‹ Le Lucrèse françaisChapitre 5 sur 33 · TROISIÈME PROLOGUE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PROLOGUE

JVrt sublime des verô , que nos dévots aïeux , Dégradaient sous le nom de langage des Dieux' De la vérité sainte éloquent interprète ! , . , Que ma lyre brisée Jl jamais soit nnieffe , Si je te prostitue au culte des autels • Si, par ton ascendant, j'abuse les mortels j Si, de leurs préjugés, de leur vieille folie. Je te rends la complice, auguste Poésie h Embellir la raison , et faire aimer sa loi , Voilà ton but ; le reste est indigne de toi : Je veux te rappeller à ta noble origine.

Muses , qui trop souvent sur la double colline , Sans clioix , avez admis les plus vils imposteurs, Et qui leur prodiguez vos coupables faveurs ; Aux geuts amis du vrai, désormais indulgentes, î^e prêtez qu'à leurs mains vos armes triomphante=,j Et sur l'autel détruit du préjugé vaincu ^ Co^isacrci vos talens à la seule vertu.

a8 LeLucrège

qUATRIÈME PROLOGUE,

1 J I E u fort, Dieu des combats, accepte le cartel, Qu'en champ clos, corps à corps, te propose un mortel. Lève-toi ! prends ton foudre ! écrase un sacrilège. • . Ke crains rien* dors en paix : Dieu bon, ce n'est qu'un piège. Crois-moi ! fuis le grand jour ! Dans l'ombre e.>t ta vertu. Il faut, pour croire un Dieu, ne l'avoir jamais vu. Vét:ète dans les cieux , et pour régir les mondes , Repose-toi toujours sur les causes secondes.

Plus riche que Crésus , je possède un ami ; Mais il est malheureux, mon bonheur est fini. Pardonne-moi, Dieu bon • l'amitié toute en larmes Embrasse tes autels. Dissipe mes al.irmes \ Sors de ton inertie , et sois juste une fois. Tout l'univers, dit-on, tremble au son de ta voix j Dis un mot , fais un geste, et découvre ta face. . . Ou du moins laisse-moi prendre un moment ta place. . . • Je suis Dieu. . . . Scélérats, lâches persécuteurs, Tremblez ! Toi, mon ami , taris enfin tes pleurs. ... Trop douce illusion ! que faut-il que j'espère l Mon ami souffre encore, et le crime prospère !.. «

TllANCAIS. 29

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