EXTRAIT
Des Mémoires secrets de la Répuhliqiiô' 4es Lettres..
25 Janvier 1786.
▼ o ICI un ouvrage qui, quoi qu'imprime depuis, plusieurs années, vu. sou excessive rareté, nous était absolument inconnu. Il a pour épigraphe s Ad maj. . . . , et pour titr« : Fruzgmens^ d'un poëme VIO rai sur Dieu , 1781. Il mérite cl être classé dans nos notices, comme marqué à un coin d'originalité, qui le distingue de la foule de tant d'autres dont on est inondé.
C'est un traité d'athéisme , où il est prêché avec la plus grande hardiesse ; il y a même des choses très-fortes contre les rois et l'autorité. Le moderne^ Epicure n'est point un poëte licencieux , voulant ériger les passions en divinités , et les substituer à l'Etre suprême. Cest un sage aimable et sensible., qui désire dégager l'homme du fanatisme , de la superstition et des préjugés qui le rendent malheu-. reux , pour leur substituer la vérité , la raison et J^ vertu.
T)E l'Ouvrage. 21
Les raisonnemens les plus inésistibles de l'a— tliéisme sont employés par ce disciple de Spinosa , revêtus de toute l'éloquence et de toute la séduc-» tien d'une poésie nerveuse et tendre tour-à-tour. Il est fâcheux que l'auteur , doué de beaucoup de talens, ait eu la paresse de ne pas lier ces frag-> mens. . . .
On attribue les à un jeune philosophe , dont; on connaît déjà dea poésies remplies de grâces et d'imagination ; il semblait prévoir dès ce tems- \d les persécutions cpi'il essuierait, s'y résigner <l'avance , et les braver.
Pages 60 et 61 , tom. 3l , 1788..
OÉKÈQUE nous a dit , dans son style emphatique,
Que Je sage, luttant contre l'adversité.
Etait pour les regards de la divinité
Un spectacle sublime , auguste et magnifique.
Un autre, bien plus grand, plus digne d'un penseuFji Est la vertu luttant contre les Dieux eux-mêmes , Ces spectres mensongers, fils d'absurdes système& Qui révoltent l'esprit en comprimant le cœur.
Diomède , Mézence, Ajax et Capanée, Ces impurs, furieux et sots blasphémateurs. Ont , je n'en doute pas , plus que les imposteurs. Fait ployer les genoux à la foule bornée.
Ce n'est point par le fer qu'on peut frapper les Dieux J Le raisonnement seul sait leur creuser leur tombe.
Lucrèce et M , en vers harmonieux ,
Ont arraché la terre au joug pesant des cieux •,
La logique est leur foudre ; ils parlent, le Dieu tombe,'
Par le meurtre et la peur, l'être lui fût prêté. Sur le tombeau du sage on dressa sa statue ; Par la pensée enfin l'homme ressuscité Au néant à son tour rend la Divinité ; Le glaive la fit naitre, et la raison la tue.
Par B. . . n, auteur de l'analyse ci-dessusé