‹ Le Lucrèse françaisChapitre 1 sur 33 · FRAGMENS D'UN POEME SUR DIEU · texte numérisé non relu

FRAGMENS D'UN POEME SUR DIEU

^d ma] oreiiv gloriam vii'tutis.

JL E L est le titre d'un ouvrage vigoureux , dont la tourbe arrogante et pusillanime des journalistes n'a encore rien dit , quoiqu'il ait paru dès 1781. On serait tenté de le prendre sur sou titre pour un écrit très-orthodoxe , si l'on n'était promptement désabusé par la lecture des deux vers qui lui servent d'épigraphe :

I> homme a dit : faisons Dieu ; qu'il soit h notre image ! Dieu fut ; et l'ouvrier adora son ouvnige.

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La fin répond parfaitement à ce débat , et le surpasse même. Voyez l'épitaphe de l'auteur :

Cy repose un paisible Athée ; Il marcha toujours droit , sans regarder les cieux.

Que sa eendre soit respectée !

L'ami de la vertu fut l'eunemi des Dieux..

Par— tout le hardi écrivain regarde la croyance d'une divinité comme destructive de la vertu jpar-tout il élève sur ses autels cette idole des belles âmes , dont il est vrai qu'il prêche le eulte avec entJiousiasme ; mais il ôte aux cœurs faibles et malheureux l'espoir d'un nouvel ordre, l'attente d'un sort plus doux j il leur ravit l'ami consolateur dont ils ont un si grand besoin ; indigné , sans doute , de ce que de pieux forcenés lui ont si souvent prêté le vœu des furies, pour en jouer eux-mêmes le rôle sous son nom. Nous sommes loin d'approuver son égarement ; mais convenons qu'il le rend quelquefois sublirne :. peut-être a-t-il cru que ce serait détruire plus virtuellement le monstre du fanatisme , si on lui ôtait son aliment ; comme le feu s'éteint , lorsqu'on le prive de combustibles. Son erreur, au surplus , parait d'autant plus incurable , qu'elle s'étaye sur le sentiment et sur la raison. Les maux de cette vie , qui nous paraissent si graves , ne sont rien devant son stoïcisme; c'est Sénèque,. prêchant âprement la vertu , regardant le malhenr

en pitié, et en appelant à sa conscience, dont il fait le salaire de l'honnête homme , et le rempart de l'infortuné. Les blessures de l'ame, ne sont pour lui que des égratignures auxquelles il ne faut pas l'appareil d'un Dieu.

C'est par choix , sans doute , que l'on vient de réimprimer ces fragmens en France , où , dans un siècle de raison , sous l'œil de la philosophie, l'atroce superstition a su plonger encore dans le sein des Français des glaives civiques , fraternels et religieux. Un homme de la terre , étranger aux intérêts du ciel, et aux opinions des deux partis, aura voulu remettre ce poème sous les yeux de ses concitoyens , pour leur faire sentir que , semblables aux héros d'Ossian , ils combattaient pour ^es fantômes.

Nous demandons pardon à nos lecteurs de leur faire connaître un ouvrage de scandale, mais de raisonnement. Nous invitons les dévots , dont le sang est plus irritable que le cœur n'est sensible, de s'épargner la lecture de ces pensées téméraires. Le goût et le dogme n'ont guères de points de contact : c'est donc aux gens de goût que nous allons parler ; nous sentons qu'ils auraient trop à perdre si nous ensevelissions de beaux vers dans le tombeau de l'oubli, pour le seul plaisir de ne point scandaliser les esprits faibles.

On sent que l'auteur , n'aj-ant donné que des fragmens d'un poème , qu'un jour apparemment il publiera en entier, il serait difficile de juger de sa marche et de l'enchainement de ses preuves.

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En général, elles sont éparses comme les colonnes d'un édifice qui se construit encore.

Les pensées de Pascal sont dans le même dé* sordre ; on n'en démêle pas moins dans presque toutes , le génie de l'architecte. Il avait entrepris un temple à la divinité ; notre auteur lui construit un mausolée. !Nous nous permettrons donc, en attendant que le poète lui-même ordonne son travail , de rapprocher plusieurs morceaux qui nous ont paru faits pour marcher ensemble.

Nous citerons par fois Lucrèce, ce célèbre adversaire des terreurs religieuses. Son rival et lui sont poètes , et très-grands poètes ; tous deux étonnent autant par la hardiesse de leurs sophismes , que par la vigueur de leurs expressions ; mais l'ami de Memmius , versificateur incorrect, et physicien plus que m^édiocre, a, sous ce rapport, quelquefois à souffrir du parallèle. Avec autant de chaleur et plus de pureté j le nouveau sceptique joint l'avantage plus grand encore d'être un raisonneur d'autant plus pressant j que c'est la morale qu'il intéresse dans sa querelle contre Dieu , tandis que le poète latin tire trop souvent ses argumens d'une physique obscure et entortillée. Les ignorans ne l'entendent point -, les savans en sont mécontens : le poëte français , au contraire , s'est mis à la portée de tous les esprits, parce qu'il a su parler aux coeurs. Jamais on , n'a déclaré la guerre à la Providence d'une ma'^ nière plus solennelle que l'un et l'autre ne l'ont fait ; mais Lucrèce est un visir révolté qui détrône

Jte sTiltan.Son éniulc est un républicain impétueux , qui dit à ses concitoyens : vous êtes assez heureux pour n'avoir plus de rois ; faites encore un pas » et vous voilà enLièrement libres. Au reste , il s'attache à prouver l'inexistence des Dieux , pour pouvoir leur l'aire remise de leur injustice : Lucrèce, plus coupable sans doute, leur fait l'injure <;le combiner l'être qu'il leur laisse avec l'inutilité et l'insouciance la plus ptofonde. Tous deux ne reconnaissent pour forces motrices, que celles de ta nature : mais tandis que notre poète n'abat ([ne des idoles , Lucrèce rêve l'assemblage monstrueux de Dieux sans providence.

Tout le monde connaît ce fameux vers de Xucrèce.

Tiintum. rcltglo potuit suadere malorum !

"Un autre moins cité, et plus énergique encore , •est celui-ci :

Religio peperit scderosa atque impla facto..

Le Lucrèce moderne , mêlant l'iro-nie aux raisonnemens et aux faits , développe cette pensée , qui n'a été inspirée à son précurseur que par le sacrifice d'Iphigénie , crime particulier comme celui de .Tephté , et qui , par conséquent, n'ofFre qu'une calamité obscure et passagère , si on la compare aux meurtres nombreux et séculaires de l'inquisition , à l'assassinat des Albigeois , au massacre

îo Analyse

des Vaudois , aux croisades , à la ligue , à In guerre de trente ans , etc. etc. etc.

Voici comme , des Dieux qui persécutent notr© pensée , il dérive les prêtres et les rois qui nous persécutent nous-mêmes.

Oh ! que le nom d'un Dieu fit de mal îi la terre ! lies tendres noms d'époux , et de fils , et de père , Ceux de concitoyen, de bienfaiteur, d'ami, Perdent tout leur pouvoir , se taisent devant lui. Hélas ! combien ce nom fit répandre de larmes ! . . . . etc.

Frag. 5o.

O, s'écrie Lucrèce :

O genus înfelix "humanum talia divis Cum trihiiit facta , atque iras adjiinxit acerbas ! Quantos tum gemitus ipsi sibi , quantaque nobis J^olnera , quas lacrymas peperere minoribu nostris !

Liv. 5 , V. iipS.

Mais quelle fut l'origine de ces Dieux, de ces rois, de ces prêtres, que notre auteur n'aime ni n'estime plus les uns que les autres ? Le sixième fragment en contient la réponse.

On y voit que le poète moderne rapporte l'origine d'un Dieu à la peur ; mais , plus concis et plus profond , il ne s'en repose pas uniquement sur les effets de la nature ; il y combine la friponnerie des hommes^. Quoique Lucrèce n'attribue le fléau des Dieux qu'aux terreurs de l'humanité , il ne laisse pas de déplorer avec énergie cette source trop féconde , sur laquelle il se serait expliqué

DEL'OuVRACt:. It

avec lin sentimcut plus amer encore , s'il l'eûî: supposée eaipoisonuée par la fraude. Voici comme il s'exprime :

If une quœ causa deûm per magnas numîna gentes Pervolgârit , et ararutn compleverit urbcs.

Unde etiam nunc est mortalibas insitus horroVy Qui deluhra deûm nova toto suscitât orbi 1^ errarum ^ et festis cogit celebrare diebus / Hon ita dificile est rationem reddere verbis^

Liv. 5, V. ii6o.

Cum popuîi cœli raticnes , ordinc certo , Et varia annorum cernebant tempora verti , JNec poterant , quibiis id jierct , cognoscere causis- i. Ergh perfugium sibi habebant omnia divis Tradere , et illorum nutu fucere omnia flectt.

I^ixm cum suscipimus magni cœlesria mundî Templa. super, stellisque micantibus œthera fixum g. Et vcnit in mentem solis lunœque viarum ; Tune aliis oppressa malis , in pectore cura Jlla quoque expergcfactum caput erigere infit, Ecquœ forte deûm nobis immensa potcstas Sit , vario motu quœ candida sidéra verset ; Tentât enim dubiam mentem rationis egestas^ • «.••••••••••••».

J2 Analyse

Prœtereà cui non animus formidinc divûm Contrakitur ! cui non conrepunt memhra pavore ,' Fulminis horribili cum plagâ torrida telliis Contremit, et magnum percurrunt murmura cxlum .' Non popy.li , geatesque^ tremunt j, reg(sque superbi t

• ^ V- A '■".. ". ...■• -vS. ' • • ^- . „

Denique suh pedihiis tellus cum tota vacillât Conçusse? que cadunt urhes , dubiceque minantur , Qiiid mirum si se tcmnunt mortalia scecla, ^-îtque potestates magnas , mirasque relinquunt la rébus vires divûm quœ cuncta gubernant !

Revenons aux rois et aux prêtres , images et mi-», nistres des Dieux sur la terre ; notre auteur paraît avoir puisé dans sa liaine pour eux celle qu'il laisse éclater contre. les Dieux mêmes. Dans ses fragmeus , il s'érige en prophète à leur égard. Ses prédictions contre eux paraîtront fort extraordinaires , si l'on se rappelle (\ue son poëme a été publié liuit ans avant; la révolution .

De tous, ses préjugés l'homme est prêt à rougir ; De sa trop longue enfance , il veut enfin sortir : Il se lasse du joug , il s'agite , il. murmure ; Il ose en appeller aux droits de la nature. Eli bien ! par nos écrits , et sur-tout par nos moeurs , Dans le cliemiu du. vryi, soyons ses. précurseurs. Le jour luit : fréniisse?, , fanatiques ministres ; Un prompt réveil succède à vos songes sinistres :

Votre règne esj passé ; e<c.

Frag. 12 et 34.

DE l'Ouvrage. ri

Cet autre fragment, tout aussi prophétique, est encore contre Icb Dieux , mais dans leurs rapports avec les rois,

Ivoin d'être une barrière aux attentats des princes. Loin d'être un bouclier utile à leurs provinces , Le nom d'un Uieu f.iit tuire ou mépriser les hais,

Et sert à consacrer les caprices des rois etc.

Frag. 38

Lucrèce a tourné autour de la même pensée sur les rois. , mais il est loin de l'avoir-, rendue avec

autant de précision et d'énergie.

Ergo, regibus occisis , sniversa jacclat Pristina majestas soliçrum et sceptra superba ' Et capitis summi prœclarum insigne; , cruentum Sub pedibus volgi magnum lugebat honorem : Nam cupide conculcatitr nimis antê metutum. Hès itaque ad summum fxcem turbasque redibat ' Tmperium sibi cîim ac summatum quisque petebat : Tnde magistratum partim dvcuere crcare , Juraqueconstitaire f ut vellent legibus uti : Namque genus humanum. defessum vi colère œvii/n y Ex inimicitiis languebat : qub magis ipsum Sponte sua cccidit sub leges arctaquc Jura.

Liv. 5, V. ii3S.

Ces divers passages , si analogues j\ notre révolution, à la cliûte des pouvoirs usurpés, à l'ordre que la lassitude ramène naturellement au milieu 4es mouvemens les plus tumultueux , à l'assemlSlée

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nationale enfin, n'ont-ils pas l'air d'être autant de prédictions beaucoup plus directes que certains logogrjphes obscurs , qu'à force de commentaires on s'épuise à faire passer pour tels ? Ces deux morceaux, très-certainement, suffiraient pour justifier l'esprit prophétique que les anciens accordaient aux. poètes , et la dénomination de Va T E s ( vojans J qui leur était commune avec les devins.

Nous l'avons dit : l'espoir des récompenses scandalise la délicatesse du poëte, et sa conscience magnanimes'efFarouche du salaire. Il ne vend pas ses vertus ; il n'en trafique pas comme un courtier avide , qui espère bien gagner sur le marché. Sa probité n'est point devoir, lïiais générosité. L'amour de l'ordre est pour lui ce cjue l'amour de soi est pour la foule. Nul retour d'intérêt sur lui-même ; sa religion enfin est le quiédsme de la philosophie,.. iVojez les Fragniens 48 et 44.

Le portrait d'Epicure peint par Lucrèce , est plein des traits les plus audacieux ; (L. I^"^., v. 63. y mais on peut lui opposer la douce quiétude de notrepoëte. C'est un contraste charmant que nous voulons mettre sous les jeux de nos lecteurs.

Humana ante oculos fœdè cum vita jaceret Tn terris , oppressa grav.i suh religione, Quœ , caput a cceli regionibus ostendebat , Horribili super aspectu mortalibus instans ; iPrimùm graïus homo mortales tollere contra Est oculos ausus , primus que obsistere contra : (^uem nec fama deûm, nec fulmina , nec minitanti ! Murmure compressa cœliim ; sed eh magis acrem

D Tt L ' O U V R A G E. l5

T^irtiittm irrit.it aiiiini , confringere ut arcta ^aturœ primas portarum claustra cupiret.

Ergo vivida vis animi pervicit , et extra ■Processït longé flummantia mœniu mundi, uitque omne immensum peregravit mente animoque/ Undè refert nobis victor , quid possit oriri , {^uid nequeat ; finita potestas denique quoique , Çudnam fit ratione , atque altè terminus hœrens, Çuare relligio pedibus subjecta vicissim Obteritur, nos excequat Victoria, cœlo,

Fojez l'Invocation , pag. i , et Pràg, jo et lû

Lucrèce se tourmente beaucoup pour expliquer le méchanisme du monde, et détruire l'influence que tes Dieux sont censés avoir eue sur son existence,

Cîim tamen incolumis videatur summa manere , Propterea quia quce decedunt corpora cunque , Undè abeunt I minuunt : que venere augmine dcnant ! Jlla senescere , et hcec contra florescere cogunt ; Ifec remorantur ibi : sic reruni summa novatur Semper , et inter se mortales mutua vivunt : .Augescunt alice gentes , aliœ minuuntur : Inque brevi spatio mutantur sœcla animantûm, Et , quasi cursores , vital lampada tradunt.

Liv. 2 V. 114.

At quidem contra hœc , ignari , materiai Haturam non passe, deùm sine numine rentur l'antoperè humanis ratio nibus , ac modcratis ITempora mutare annorum , frugesqut crearc.

Î6 Analyse

liée jam cœtera , mortales quce suadet adiré ^

Jpsaque deducit duc vitœ dia voluptas ,

Ut res per veneris blanditim sœcla propagent ,

Xiec genus occidat humanum ; quorur.i omnia causa.

Constttuisse deos jingunt : sed in omnibii rébus

THagnoperè à verâ lapsi ratione videntur.

iVam quamvis rerum ignorem primordia quœ sint ,

Hoc tamen ex ipsis cœli rationibus ausim

Confirmare , aliisque ex rébus reddere multis

Nequaquam nobis divinitûs esse creatam

Katuram mundi , quœ tantà est prœdita culpâi

Jbid. V. 1674

<^uœ lene ccgnîta si teneas , natura videtur %ibera. continua dominis privata superbis , ïpsa sud per se sponte deûm tranquillà pectora pace, Quœ placidum degunt œvum, vitamque serenam ! Quis repère immensi summam, quis habere profundi Endo manu validas potis est moderantcr habenas ! QÛis pariter cœlos omnes convirtere ; et omnes Tgnibus œtlieriis terras suffire feraces ! Omnibus inque lûcîs esse omni tempôre prœsto ! Nubibus ut tenebras fuciat , cœli que serena Concutiat sonitu ! tum fulmina mittat et œdes Sœpe suas' disturbat , et in déserta recedens Sœviat exercens telum , quod sœpe nocentes Prœterit, exanimatque indignas inque merantes !

Jbid. ii5S.

Si tanten interea miranînr quâ ratione Quœque geri possint, prcesertim rébus in illis,

BEt'OuvnAOK. 17

Çuff swpnà caput cetheriis cernuntur in cris : Jiursîis in antiquas rcfcruntur rcliigiones.

Liv. S, V. 84.

Voici comment l'auteur français traite la question J)hjsique de l'existence de Dieu :

« Monde, qni t'a créé l Soleil, qui t'alluma l » A qui doi.s-tu la vie , Homme l qui te forma ? S> L'univers aurait-il le hasard seul pour cause l V^Le hasard n'est qu'un mot. ...»

Dieu, qu'est-il autre chose ? . . . . été» Vrag. 1, ij, 2, 2.

ïia morale n'offre point au hardi sceptique des Probabilités plus puissantes de l'existence d'une Divinité. Voici comme il s'en explique :

La verge des tyrans et le couteau des prêtres ; Les préjugés, aux fils transmis par leurs ancêtres • La sagesse, toujours en guerre avec les sens j La disette à côté des besoins renaissans ", IjCS ris du crime heureuï •, les pleurs de l'innocence t ^out démontre d'un Dieu la malice ou l'absence.

^rag. 16 et 1.

Ecoutons maintenant notre poëte répondre à la ïiécessité politique de la croyance d'un Dieu :

Jeune présomptueux, pans en rougir, adore Un Dieu , le même Dieu qu'adorait Pythagore^ Confutzé, Zoroastre , et Descarte et Newton : Aime le Dieu qu'aimait le tendre Fénélon .... etc. Frag. 12, 9, 49, 17, 21, etc.

f-'oy'ei aussi le 1er. Prologue. . „

Entraînés par le plaisir de suivre cïes î^éess; sinon vraies , au moins concises, nettes et fortes > et sur-tout exprimées en beaux vers , nous ne fini* ïions pas nos citations. Nous invitons nos lecteurs â clierclier dans l'ouvrage même , les conseils que ce poëte donne aux mères ; les principes de tolé-» rance qu'il tâche d'inspirer aux hommes toujours si prompts et si passionnés dans leurs jugemens , et cependant si peu sûrs de leurs connaissances. L'éloge ironique qu'il fait de Tunique divinité du monde , de l'Or : la peinture plus sincère , mais sans doute trop flattée qu'il trace du véritable athée, de celui que sa raison a convaincu, et que ses passions n'ont pas enti'ainé.

Mais nous avons parlé de son goût pour la vertu : il faut faire connaître à nos lecteurs dans quels termes il en parle. Il faudrait mettre aussi sous leurs yeux le tableau charmant qu'il a crayonné de la médiocrité , de cet état qui devient une vertu quand il est de choix, et qui est le gage <Ie presque toutes les autres , parce qu'on ne s'y arrête qu'avec un cœur pur et un jugement sain , lorsqu'on a su apprécier les faux biens dont les médians et les insensés s'enivrent.

Qu'est-ce que la vertu ? . . • . pesant dissertateur 1 i,a réponse doit être écrite dans ton cœur ! etc.

Frag. 42 et 3i,

En terminant cet extrait , résultat d'une lecture réflécliie de Lucrèce et de Sylvain , nous devons

U E L* O IT V R A G E. nj

à la vérité d'avouer qu'ils ne nous ont laissé que deux regrets ; le premier , que deux ouvrages semblables soient restés imparfaits ; le second , que leurs auteurs n'aient point consacré leurs talens H des sujets plus édifians.

N. B. C'est d'après le rapprochement indiqué^ dans l'extrait ci-dessus , que l'on s'est déterminé à intituler cette édition : le Lucrèce Français ; d'aulant mieux que le rédacteur du Temple de la Mo~. r^le, désigne l'aufeeair des Fragmens sources termes:, le plus hardi penseur de notre siècle, (i)

(i) Voyez page 13 de la Préface du Temple de la 3Io-^ raie , ou Pensées gnomiques , tirées des Poëtes françvs...^ seconde tditioii, au III , in-12^. "*

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