PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAR LV
Boinpml en prcraesse pour son âge y mourut. Ce fat le gentil duc de Nemours, dont, tant qœ le monde aura durée, sera mémoire. Il yavoit qaelqae intelligence secrète pour le iaireroy de Piaples s'il eust vescu; et s'en fust troQvé k pape Jolies mauvais marchant ; mais iloepleostpas à Dieu le laisser plus avant vivre. Je croy qoe les neuf preux luy avoient fait ceste reqaeste, car s'il eust vescu à âge compétent les eost tous passé. Le gentil seigneur ffÂBgrectson fils le seigneur de Viverols y finirent leurs jours ; aussi firent le cappitaine La Grotte, le lieutenant du seigneur d'Ymbereourt, lescappitaines Molart, Jacob, Philippe deFnboarg,HaQgiron, baron de Grantmont, Bardassan et plusieurs autres cappitaines. Des gens de pied environ trois mille hommes et quatie-mguboinmes d'armes desordonnances duroyde France, avecques sept de ses gentilshommes et neuf archiers de sa garde ; et de cegoiendemoura la plupart estoient blécés. les Espaignob y curent perte dont de cent ans ne seront réparés, car ils perdirent vingt cappitaines des gens de pied, dix mille hommes, ou peu s'en yHit, et leur cappitaine général le comte PedroNavaiTO y fut prisonnier. Des gens de chcral furent tués domp Menaldo de Car- Aame, domp Pedro de Ceignes, prieur de Messine, domp Di^o de Quynonnes, le cappitaine Aloncede FEsteille, et plus de trente cappitafflesouchefe d'enseignes et bien huyt cens «*»iwd*armes, sans les prisonniers qui furent Domp Jean de Cardonne , qui mourut en
«pentalairpère, et de moy, monslear, je n'y sçaurois tI- ^^^ ■éhocotte, cw fky tant perdu que je ne le tous
p, en tfaatre» lieux finreot tué» H. d*Alègre et son ■>■• 4i loiar, etx cappitaines attemans et le cappitaine «^tateoloDd, le cappitaine Maogiron, le baron de Grant- ■"^«tihiéedcnx cens gentfistioinaiet de nom et tous tfes- ^ ^•ï^'te deux mine iiomoies de pied des nostres; et ^«i^e^ (te cent ans te royaulme de France ne re- **^h>afc qu> avons eue.
. ^*"'*»**» »atin fut amené te corps de feu Monsieur
«■. «18C deox cens hommes d'armes, au plus grant bon-
Im 2LÎ ""^ »<W««', car on portoit devant luy dix-
^•jfcgl eoKignes, tes plus triumphantes qu'on vid ja-
THPWenéeo ceste bataUte gaignées. Puisque luy est
^îj»^ en* qu'aurons abstinence de guerre. Toutesfois
"Wfot quelque bruit toujours, mais quand ils sau-
^ w»defcicte, pent-estre ito meUront quelque peu tfeau
fciteul?"''"**"*"* <r» tes choses seront un peu appaisés,
h^ife ^l!ïl^* "*^ monsieur, qu'U vous donne Irts
^^^l»**** Bscript au camp de Ravenne, ce qualor-
▼oslre hmnbte serviteur ,'
BAYART.
aVI» siècle, CbroiL et Mém.
prison , le marquis de Betonte , le marquis de Licite , le marquis de la Padule , le marquis de Pescare , le duc de Trayete , le comte de Couche, le comte de Popule, et ung cent d'autres gros seigneurs et cappitaines, avecques le cardinal de Médicis qui estoit légat du pape en leur camp. Ils perdirent toute leur artillerie , hacquebutes et cariage. Brief de bien vingt mille hommes qu'ils estoient à chevalet à pied, n'en eschap'pa jamais quatre mille qui ne furent mors ou prins. Le lendemainles adventuriers françois et lansquenets pillèrent la ville de Ravenne; et se retira le cappitaine Marc-Antoine Colonne dedans la citadelle, qui estoit bonne et forte. Le cappitaine Jacquyn, qui avoit si bien parlé à l'astrologue de Carpy, en fut cause; à l'occasion de quoy le seigneur de la Palisse le fist pendre et estrangler. Il y avoit bien entreprise d'aller plus avant, si le bon duc de Nemours feust demeuré vif; mais par son trespas tout cessa, combien que Petre Morgan et le seigneur Robert Ursin avoient très bien fait leur dd)voir de ce qu'ils avoient promis, aussi que le seigneur Jehan-Jacques escripvoit chascun jour que les Véniciens et les Suysses s'assembloient et Vouloient desjà descendre en la duché de Milan ; et que rempereu|::Maximilian commençoit desjà à se révolter sec^tement ; par quoy les François se mirent au retour vers ladicte duché de Milan, où tous les cappitaines se trouvèrent assemblés ; et firent enterrer dedans le dosme le gentil duc de Nemours, en plus grand triumphe que jamais avoit esté enterré prince, car il y avoitplus de dix millepersonnes portant le dueil, la pluspart à cheval, quarante enseignes prises sur les ennemys, que Ton portoit devant son corps traynans en terre, et ses enseignes et guydons après et prochains de sa personne, en débionstrant que ç'estoient ceulx qui avoient abatu l'orgueil des autres. En ce doloreux obsèque y eut grans pleurs et gémissemens. Après sa mort tous les cappitaines avoient esleu le seigneur de la Palisse pour leur chef, comme très vertueux chevalier, aussi que le seigneur de Lautrec estoit blessé à la mort, et avoit esté mené à Ferrare pour se faire garir ; et eut si bon et gracieulx traictement qu'il revint en assez bonne santé. Le pape Julles, voulant toujours continuer en son charitable vouloir, fit déclarer l'empereur ennemy des François; lequel manda à si peu de lansquenets qui estoient
CHRONIQUE DE BAYART,
demourés après la jouméede Ra venue avecques les François qu'ils eussent à se retirer, dont le principal cappitaine estoit le frère du cappi* tainc Jacob, lequel à son mandement s'en re^ tourna et les emmena tous, excepté sept ou huyt cens, que ung jeune adventuriar, qui n'avoit que perdre en Almalgne, retint. Peu après, Farmée des Yéniciens, Suysses et gens de par le pape descendirent en gros nombre, qui treuvèrent celle des François defTaicte et ruynée ; et combien qu'ils feissent résistance Gà plusieurs passaiges, enfin furent contrains eulx se retirer à Pavie, que délibérèrent garder. Et furent ordonnés les cappitaines par les portes à fortifier, chascun son quartier, ce qu'ils commencèrent très bien ; mais peu y demourèrent, car les ennemys y furent deux jours après. Les François avoient fait ung pont de bateaulx, combien qu'il y eneust ung de pierres audit Pavie, mais c'estoit afin que si aucun inconvénient leur arrivoit eussent meiUeurè retraicte ; ce qu'il advint bientost, car une journée, je ne sçay par quel moyen ce fiit, les Suysses entrèrent dedans la ville par le chasteau et vindrent jusquessur la place, où desjà, au moyen de Falarme , estoient les gens de pied et plusieurs gens de cheval, comme le cappitaine lioysd'ArSy qui estoit alors gouverneur, et fist merveilles d'armes* Si fist aussi le seigneur de la PaUsse et le gentil seigneur d'Ymbercourt, Mais sur tous, le bon chevalier fit choses non croyables, car il arresta avecques vingt ou trente de ses hommes d'armes les Suysses sur le cul pendant deux heures , toujours combattant ; et dorant ce temps luy fut tué deux cbevaulx entre ses jambes. Cependant se retiroit l'artillerie pour passer le pont ^ et sur ce le cappitaine Pierrepoot, qui alloit visitant les ennemjs d'ung costé et d'autre, vint dire à la compaignie qui combattait en la place: «Messeigneurs, retirez-vous» car au dessus de nostre pont de boys passent le^ Suysses en force petits bateaulx, dix à -dix, et si une fois passent quelque nombre compec* tent^ nous sercms enclos en ceste ville et tons mis en pièces. C'estoit un saige et vaillant cap* pitaipe, par quoy à sa paroUe toujours oombattans se retirèrent les François justes h leur pont, qù, pour estre vivement poorsuyvisi 7 eut lourd et dur escarmouche. Toutesfeis les gens de cheval passèrent; et demoora en*- Tiron trois cens lansquenets derrière»; pow .
garder le bort dudit pont ; mais ung grand malheur y advint ; car, ainsi qu'on achevoit de passer la dernière pièce d'artillerie^ qui ealoit une longue coulevrine nommée Madame dt Fourly, etavoit esté regaignée sur les Espaignols à Ravenne, elle enfcmdra la pronière barque, par quoy lespovreslansquenets, voyant qu'ils estoient perdus^ se sauvèrent au mieulx qu'ils peurent ; toutesfois y en eut aucuns tués, et d'autres qui se noyèrent au Tésin. Quand les François eurent passé le pont, le rompirent, par quoy ne furent plus poursuyvis;nuis ung grand malheur advint au chevalier. C'est qu'ainsi qu'il estoit au bout du pont pour la garder, fut tiré ung coup de faulconncao de la ville, lequel luy fraya entre Fespaule et le col, de sorte que toute la chair luy fut emportée jusques à l'os. Ceulx qui virent le coçp cuydoientbien qu'il feu&t mort; mais luy, qui ne s'effraya jamais de chose, combien qu'il m sentist merveilleusement blessé, et parce aussi qu'il congnoissoit bien n'estre pas à Fiieurf saison de faire Festonné, dit à ses compaignons: «Messeigneurs, ce n'est riens.» On mist peine tant qu'on peut de Festancho* aveoques mousse qu'on print aux arbres et linge qu'aucuns des soulards prindrent à leurs chemises, car il n'y avoit nul cyrurgien là à Foccasûm du mauvais temps. Ainsi se retira Farmée des François jusques à Alexandrie, où le seigneur Jehan-Jacques estoit allé devant leur fàm faire ung pont. Guères n'y séjournèrent, mais leur convint d'abandonné la Lombardie, excepté les chasteaulx de Milan, Crémone, Lugan, Lucarne, la ville et le chasteau de Bresse» où estoit demeuré le seigneur d'Aubigny, et quelques autres places en la Vautdine. Les François repassèrent les monts et se logèrent quelque temps es garnisons qui leur avoientcsté ordonnées. Le bon chcvaKer se retira droit à Grenoble, pour visiter Févesque son bon oock» lequel long-traips jà n'avoit veu. C'estoit ung aussi vertueux et bien vivant preslat qu^il y en eust lori au monde. U reoeot son neprea tant honnestement que merveilles, le fist loger à Févesehé, où chascun jour estoit traicté comme U pierre e& For; et4evenoient veoir les dames d'alentour Grenoble, mesmement celles de la viUe^ qui toutes ensembfe ne se povoient saouUer de le louer, dont il avoit grant honte. Or, en ces entrefaictes, ne 3çay si