PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. LU
\taine, et que non-seulonent en vod >se la seureté de son duché de Milai), ont son £stat de France, veo les ena aujourd'hui. Par quoy» quant à ^'advis qu'on la doibt donner, et y % car nous avons affaire à gens os combattans. Qu'elle ne soit , si est ; mais une chose me recoures Espaignols ont esté depuis ung an ..us cesteRomaigne, nourris comme le poisson dans l'eaue, et sont gras et replets ; et nos gens ont eu et ont encores grant faulte de vivres, par quoy ils «a auront plus longue alayne. Et nous n^avons mestier d'autre chose; car qui plus long-temps combattra, le camp luy demourera. • Chascun commencea à rire du propos, car si bien luy advenoit à dire ce qu'il vouloit que tout homme y prenoit plaisir. Les seigneurs de Lautrec, de la Palisse, le grant séneschal de Normandie , le seigneur de Crussol, et foos oulapluspartdes cappitaines se tinrent i Topôuon du bon chevalier, qui estoit de donner la battaille ; et dès l'heure en furent ad vertis tous les cappitaines de gens de cheval et de pied. Le lendemain , qui fut le vendredy sainct, fut canonnée la ville de Ravenne bien aspremept, de sorie que les ennemys de leur camp entendoient Uen à cler les coups de canon. Si dâibérèrent» sel<m la promesse qu'ils avoient iiîcte , de secourir le seigneur Biarc-Anthoine Colonne dans le jour de Pasques. Durant la batterie furent blessés deux vaillans cappitaines francois , l'ung le seigneur d'Eq[>y , maistre defartillerie, et l'autre le seigneur de Chastillon, prévost de Paris, de coups de hacquebute, rang an bra«, l'autre à la cuisse, dont depuis ils iQoiururent à Ferrare, qui fut fort grosdommage. La brèche faicte à la ville-, ceulx qui avoient esté ordonnés pour l'assault, qui estoient deux cens hommes d'armes et trois mille hommes de pied, s'approuchèrent. Le reste de l'armée se mise en belle et triumphante ordonnance, laqodle désiréement ils attendoient ; et mille ans avoit que gens ne furent plus délibérés qu'ils estoient, et à leurs gestes sembloient qu'ils alloient aux nopces. Si tindrent escorte trois ou quatre grosses heures à leurs gens ordonnés pour aisailKr, lesquels firent à la ville de lourds et divers assaulx ; et y fist très bien son debvoir le vicomte d'Estoges, lors lieutenant de messire Robert de la Marche, et le seigneur Frédéric XYP siicLSp Ghron. et Mém.
de Bozolo, car plusieurs fois furent gectés du hault du fossé au bas. Si les assaillans faisoient bien leur debvoir, ceulx de la ville ne se faignoient pas. Et là estoit en personne le seigneur Marc-Anthoine Colonne, qui disoit à ses gens : « Messeigneurs, tenons bon, nous serons secou^ rus demain ou dimanche, je vous en asseure sur mon honneur. La brèche est fort petite ; si nous sommes pris, il nous tournera à grande lascheté, et davantage il est fait de nous. » Tant bien les confortoit ce seigneur Marc-Anthoine que le cueur leur croissoit de plus en plus ; et à dire aussi la vérité la brèche n'estoit pas très raisonnable^ Quand les François eurent donné cinq ou six assaulx et qu'ils veiretit qu'en oeste . sorte n'emporteroient pas la place, firent sonner la retraicte. Et Dieu leur en ayda bien, car s'ils l'eussent prise, jamais n'en n'eussent rétiré les adventuriers pour le pillage, qui eust esté * peult-estre occasion de perdre la bataille* Quand le duc de Nemours sceut que ses gens se retiroient de l'assault, il fit i)areillèment retirer l'armée pour le soir, afin d'eulx reposer, car d'heure en autre estoit attendu le combat, pour estreleursennemys àdeuxmiUesenvirond'eulx.
Le soir après souper, plusieurs caj^itaines estoient au logis du duc de Nemours, devisans de plusieurs choses et mesmement de la bataille. Si icelluy seigneur de Nemours adressa la paroUe au bon chevalier: «« Monseigneur de Bayart, avant vostre venue, les Espaignols, par de nos gens qu'ils ont prins prisonniers, demandoient toujours si estiez point au camp; et à ce que j'en ay entendu font grosse estime de vostre personne. Je seroisd'advis, s'il vous semble bon, car jà de long-temps connoissez leur manière de faire, que donain au matin eussent par vous quelque escarmouche, de sorte que les puissiez faire mettre en bataille et voyez leur contenance, n Le bon <jievalier, qui pas mieulx ne demandoit, respondit : « Monseigneur, je vous promets ma foy que. Dieu aydant, devant qu'il soit demain midy, je les verray de si près que je vous en rapporteray des nouvelles. » Là estoit présent le baron de Féam, lieutenant du duc de Nemours, lequel estoit adventurier chevalier, et toujours prest à l'escarmouche. Si pensa en soy-mesme que le bon chevalier seroit bien matin levé s'il la dressbit plus tost que luy ; et assembla aulcuns de ses plus privés, auxquels il déclaipa son vouloir, à ce qu'ils se tiensissent
CHRONIQOË
presti au jour poignant. Toua brrex ce qa'il en adrint