‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 96 sur 428 · PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. LVI · texte numérisé non relu

PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. LVI

Joiffdennt ceste place. U envoya ung trompette pour &ire entendre à ceolx qoi estoient dedms qu'ils eussent à la remettre entre tes mamsde leur sooverain, le roy de Navarre, et qn'il lesprendroit à mercy et les laisseroit aller, lean vies et bagues saufves ; autrement, s'ils estoient pris d'assault, seroient mis en pièces. Les EqMÎignds estoient gens de guerre, que le doc de Nagère et l'alcade de las Donzelles, lieutenant audict royauhne pour le roy d'£spaigne, y avaient mis, et estoient tous bons et loyaulx senriteorsàleurmaistre; etfirentresponce qu'ils De rendroient point la place et eulx encore moins. Le trompette en vint faire son rapport ; lequel ouy par le bon chevalier, ne fist autre dâay, sinon de faire asseoir quatre grosses pièces d'artiOerie qu'il avoit, et bien canonner la place et vivement. Ceulx de dedans, qui estoient oiviron cent hommes, avoient force haquebutes à croc et deulx lEaulconneaux qui firent très bien leur debvoir de tirer à leurs ennemys; mais si bien ne sceurent jouer leur rooUe qu'en moins d'une heure n'y eust brèche à leur place assez grandette, mais mal aysée pour ce qu'il falloit monter. Or en telles matières fault autre chose que souhaiter. Si fist le bon chevalier sonner Tassault, et vint aux lansquenets, les exhortant d'y allar. Leur truchement parla pour eulx, et dist que c'estoit leur ordonnance que, toutesfois qfi'A se prenoit place d'assault, avoient double^ paye, et que si on le leur vouloit promettre yroient audict assault, autrement non. Le bon chevalier n'entendoit point ces ordonnances ; toutesfois il leur fist responce que, sans nulle fauhe, s'ils prenoient la place, ils auroient ce qu'ils demandoient. H eut beau promettre, mais au dyable le lansquenet qui monta jamais à la brèche. Les adventuriers y allèrent gaillardement, mais ils furent lourdement repoussés par deux ou trois fois ; et de fait ceulx qui deffendoientmoDstroient bien qu'ils estoient gens de guerre. Quand le bon chevalier congneut leur coeur, pensa bien qu'il ne les auroit jamais de ceste faite ; si fist sonner la retraicte, laquelle &îcte, fist encore tirer dix à douze coups d'artillerie, faisant myne qu'il vouloit agrandir la brèche» mais avoit autre chose en pensée; car cependant qu'on tiroit de l'artillerie, vint à UDg de ses hommes d'armes, gentil compaigDODf qu'on appeUoit Petit Jehan de la Vergue, et Juy dist ; «La Y^rgne^ si vous voulez, ferez

ung boQ service qui vous sera rémunéré. Vous voyez bien ceste tour qui est au coing du chasteau ; quand vous me verrez conunencer l'as* sault , prenez desescbelles, et, avecques trente ou quarante hommes, essayez de monter dans ceste tour; sur ma vie! n'y trouverez personne pour la deffendre ; et si vous n'entrez en la place par là, dictes mal de moy. «• L'autre entendit très bien le commandement. Si ne demoura guères que l'assaul^ ne recommenceast plus aspre que devant, où tous ceulx de la place vindrent pour deffendre la brèche ; et n'avoient regard ailleurs, car ils n'eussent jamais pensé qu^on eust entré par d'autres lieux. La Vergue, sans estre d'eulx apperceu, dressa ses eschelles, par lesquelles il monta dedans ceste tour, et plus de cinquante compaignons avecques luy, lesquels ne feurent jamais veus des ennemys qu'ils ne feusseat dedans la place, où ils crièrent : « France, France! Navarre, Navarre! » et vindr^t ruer par derrière sur ceux qui estoient à deffendre la brèche, qui pour estre surpris furent estonnés à merveilles. Toutesfois ils se mirent en deffense et firent debvoir de bien combattre \ mais leur prouesse ne leur servit de guères, car les assaiUans entrèrent dedans, qui mirent tout en pièces, ou peu s'en faillit ; et fot toute la place courue et pillée. Ce faict, le bon chevalier y laissa ung gentilhomme du roy de Navarre, avecques quelques compaignons, puis se mist au retour droit au camp. Ainsi qu'il youloit partir, deux ou trois cappitaines des lansquenets vindrent devers luy, et par leur truchement lui firent dire qu'il leur tiensist sa promesse de leur faire bailler double paye, et que la place estoit prise. De ce propos fut le bon chevalier si fort fasché que merveilles ; et respondittout courroucé au truchement: ««Dictes à vos coquins de lansquenets que je leur ferois plus tost bailler chascun ung licol pour les pendre. Les meschans qu'ils sont n'ont jamais voulu venir à l'assault, et ils demandent double paye ! J'en parleray a monseigneur delà Palisse et au duc de Suffoc, leur cappitaine général» mais ce sera pour les faire casser; ils ne violent pas putains. *» Le truchement leur dist le pro-pos, et incontinent commencèrent ung bruyt merveilleux ; mais le bon chevalier fist sonner à l'estendart et assembla ses gens d'armes et adventuriers, de façon que s'ils eussent fait semblant de riens^ estoit délibéré de les mettre

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