CHRONIQUE DE BAY\RT
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en pièces. Us s^app&isèrent petit à petit et] s'en vifidrent âu camp devant Pampehme, en troppe comme les antres. U faut faire icy nng petit ^Ësconrs p<mr rire. Quand le bon dievalier fnt arriré, eat grant chère do roy de Navarre, dn seignenr de la Palisse, dn dnc de Soffoc, et de tons les cappitaines, anxqnels il cont^ la manière de faire des lansquenets, dont il y eut assez ris. Le soir il donna à soupper à tout plain de cappitaines ; et entre autres y estoit le duc de Suffoc, cappitaine général de tous les lansquenets qui estoient au camp, dont il y avoit six ou sept mille. Ainsi qu'ils finissoient de soupper,, va arriver ung lansquenet qui avoit assez bien beu, et quand il entra ne sçavoit qu'il devoii dire, sinon qu'il cherchoit le cappitaine Bayart pour le tuer, pour ce qu'il ne leur vouloit point foire donner d'argent. U paribit quelque peu de françois et assez mauvais. Le cappitaine Pierrq[>ont l'entendit, qui dist au bon chevalier en ryant : « Monseigneur, vecy ung lansquenet qui vous cherdie pour vous tuer, n Cestoitla phisjoyeuseet récréative personne qu'on eust sceu trouver. Si se leva de table, l'espée au poing, et s'avança sur le lansquenet en luy disant : « Est-ce vous qui voulez tuer le cappitaine Bayart? Le vecy, deffendezvous. n Le povre lansquenet, quelque yvre qu'il feust, eut belle paour, et respondit en assez mauvais langaige . « Ce n'est pasmoy qui veulx tuer le cappitaine Bayart tout seul, mais ce sont tous les lansquenets. — Ah ! sur mon ame ! dist le bon chevalier qui pasmoit de rire, je le quitte; et ne suis point dâibéré moy seul de combattre sept mille lansquenets. La paix, compaignon, pour l'amour de Dieu I *» Toute la compaignie se print A très fort à rire que merveilles. Et fut assis à table le lansquenet5vis-à-vis du bon chevalier, qui le fist achever d'habiller comme il estoit commencé, de sorte que, avant qu'il partist de là, promist que tant qu'il vlvroit deffendroit le cappitaine Bayart envers et contre tous, et jura qu'il estoit homme de bien et qui avoit bon vin. Le roy de Navarre et le seigneur de la Palisse le sceurent le soir, qui en rirent comme les autres. Le lendemain *de l'arrivée du bon chevalier, commencea l'artillerie à tirer contre la ville de Pampelune, qui fot batue assez bien; et y voulut-on donner l'assault, qui fost essayé ; mais si bien se deffendirent ceulx de ûeéum qo'on la laissa là» et y eurent les
François grosse perte. Dedans Moit ce gentil chevalier espaignol que l'on nommoit Talcade de las Donzelles. Ce fot ung voyage assez malheureux ; car les François à leur entrée en Navarre gastèrodt et dissipèrent tous les biens, rompirent les moulins et firent beaucoup d*autres choses, dont ils eurent depuis grande indigence ; car la fomine y ftast si forte que beaucoup de gens en moururent ; et si n'y eut jamais en armée si grande nécessité de soxiliers, car one meschante paire pour ung laquais coustoit ung escu. Brief, tous ces malheurs assemblés, et le duc de Nagère arrivé au Pont-la-Reyne, près de Pampelune, avecques ung secours de huyt ou dix mille hommes, fot le roy de Navarre conseillé par le seigneur de la Palisse et tous les autres cappitaines de se retirer jusques à une autre saison. Si fot levé le siège dedevant Pampehme en plain jour, et l'artillerie mise à chemin ; mats peu de journées fot conduicte, carlesmontaîgnes ' par ou elle devoit passer estoient trop estranges. Si forent contraincts les François, après que à force de gens et d'argent l'eurent menée trois journées, de la laisser au pied d'une montaigne où ils la rompirent; au moins la mirent en sorte que leurs ennemys ne s'en feussent sceu ayder. II fouit entendre qu'au repasser des montaignes Pirénées y eust de grandes povretés par le dcffaut de vivres, et si n'estoit heure au jour qu'il n'y eust alarme chault et aspre. Le duc de Suflbc, dict la Blanche Kose, y estoit, qui grande et parfaicte amytié avoit avecques le bon chevalier. Ung jour qu'il avoit tant travaillé que plus n'en povoit, car toute ceste journée n'avoit beu ni mangé, ainsi qu'on se retîroit d'une escarmouche, sur le soir bien tard vint trouver icelluy bon dievalier, auquel il dist : « Cappitaine Bayart, mon amy, je meurs de foim; je vous prie, donnez-moy aujourd'hui à soupper. » Le bon chevalier, qui ne s'estonna jamais de riens, respondit: « Ouy vrayement, monseigneur, et y serez bien traicté. » Puis devant luy appella son maistre d'hostel, auqud il dist : « Monseigneur de Mylieu, allez devant faire haster le soupper, et que nous soyons ayses comme dedans Paris. *» De laquelle parolle le duc rist ung quart d'heure, car desjà y avoit deux jours qu'ils ne mangeoient que pain de milet. Bien vous asseure que sans perdre gens que de famyne les François firent aussi beOe retraicte que gens de guerre firent oncqnes ; et