APPENDICE
Discours prononcés lors de la Conférence sur VEffoti Japonais, faite par M. Paul Labbé, Secrétaire général du Comité, sous la présidence de Siéphen Picbotty Sénateur, ancien Ministre des Affaires étrangères, assisté de «on Exc^lenee^ M. Mmtauif ambassadeur du Japon, et de M. Sharp, ' ambassadeur des Etais-Unis, à Paris, le Jeudi 22 mars 1917.
AUoeuUo4 de M. le président.
Après les éjoineats conférenciers qui se sont succéd.=s dans cet amphithéâtre, convoqués par le comité « L'effort de la France et de ses Alliés », et auxquels vous avez «ait un si chaleureux accueil, vous allez entendre aujourd'hui le secrétaire général de ce comité, M. PaulLabbé. . .
Mon excellent ami et collaborateur a été l'organisateur mfeitir gable de notre propagande ; il en a multiplié les manifestations sous toutes les formes, à Paris, en province, chez les belligérants et cliez les neutres et jusque sur le front.
Son action s'est traduite par des réumons, des conférences, une immense correspondance, des brochures, des voy^s.
Cette œuvre patiemment et sayarament conduite aura, j'en suis convaincu, les résultats les plus utile^s.
Mon premier mot sera pour remercier celui qui a eu la plus ci«ttdepfl»t dans le succès de cette œuvre. Je suis sûr que vous vous Swociei^âces remerciements que JSl. Paul Labbé a mérités |>ar le dévouement avec lequel il a acconpU sa tàdie.
Il va nous entretenir de l'eflort japonai», en homme qui coanatt le Japon: il Ta visité, il y a vécu et il a été séduit comme tous ^ qui ont voyagé dans l'empire du Soleil Levant, par la b«««lé et la ^puissance de ce merveilleux pays, par l'intelligence, la vigueur, le courage et le patriotisme de ses enlants.
Il va nous dire ce que le grand empire du Soleil LevaDt a fait pour la cause des Alliés depuis le jour où il a décidé d'intervenir dans ta lutte à côté des nations occidentales, pour la défense du droit^ c'es^ àHtire depuis le i6 août igi^^ date de renv<n de son uhimatum au gouvernement allemand.
11 nous dira sans doute ce que le Japon eut été capable de faire mon le lui avait demandé, s'il avait été pressenti d'une façon sérieuse par les gouvernements avec lesquels il avait résolu de combattre; il vous dira les prétentions éhontées des dénonciateurs du fameux péril jaune dont l'Allemagne a aujourd'hui des raisons de redouter particulièrement la gravité puisqu'elle a vu se dresser contre elle les deux peuples signalés naguère par son empereur comme les plus dangereux ennemis de Tunivers.
. Cet empereur prononçait ces paroles à l'heure où il méditait les tueries, les destructions, les pillages, les rapt^ et les assassinats par lesquels lui et son peuple se sont cloués au pilori d'ignominie, à côté des bandits les plus monstrueux et des êtres les plus répugnants qui aient marqué leur trace dans l'histoire depuis Texistence des sociétés humaines.
M. l'ambassadeur du Japon à Paris, notre ëminent ami Matsui, atteste par sa présence à nos côtés Tintérêt qu'il porte, lui et son Gouvernement, à l'exposé, que tous allez entendre, du rôle rempli par son pays dans la plus formidable des guerres. Je le remercie en votre nom du témoignage de sympathie qu'il nous donne.
Il est doublement l'ami de la France comme allié et comme famir lier de notre pays; il y a fait de longs séjours comme diplomate etnous n'avons pas eu de peine à con^érir la sympathie qu'il nous a immédiatement manifestée.
Il est de ceux qui nous aiment parce qu'il nous connaît, parce cju'il sait combien il y a de points de contact entre le peuple qui a eu 1 honneur de créer le droit moderne en Europe par la Déclaration des Droits de l'Homme et celui qui a émancipé l'Asie par l'établissement du régime constitutionnel, préparant ainsi les voies aux révolutions qui se sont accomplies dans l'antique monarchie tradi* tionnelle et vermoulue qui est devenue la Répunlique chinoise.
Que d'erreurs on a propagé sur le Japon! A écouter ceux qui le jugent sur des ouï-dire ou sur des données superficielles, il devait e&trmr en lutte avec les Etats-Unis dont il devait être fatalement Fennemi et dont l'ambassadeur est aujourd'hui à nos côtés; il n*eut consenti à participer plus qu'il ne l'a fait à la guerre en Europe qu'en échange de Tlndo-Chine; certains même se murn^uraient à l'oreille (ju'ils avaient réclamé le port de Hambourg; il était d'une ambition insatiable en Extrême-Orient, dans le Pacifique et dans les régions où pénètre son immigration puissante avec le génie commercial ^ul raccompagne.
Tout au contraire, le Japon est, comme le disait récemment son illustre ministre des Affaires étranjfères, M. Motono, en excellents termes avec les Etats-Unis d'Aménque.
Demain il sera leur allié comme il est le nôtre ; il est pour beaucoup dans la résolution de la Chine de rompre avec l'Allemagne et Hentôt peut-être de la combattre •
Loin d'aspirer en Extrême-Orient à des conquêtes inutiles, il apparaît comme une garantie de sécurité, de tranquillité, de développement économique et de liberté dans ce qui fut l'Empire du Milieu; et, s'il y menace quelque chose, ce sont les prétentions de ceux qui tendraient à le transformer plus tard en un nouveau champ de bataille pour l'Europe.
Ceux qui connaissent le Japon n'ignoi aient pas ces vérités, ils ne cessaient de les répéter sans réussir toujours à se faire suffisamment écouter. Ils savaient aussi de quel poids pourrait peser dans la balance des forces aux prises sur notre vieux continent, la puissance militaire japonaise, car il n'y en n'a pas de supérieure, n'en doutez pas. Elle s est manifestée avec éclat aans les grands conflits de l'Extrême-Orient, dans les rencontres avec la Chine, avec la Russie, dans }a campagne de 1900 contre les Boxers où l'intervention des troupes japonaises a aœuré le salut des légations et des colonies étrangères de Pékin.
J'en parle avec autant de sûreté que de reconnaissance, ayant été mêlé à ces événements déjà lointains qui passionnèrent en leur temps l'opinion du monde entier et qui semblent aujourd'hui bien petits au milieu des horreurs tragiques que nous vivons et dans le drame immense que nous traversons.
J'ajoute qu'aucun pays n'était mieux préparé que le Japon, par ses idées, par son éducation, par son dévouement aux causes libérales et justes, par le sentiment profond qu'il a de Findépendance, par son héroïsme natif à prendre rang dans la bataille contre la sau* vagerie et les rêves de domination de l'Allemagne. Il a norté à notre ennemie des coups décisifs notamment dans le Pacifique et en la chassant de la colonie qu'elle avait fondée sur la côte chinoise où elle s'était installée suivant son habitude par la fourberie, la violence et l'agression. Il a donné une aide précieuse à la Russie dont il est redevenu l'ami et l'allié grâce à la sagesse de ses hommes d'Etat et des hommes d'Etat russes et dont il sera de plus en plus le compa-
fnon d'armes dans la voie nouvelle et difBcile qui s ouvre aujour- 'hui devant nos grands alliés du Nord. U a été pour nous un auxiltaire si puissant contre la coalition du monde teuton, un adversmre si dangereux que la diplomatie lmriin<^ û féconde eâfNsrfidies, n'a pas trouvé mieux que d'essayer de lui hin renier sa parole, répudier ses intérêts et de s'efforcer de gagner son conooors à la faveur de ce double parjure.
Oui, la diplomatie de Berlin a rêvé, dans son cynisme et dans sa «ottise, de détacher le Japon de nous pour l'attacher à elle; ell^ lui a fait rinjure de Fassimiler moralement et matériellement au Mexique et de confondre les vainqueurs de Maadchourie avec les bandas du général Garranza.
Elle a été servie à souhait et la réponse ne s'est pas fait attendre; ^le s'est produite sous la forme d'une participation plus accentuée du gouvernement du Mikado à la guerre mondiale et d'une action navale qu'il ajoute à ses précédents enorts militaires en notre faveur.
Mais je ne veux pas empiéter sur la conférence que vous allez entendre. Ayant eu Thonneur, par suite des circonstances, de négocier et deconclureenï9o;; avec leprédécesseurdeson Exc. M. Matsuî, l'accord franco-japonais qui contenait en germe Talliance actuelle, qui préparait Tentente intervenue à peu près à la même date avec là Rossyie réconciliée si liettreusem^ avec le Japon, j'ai voulu faire ressortir en quelques paroles le rôle civilisateur et ^orieuac d'une nation coura|^se entre toutes digne, de figurer parmi les plus puissantes et les plu» respectées et qui le prouve aujourd'oui en se eonsacrant, dans la plus sanglante des guerres, anx combats qoi s'imposent à tous pour le salut de l'humanité.
Discours de S. Ex. M. Mhtsuii ambassadeur du Japon
MoNSnUR LB PriÉSIIMCNT,
Mssnmss, Msssncms,
Permettez-moi, tout d'abord, d'exprimer mes sincères remerciements à M. Stephen Pichon, votre éminent président du Comité l'Effort de la France et de ses Alliés; à M. Paul Labbé, votre conférencier, et à tous ceux qui ont collaboré à l'organisation de cette réunion. Je me permets également de vous exj)nmer combien je suis touché des sentiments d'amitié et de sympathie que tous veiiee de nous témoigner au cours de cette conférence.
M. Paul Labbé vous a fait un excellent exposé sur mon pays, sa tradition, l'état d'âme de mes compatriotes, leurs idées sur l'honneur. Il en a parlé avec la compétence d'un explorateur qui avait fait une étude approfondie dans le pays même, en contact intime avec les gens de toutes les classes. Il vous a montré pourquoi nous avons décide de lutter aux côtés des Alliés, comment nous avons débuté et comment nous sommes encore en train d'acliever ia taçhe ^tti UOU& incombe dans cette guerre mondiale*
Pe«r na part, je puis tous dire qu'étant irice^inistre ées Aftrires étrangères au noaient où la guerre a été déclarée -contre l'Allemagne et ayant conservé cette fonction jusqu'à mon départ
pour la France, je suis au courant du vrai sentiment qu'éprouve mon pays pour vous et pour Fes autres Alfiés dans cette titanesque lutte du monde. Le Japon s est dressé tout entier pour répondre immédiatement à Turgent appel de son alliée, parce que c'est une guerre de défense îé^Itime contre une agression injuste, une guerre souunue pour le maintien du droit et de la civilisation contre la force et la barbarie.
Il a immédiatemeot pris teote& les mesures nécessaires pour détruire la bfi»e ^ eférations alkmandes en Chine: trois mois, Tsingtao s'est rendu. La marine japonaise, d'un amtre côté, a poursuivi les navires allemands en coopérât»» arec la marine anglaise dans toute Tétendue de la merdes Indes et dans ie sud én Pacifique. L'escadre allemande a été ainsi amenée à sa destinée fatale. Le drapeau allemand a disparu des océans, la liberté de la moiLA été ainsi assurée, et les ressources des divers pays sont apportés de tous les coins du monde pour être utilisés par les Alliés.
De plus, les navires japonais ont convoyé les troupes alliées venant dtt continent anstraiira vers les différents théâtres des opérations. Ils surveillent une vaste étendue delà merde TExtrême* Orient et la mer des Indes. L'industrie militaire et navale du Japon a aussi porté un secours opportun aux Alliés et elle est encore continuellement à leur service. En résumé, le Japon a fait tout ce qu'il lui a été possible et il fera plus encore.
Le Japon a adhéré à la Déclaration de Londres du 4 septembre 1914 par laquelle lee AlUés s'enga^nt à ne pas conclure la paix séparément avec les puissances centrales. Une fois sa parole donnée, son idée sur l'honneur ne lui permet jpas d'agir autrement. Nous ne sommes pas de ceux ponr qw de te» engagemente ne sont que des chiffons de papier.
Jugeant des autres nations par eîlc-Tnême, rAUemagne a, au contraire, essayé de séparer les Alliés par tous les moyens possibles. Une révélation récente en Amérique est un exemple de cette sorte de machinations. Pour le Japon, une telle manœuvre est purement révoltante. Comment nous serait-il possible de trahir nos vaillants Alliés qui combattent déjà depuis deux ans et demi pour notre cause commune? Comment nous serait-il possible d'aban* donner un grand ami du Nouveau-^Monde que nous avons tenu en si haute estime et qui lutte aussi pour le même noble idéal ?
Le sentiment national et le véritable intérêt du Japon sont avec les Alliés. Le Japon leur avait donné sa parole, il est venu proniptement à leur aide et il multipliera encore ses efforts jusqu'à la Tietotre finale qui ne peut nous échapper.
Ecliaiige de télégrammoi
A Momieur Stephen Piehm, Président du Comité ' ' l'Effort de la France et deteeAUiét
A l'occasion de la conférence de ce jour si dignement présidée
1>ar TOUS, je tiens à vous exprimer mes vœux les plus sincères pour e resserrement des liens d'amitié qui existent heureusement entre nos deux pays. Avec mes souhaits les jïlus ardents pour que votre œuvre qui a déjà puissamment contribué à la réalisation effective des efforts de toutes les nations alliées soit bientôt couronnée du plus brillant succès nous assurant le triomphe définitif de^otr^ cause commune.
MOTONO.
Motmoy Minulre Affaire Etrangères, Tokyo,
Comité Effort France et Alliés restera profondément fier d'avoir
pu organiser magnifique manisfestaUon où hommage solennel fut
rendu à votre pays qui fut longuement acclamé par près de trois mille auditeurs. Conférencier montra la part prise par le Japon dans la guerre mondiale ; il rendit hommage au loyalisme^ japonais, expliqua le Bushido et lut aux acclamations de tous l'admirable Rescrit Impérial du 3o octobre 1890, qui sert de base à l'éducation morale du peuple japonais.
Aux remerciements du Comité pour votre émouvante dépêche, \e joins cordialement les miens en saluant avec vous le triomphe certain de notre cause commooe.
Stephen Picbon.
479 — Iwprinurii AftiMvw « Lox» 13t. bwii«v«r4 Sawt-Mwlwl, Paris