DEUXIÈME PROLOGUE
Oans doute, j'aurais pu, prostituant ma lyre,
Me livrer sans pudeur au plus honteux délire,
Et , chantre coInplai^ant de ses tri.stes excès ,
Mériter chez le riche un favorable accès.
Si de l'ambitieux j'eusse suivi la trace,
Près d'un nouveau Séjan j'aurois pu trouver grâce ,
En baisant le premier sa criminelle juain ,
En polissant les fers qu'il donne au genre humain.
Je pourrais, à l'abri d'une double doctrine.
Prêcher aux nations l'existence divine,
Que je désavouerais au sein de mes amis :
Le prêtre à ses secrets sans peine m'eût admis.
Loin de moi ces détours dont un autre s'iionore.
Sur l'autel de l'honneur, ma muse, vierge encore.
Se consacre à ton culte, ô sainte Vérité !
Dans ton temple désert , par la foule insulté ,
J'aurai peu d'auditeurs et peu de renommée.
Qu'importe au philo.-ophe une vaine fumée J
Auguste Vérité , sois l'unie de mes vers j
Je plaiderai pour toi contre tout l'univers.
Remplaçant un dieu nul, ou complice des crimes.
Au défaut de la foudre , on entendra mes rimes
Tonner sur le mensonge , écraser ses auteurs.
Des préjugés sacrés méprisables fauteurs ,
Vous n'échapperez pas à ma muse outragée.
Redoutez la raison , de vos nœuds dégagée.
A la postérité je veux vous dénoncer
Déjà , je vous entends tout bas me menacer : Malheur, malheur au sage entre les mains du prêtre; Le prêtre, en se vengeant, goûte tous les plaisirs. . . Oui ! je le sais... Eh bien ! ... L'erreur eut ses martyrs ;
25 li E L U C R È G È
De la phîlosopliie, à mon tour, je veux l'ètrç,'
Vertueux Spinosa , le fer d'un assassin-, Bien loin de ralentir ton généreux dessein , T'enflamma davantage; et ton ame aggrandie. Se frayant une route encore plus hardie , D'une seule substance alors tu fis l'aveu, Osas la dénjon^rer, et l'univers fut Dieu,