CHAPITRE LIV
ae U cnieBe babOle de aaTenne, où les Es|ialgDols et NeapoltdoB farenl deseon^lSf et de la mort du duc de Ne-
Au retoor cte ceite chaulde escarmouche qu'avoît £ûGte le bon chevalier, forent assemblés tous les oai^itaines, tant de cheval que de pied, au logla du vertueui duc de Nemours, le passe- |qrewL de tous e«ilx qui forent deux mille ans a ; car <Miiie ly ra point en chronicqtie ni his* tMfe« d^empereur, roy , prince ni autre seigneur qiit«enfi peu de temps, ait fiiit de si belles dhosea ijue hiy ^ mais erueUe mo?t le print en Page de vingt et quatre ans, qui fot abaisse<^ Baem ei irréparable dommage à toute noblesse. Qr, ka cqipitaines assemblés, ledit duc de Ne- BMMBa 4ttl : •* M esaaigneurs, vous voyez le pays M noua tommes et comment vivres nous dé* iullent ; et taot phis demourerions enceste sorte et tant jrfus languirions. Ceste grosse viUe de H»venne noua fiât barbe (Fung oosté, les ennemys aonl à la portée d'ung canon de nous. Les Yé^ ■idcnaet Say8Bes,alBai que m'escriptie seigneur MuoHlacquea Trévcriee, font myne de deseen«' ère auduebé de Mibai, o& vous sçavea que noftfi i^avoiia laissé gens sloon bien peu. Davantage k roy mon oncle me presse tous les jours de bataille; et croy qu'il m'en presseroit pins s'il sçavoit comment nous soiqniei aimninets de vivres. Par quoy, ayant regaidà
tout^ (ces ohûses« me Semble que, pour le proffit de Bostte maistre 6t pour le nestre, plus ne devons délayer^ mais avee Tayde de Dieu, qui y peult tout» alli^ds trouver nos ennemys. Si la ârtone nous est bonne, nousTen louerons et reniercierons \ si elle nous est eontralre, sa vouleQté soit &icte. De ma part et à mon Souhait devea asses penser que J'en désire le giUng pour nous, mais j'aym«rois mieulx y mourir qu'elle feust perdue. Et si tant Dieu me venlt oublier que je la perde, mes ennemys seront bien lasches de me laisser vif, car je ne leur en domieray pas les occasions. Je vous ay icy tous rassemblés affind'en prendre uhe occasion.» Le seigneur de k Palisse dist qu'il n'estoit riens plus certain qu'il fitUoit donner bataille, et plustost pe gecteroient hors de péril* De eeste mesme opinion forent le seigneur de Lautrec, grantrséneschalde Normandie, grant^souyer de France, k seignetirde Crussol, eai^itaineLoys d' Ars ?t plusietirsautres,lesquekprkid]<ent conclusion : que le lendemain « qui estoit le jour de Pasqties^ yreient trouver leurs emiemys. 8i fost dressé ung pont de bateaul]i sur ung petit canal qui estoit entre les dea arméeSi pont passer rartUkrie et ks gens de t>ied, car des geiis de chev^ ik traversoient k canal bien à kuf ttyse. Le bon dievalier dkt qu'il aeroit bon de fttire rordonn^ice de la bauilk stir l'heure, aflBn que chascnn seeust oà il dertoit esire, et qu'il éiiroit «itendu par tout plain de prisonniers qui avoient esté au camp des Bspaignok qu'ik ne fidseifflit que une troppe de tous ktn« geoë de pied) et deux de kurs gens de ohetal, et que sur cek se falkiit renger ; ce qui fost feit m oeste sorte j c'est que ks lunsqueneti et ks ^ens de fied de^ eâf^itaines Molart^ Boimet) Maugeron, ba#on <k âramtnont, Bardassan et autres cai^taines^ jusques au nombre de dix milk hommes^ marchero^ent tous en une flote, et ks deux miUe Gascons du cappitaine Odet et du capdef de Duras à leinr eosté ; ksquek tous ensemble iroient etAs parquer à la portée d'ung canon des eitfiemys, et deviM eidi sevoit «dse Partillerie? et puk heoups de eéhaû^ ksungs contra ks autres^ à qui premier seftiroît de son fort? car les Espatgnokse logeoleui to^ours enlieoavantagêUji, e^muie assex entendre^. Joignant ka gens de pied, seroianft te duc de Perrare et seigneur de la Palisse, chefe de Favant-gafde, atecques kuw compaignons ; et
CHRONIQUE DE BÀYÀRT,
quant et eux les gentilfrlioinmesf sonbs le grant mareschal de Normandiet le grand escnyer, le seigneur dlmbercoort, la Crote, le seigneur Tbéode de Trévolce, et autres cappitaines, ju»ques au nombre de huyt cens hommes d'armes, et ung peu au-dessus, et vis-à-vis d*eulx, seroit le duc de Nemours avecques sa compaignie : le seigneur de Lautrec son cousin, qui fist merveilles d'armes ce jour, le seigneur d'Alègre, le cappitaine Loys d'Ars, le bon chevalier et autres, jusques an nombre de quatre à cinq cens hommes d'armes ; et les gens de pied italiens, dont il y avmt quatre mille ou environ, soubs la charge de deux frères gentils-hommes de Plaisance, les comtes NicoUe etFranciqueScote, du marquis de Malespine et autres cappitaines italiens , demoureroient deçà le canal pour donner seureté au bagaige, de paour que ceulx de Aavenne ne sortissent. Et fut ordonné chief de tous les guydons , le bastard du Fay, quipasseroit le pcmt, et s'en donneroit garde jusques à ce qu'il feust mandé.
-' Les choses ainsi ordonnées et le lendemain matin venu, commencèrent premiers à passer les lansquaoets. Quoy voyant le gentil seigneur de Molart dist à ses reistres : «• Compaignons, nous sera-il reprouché que les lansquejiets sont passés du costé des ennemys plustost que nous? Taymarois mieux, quant à moy, avoir perdu un œil.» Si commencea, parce que les lansquenets occupoient le pont, à se mettre tout chaussé et vestu au beau gué dedans l'eaue et ses gens après. Et fiiult sçavoir que l'eaue n'estoit pas si peu profonde qu'ils n'y feussent jusques au-dessus du cul. Et firent si bonne diligence qu'ils feurent plustost passés que lesdits lansquenets. Ce fidt, fut toute l'artillerie passée, et mise devant les gens de pied qui tantost se misrent en bataille. Après passa l'avantrgarde des gens de cheval et puis la bataille. Sur ces entrefidctes, fouit que je vous foce ung incident. Le gentil duc de Nemours partit assez matin de son logis, armé de toutes pièces, excepté de l'armet. U avoit ung fort gorgias accoustrement de broderie aux armes de Navarre et de Poix, mais il estoit fort pesant. En sortant de sondit logis, regarda le soleil jà levé qui estoit fort rouge; si commencea à dire à la compaignie qui estoit autour de luy : « Regardez, messeigneurs, comme le soleil est rouge, n Là estoit ong gentUbomme qu'il
àymoit à merveilles, fort gentil compaignoo , quî s'appeloit Haubourdin, qui lui reqK>ndit : « Sçavez-vous bien que c'est à dire, monseigneur? qu'il mourra aujourd'huy quelqueprince ou grant cappitaine ; il fout que ce soit vous ou le vis-roy.» Le duc de Nemours se print à rire de ce propos , car il prenoit en jeu toutes les paroUes dudit Haubourdin. Si s'en alla jusques au pont venir passer son armée, laqueOe foisoit merveilleuse diligence. Cependant û bon chevalier le vint trouver qui luy dist : « Monseigneur, allons nous esbattre ung peu le kng de ce canal en attendant que tout soit passé. A quoy s'accorda le duc de Nemours ; et mena en sa compaignie les seigneurs de Lautrec et d'Alègre et quelques autres, jusques au nombre de vingt chevaulx. L'alarme estoit gros au camp des Espaignols, comme gens qui s'attendoient d'avoir la bataille en ce jour, et se mettoient en ordre comme pour recevoir leurs mortels ennemys. Le duc de Nemours, allant ainsi à Fesbat, commencea à dire au bon chevalier : ** Monseigneur de Bayart, noua somm^ icy en bute fort belle *, s'il y avoit des hacquebutiers cachés du costé de là, ils nous escarmoucheroient à leur aise.*» Et sur ces parolles vont adviser une troppe de vingt ou trente gentilshommes eq;)aignols, entre lesquels estoit le cappitaine Pedro de Pas, chef de tous leurs genetaires, et estoient lesdits gentilshommes à cheval. Si avancea le bon chevalier de vingt ou trente pas, et les salua en disant : « Messeigneurs, vous vous esbattez comme nous, en attendant que le beau jeu se commence. Je vous prie qu'on ne tire point de coup de hacquebotes de vostre costé, et Tonne vous en tirera point da . nostre. n Le ciq[>pitaine Pedro de Pas luy demanda qu'il estoit, et il se nomma par son nom ; quand il entendit que c'estoit le cappitaine Bayart qui tant avoit eu de renonûoôée au royaulme de Naples, fut joyeulx à merveilles. Si luy dist : « Sur ma foy, monseigneur de Bayart, encores que je sois asseuré que nous n'avons rien gaigné en vostre arrivée, mais par le contraire j'en tiens votre camp enforcy de deux mille hommes, si suisje bien aise de vous veoir. Et pleust à Dieu qu'il y eust bonne paix entre vostre maistre et le mien, à ce que puissions deviser quelque peu ensemble, car tout le temps de ma vie vous ay aymé par vostre grande prouesse.* Le bon chevalier, qui tant estoit cou^
[ihii]