est bien heur^ix d'avoir ung serviteur tel que vous^ je vouldrois avoir donné cent mille florins de rente et en avoir une douzaine de vostre sorte. » Le bon chevalier respondit : « Sire, vous dites ce qu'il vous plaist, et du los que me donnez très humblement vous remercie; d'une chose vous vueil bien adviser que, tant que mon maistre sera voatre alyé, ne trouverez point de meilleur serviteur que moi. » L'empereur. le remercia, et sur cç, luy et ses compaignons prindrent congé et s'en tirèrent à leurs logis. Jamais tel bruyt ne fut démené en camp comme il fut de ceste belle eittreprinse, dont le bon chevalier emporta la pluspart de l'honneur, combien qu'entre toutes gens en donnoit le los entièrement à ses deux compaignons. Je feray fin à ce propos et vous diray d'une autre course que fist le bon chevalier tout seul.

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