‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 94 sur 428 · PAR LE LOTAL SERVITEUR, CHAP. LV · texte numérisé non relu

PAR LE LOTAL SERVITEUR, CHAP. LV

ce fat pir le grant labeur que le hem cheTatier avdt souffert, <m si (Se fudt par le eoup du iMeeUDeâu qu'il avoit receu à la retraiete de Pàwie, mais une fl^ïvre eontinue va Pempoigaer qui luy dura dbhsept jours, de sorte que Ton vfj eq)éroft plus de vie. Le porre gentilhomme, q«i de maladie se voyoit ainsi abattu, faisoit les ])Iq8 piteuses eomplainctes qu'on ouyt jalùaàs; et à Tcayr parler il 7 eust eu bien dur eùsmr à qui les larmes ne fussent tumbées des yvah. «Las! disoit-il, mon Dieu! puisque c^est^ ten bon plaisir m'osterde ce monde sitost, que ne fls-ta ceste grâce de me &îre mourir en la oompaignie du gentil prince le duc de NemoiBrs, et avecques riies autres compaignons à la journée de Ravenne, ou qu'il ne te pleut consentir q;ue je finasse à l'assault de Bresse, où je fos A grkftement'blessé. JlélasI j'en feusse mortbeaueoupplus joyeutx, car au moinsj'eusse eùmàri mes bons prédécesseurs, qui sont toujours demom^ aux batailles. Mon Dieu ! et j'ay passé tant de gros dangiers en assaulx, artillerie, bataiUeâ, et en rencontres dont tu m'as fiûct la grâce d'estre eschappé, et il fault que présentement je meure en mon lit comme une puceile. Touteslbis, combien que je le désirasse autrement, ta saincte ^voulenté soit faicte ! Jésuisnng grant pécheur, mais j'ay espoir en ton infinie miséricorde. Hélas ! mon Créateur, )e t'ay par le passé grandement offensé, mais M ^te long-temps eusse vescu, j'avois bon espoir, avecques ta grâce, de bien tost amender ma mauvaise vie. » Âhisi faisoit ses regrets le bon dievalier sans paour et sans reprouche; el jKâBf parce qu'il brusloit de chaleur pour la grande fldivre qui le tenoit, s'adressoit à monseigneur sainct-Anthoyne, en disant: « Très f^anmx confesseur, vray amy de Dieu, sainct-r Anûioyw, toute ma vie je t'ay tant aymé et tant eu de fifiieeen toy, et tu me laisses icy bmskr en si eitreme challeur que je ne désire fors que briefre mort me prengne. Hélas ! et as-tu point de souvenance que, durant la guerre contre le pape eh Ytalie, moy estant logé à Rubbe en vie de tes maisons, je la garday de braskr; et sans moy y eu^ esté mis le feu ; «bett commémoration de ton sainet nom , je me lagml dedans, combien qu'elle feust hors de la torterase, et an dangier des ennemys, qui nuyteljoarm'y povoient venir visiter sans trouftrebote qailes eneust8ceugar<ter;et toutes-

fois j' aymai mieulx demeurer ung moys en ceste façon que ta maison feust destruicte. Au moins je te suivie m'alléger de ceste grande challeur, et feire requeste à Dieu pour moy, ou que bientost il me oste de ce misérable monde, ou qu'il me donne la santé. *» Tant piteusement se désoloit le bon chevalier qu'il n'y avoit personne autour de luy qui ne fondist çn larmes, mesmement son bon oncle l'évesque, qui sans cesse estoit en oraison pour luy. Et non-seulement luy, mais tous les nobles bourgeois, marchans, reli^eux et religieuses, jour et nuyt estoient en prières pour luy. Et n'est possible qu'en tant de peuple n*y eust quelque bonne personne que Dieu ne voulust ouyr ; comme assez apparut, car la flebvre le laissa peu à peu ; et commencea à reposer et donner goust aux viandes, de sorte qu'en quinze jours ou trois sepmabies, avecques le bon traictement, en fust du tout guéry et aussi gaillart qu'U avoit jamais esté. Et se print à aller ung peu à l'esbat près de la ville, visitant ses amys et les dames de maisons en maisons, à qui il faisoit force bancquets poursereqouyr.Et tellement que, comme assez povez entendre qu'il n'estoit pas sainct, un jour lui print volonté d'avoir compaigne firançoise. Si dist à un sien varlet de chambre, qu'on ' nommoitle bastard Cordon : «* Bastard ! je te prie aujourd'hui que à coucfier avec moi j'aye quelque belle fille; je croy que je m'en trouveray mieulx. » Le Bastard qui estoit obligent et vouloit bien complaire à son maistre , s'alla adresser à une povre gentil-femme qui avoit une belle fille de quinze ans, laquelle, pour là grande povreté en quoy elle estoit, consentit sa fille estre baillée quelque temps au bon chevalier, espérant aussi que après le bon chevalier la nourri roit. Si fust la fille langaîgée par la mère, qui luy fist tant de remonstrances que, nonobstant le bon vouloir qu'elle avoit, se condescendit au marché, moitié par amitié, moitié par force. Si fust enmenée secrètement par le bastard au logis du bon chevalier et mise en une sienne garde-robe. Le temps venu de sortir pour dois mît, s'en retourna à son logis ledit bon chevalier, lequel avoit souppé en un banquet en la ville. Arrivé qu'il fust, le bastard lui dit qu'il avoit une des belles jeunes filles du monde, et si estoit gentil-femme ; si le mena en sa garde-robe et la lui monstra. Belle estoit comme ung ange, mais tant avoit ploré que tous les yeux hd ea

CHRONIQUE DE BÀYART,

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estoient enflés. Quand le bon chevalier la veit en ceste sorte, luy dist : « Ma mye, qu'avez- YCKis? ne savez-vous pas bien pourquoy vous estes venue icy?» Lapovre fille se mist à genoulx etluy dist : « Hélas ! ouy, monseigneur \ ma mère m'a dist que je feisse ce que vouldriez ; toutesfoisje suis vierge, et nefeis jamais mal de mon corps, ne n'avoys voulenté d'en faire si je n'y feusse contraincte ; mais nous sommes si povres, ma mère et moy , que nous mouronsde faim. £t pleust à Dieu que je feusse bien morte ; au moins ne seroys point au nombre des malheureuses filles et en déshonneur toute ma vie! *» Et en disant ces paroUes ploroit si très fort qu'on ne la povoit appaiser. Quand le bon chevalier veit son noble courage, quasy larmoyant dist: « Yrayment, ma mye, je ne seray pas si meschant quç je vous oste de vostre bon vouloir.» Et chsmgeant vice à vertu, la print par la main et luy fist affubler un manteau, et au bastard prendre une torche, et la mena luyHxiesme coucher chez une gentil-femme sa parente, qui se tenoit près de son logis ; et le lendemain matin envoya quérir la mère, à laquelle il dist : <* Venez ça, ma mye, ne me mentez point. Yostre fille est-eile pucelle?*» Qui luy respondit : « Sur ma foy, oui, monseigneur. — Et n'estes-vous donc bien malheureuse, req;)ondit le chevalier, de la vouloir faire meschante? » La povre femme eut honte et paour, et ne sceut rien respondre, sinon^ qu'elles estoient si povres que riens plus. « Or, dist le bon chevalier, ne feictes jamais ung si lasche tour que de vendre vostre fille, qui estes gentil-femme ; on vous en debvroit plus griefvement pugnir. Venez ça ; avez-vous personne qui la vous ait demandée en mariage? — Ouy bien, dist-elle, ung mien voisin honneste honmie, mais il demande six cens florins, et je n'en ay pas vaillant la moytié. — Et s'il avoit cela, l'espouseroit-il ? dist le bon chevalier. — Oui vrayment, dist-elle. » Alors il print une bourse qu'il avoit fait prendre au bastard, et luy bailla trois cens escus en luy disant: «Tenez, ma mye, velà trois cens escus, qui valent six cens florins de ce pays, pour marier vostre fille, et cent pour l'habiller ;i» étpuisfistencores compter cent autres escus qu'il donna à la mère, et recommanda au bastard qu'il ne la pçrdist jamais de veue qu'il n'eust veu la fiUe espousée; ce qa'dle fut trois jours après; et a fait depuis

ungtrès honneste mesnage; elle retira sa mère en sa maison. Je croy que vous n'avez guère lu en cronicque ni histoire d'une plus grande honnesteté. Icelluy bon chevalier fut encore quelque temps après au Daulphiné, faisant grosse chère, jusques à ce que le roy de France son maistre envoya une grosse armée ea Guyenne, sous la charge du duc de Longueville, pour cuyder recouvrer le royaulme de Navarre, que depuis ung peu avoit usurpé par force leroy d'Arragon sur eelluyqui le tenoit à juste tiltre. Mais, après y avoir esté Icmguemenl sans riens exécuter, la grosse armée s'en retourna, et firent passer les monts Pirénées à une partie d'icelle, dont fut chief le seigneur de la Palisse. Et puis, aucun temps après, luy fiit envoyé de renfort le bon chevalier, qui luy mena quelques pièces de grosse artillerie. Le roy de Navarre déchassé estoit avecques eulx. Ils prindrent quelques petits forts, ' puis vindrent mettre le siège devant Pampelune. Cependant le bon chevalier alla prendre ung chasteau, où il eut gros honneur» comme vous entendrez.

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