‹ Le Lupus Érythémateux Des MuqueusesChapitre 19 sur 31 · RES · texte numérisé non relu

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langue existe, mais qu’il est fort rare et mal connu : « Il est caractérisé par des plaques irrégu- | lières, rouges, dépapillées, impossibles à diagnostiquer par elle-mêmes et dont on ne soupçonne la nature que par coexistence d’un lupus des lèvres et de la face. »

Bref, d’après ces quelques citations, on voit que les descriptions des lésions linguales, dans le lupus érythémateux, sont à peine ébauchées.

Nous passerons maintenant en revue les observations connues de lupus érythémateux lingual.

Elles sont, comme on le verra, de valeur fort inégale..

OBSERVATION DE VIDAL 1889 (Résumée)

L'auteur signale « sur le côté gauche de la langue une surface lisse, dépapillée, de 1 c/m de long sur 5 à 6 m/m de large.»

Il existe des lésions de lupus érvthémateux : 1°. du cuir chevelu.

2° de la muqueuse buccale.

Sur la muqueuse de la joue gauche, la lésion commence à À c/m de la commissure labiale, et s'étend par une pointe jusqu'au niveau de la deuxième grosse molaire du maxillaire inférieur. Au centre, on voit un point rougeâtre déprimé formant des festons et des arborisations. Le bord blanc forme un léger relief apparent à la vue et facile à constater au toucher. Sur la muqueuse de la joue droite, la lésion commence à { c/m en arrière de la commissure labiale et s'étend au niveau de la troisième molaire inférieure. Elle a le même aspect que celle du côté gauche. Là où elle est le plus large, on trouve au centre un fond rouge, ün per déprimé, cerclé

de blanc.

Les lésions buccales signalées dans cette observation, par Vidal, sont des plus typiques (1). |

Dépression très nette du centre, liseré blanc nacré, tout y est. Sur les lésions de la langue, Vidal est fort peu explicite. « Hexiste, dit-il, deux petites plaques dépapillées. Pas d'atrophie, pas de varicosité, pas de liseré. La coïncidence seule avec les autres lésions: peut faire Faire le diagnostic et encore convient-il de faire quelques réserves sur la nature de telles plaques.

(1) I suffit pour s’en convaincre de jeter res yeux sur

le moulage n° 1396 du musée de St.-Lovis.

OSERVATION DE CROS (Résumée)

Sur la langue, il existe deux plaques ulcéreuses siégeant l’une sur la pointe, de la grandeur d’une pièce de 50 centimes, l’autre sur la partie inféro-latérale droite, un peu plus petite, de forme allongée. Elles sont recouvertes toutes deux d’un enduit blanchâtre pseudo-membraneux mais sans liseré congestif, un peu analogues, à première vue, à des plaques syphilitiques. Les ganglions sous maxillaires et cervicaux des deux côtés sont fortement engorgés.

La lésion cutanée coexistante est un placard croûteux siégeant sur le nez, placard recouvert de squames plàtreuses, sèches, assez adhérentes, de couleur grisâtre.

Le diagnostic de cette lésion cutanée ne fait, pour Gros, l’objet d'aucun doute ; c’est bien, dit-il, un placard de lupus érythémateux acnéique. Un doute subsiste pour les ulcérations lingales. Leur aspect, la rougeur des piliers, leur donne l'apparence de lésions syphilitiques. Notamment la plaque siégeant au niveau de la pointe, avec ses bords nettement arrondis, légèrement encavés avec un certain degré d'induration, simule à première vue l'accident primitif de la syphilis. Ces ulcérations élaient-elles en rapport avec les lésions du nez constitvant des lésions lupiques des muqueuses ou

bien étaient-elles des manifestations syphilitiques indépendantès du lupus du nez et coexistant avec lui ? En admettant qu'il existat un chancre à la langue, comme d'après le malade les ulcérations ne remontent qu'à 7 ou 8 mois,”la lésion du nez ne saurait-être un accident secondaire où tertiaire puisqu'elle remonte à # ans passés. En admettant que ce soit une lésion indépendante de celle du nez, de nature syphilitique, on comprend difficilement l'existence torpide de ce chancre durant 7 eu 8 mois et ne s'accompagnant d'aucun symptôme de svphilis. Il faut donc abandonner l'idée de syphilis, tant à la langue qu'au nez et, tenant compte des anamnestiques et de l’aspect des lésions, considérer le malade comme un scroftlo-tuberculeux atteint de lupus érythémateux du nez et des muqueuses, celles-ci secondaires el liées au même processus que l'engorgement ganglionnaire. Par acquit de conscience et pour tâcher d'obtenir quelques éclaircissements, on a soumis le malade au traitement par le sirop de Gibert et par les lotions de siblimé. Aucune amélioration, comme on devait s'y attendre, ne s’est produite au bout d'un mois de ce traitement.

Il n’est pas besoin de faire ressortir toute l'incertitude qui plane sur ce cas précédent. L'auteur affirme, d’une manière absolue ,la nature de la lésion nasale.

Les lésions linguales étaient loin d’avoir des caracières bien tranchés, mais ressemblaient à de la Sy philis. De plis, elles étaient recouvertes d'un enduit

ge HAE blanchâtre ulcéro-membraneux. Or, ce fait n'est guère

Je caractéristique du lupus érythémateux des muqueu- ÉTISRR et

| ne Rasa Donc il faut retenir ce Cas, Mais Sous les plus ex- U

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Dr RES réserves. e

AUDRŸ 1901 cité par DUBREUILH

La

La langue présente sur les deux bords, à 3 c/m de l'extrémité, deux plaques symétriques, arrondies, lisses, d'un rouge vif, ni surélevées ni déprimées et parfaitement indolentes. Il n'y a pas d'induration à ce niveau. La muqueuse est souple, il n'y a pas de sillon : cependant, au milieu de la plaque de droite, sur le bord libre, il y a une échancrure de 2 à 3 ”/*, blanchâtre, d'aspect cicatriciel. L'aspect des lésions fait penser à de la syphilis, mais le traitement fait comme il faut et avec persévérance n'amène aucune amélioration.

Une telle lésion linguale accompagnait tne manifes- tation cutanée siégeant à l'extrémité inférieure du nez. Depuis plusieurs mois le malade avait sur le bout du nez une lésion froide, indolente, progressant lentement et constamment. Elle formait un disque assez régulièrement arrondi, un peu plis grand qu'une pièce de 1 franc, occupant exactement l'extrémité du nez sans ateindre la sous cloison ni les ailes. Les bords en sont rouges, bien limités, à peine surélevés. Le centre présente une teinte jaunâtre, superposée à un fond rouge. La surface est rugueuse, tn peu squameuse, semée de petits orifices. Toute l'étendue de la plaque présente une infiltration superficielle. En somme, cette lésion

présente tous les caractères habituels d'un lupus érythémateux. L'examen histologique de placard nasal confirme le diagnostic clinique.

Comme on le voit, ces alférations linguales sont moins caractéristiques. L'auteur même, peut, en les voyant, penser à la syphilis et ce n’est que la non réussite du traitement qui permet de penser que leur nature est probablement identique à celle des lésions cutanées. Dans son travail Dubreuilh rapporte ce seul cas.

L'observation qui va suivre est dûe à M. le Professeur Gaucher. Relativement récente puisqu'elle date @7 1907, elle est certainement une des plus caractéristiques.

ÜÔBSERVATION GAUCHER

Nous rapportons, dit-il, l'observation d'un cas assez rare de ILpus érythémateux de la langue, et on doit reconnaître que sans la coexistence des lésions cutanées, le diagnostic pouvait être méconnu. Il s'agit d'un homme de 39 ans atteint de lupus érythémateux des joues, du nez, des paupières et des lobules des oreilles. Depuis le début de l'affection, qui s'est manifestée d'abord sur l'oreille droite et l'angle interne de l'œil droit, les lésions se sont étendues excentriquement et n'ont jamais été traitées. On constate en outre sur la langue trois plaques de lupus érythémateux : deux plaques sur : la moitié antérieure et droite de la langue, tne autre sur Ja région postérieure el gauche du même organe. Ces plaques ne forment aucune saillie sur la muqueuse linguale ; on constale au contraire une dépression eicatricielle allongée très nette à leur niveau. L'infiltration est minime, la coloration du centre déprimé a las- .peet cicalriciel que lon à signalé quelquefois, la périphérie présente une coloralion rouge entourée d'une petite zône blanche : il n'y pas d'oedème ni d’adénopathie appréciable. Elles sont plus sensibles que le reste de la langue, mais cependant pas dorloureuses. Il est certain que sans coexistence des lésions lupiques du

visage, le diagnostic n'aurait pas été fait. Ajoutons d'ailleurs qu'on ne trouve aucun antécédent bacillaire personnel où héréditaire.

Un moulage de cette langre peut se voir au musée de l'Hôpital St.-Louis sous le n° 2542. Malgré sa beauté, il ne donne pas une idée suffisante de la dépression centrale des plaques, de la coloration rougeâtre entourée d'une zône blanche de la périphérie, Il est inutile d'insister sur l'intérêt d'une telle observation. Les plaques linguales élaient si caractéristiques que M. Gaucher ne souleva pas d'autre hypothèse que celle de lupus érythémateux de la langue.

Aux observations que nous venons de citer, nous devons ajouter celle de Kaposi et de Radcliffe Crocker, de Warde.

Pour les deux premières que nous n'avons pu retrouver, nous devons nous borner à renvoyer à l'article de Jadassohn et à la citation que nous faisons plus haut.

Lupus Érythémateux Généralisé

Les formes cliniques aigües (1) et subaigües de cette variété peuvent-elles s'accompagner de phénomènes du côté des muqueuses ? Nous n’hésitons pas à répondre par l'affirmation. Etudions d’abord quelques unes des observations publiées sur la question. Les documents sont peu nombreux, bien différents comme valeur : ainsi le cas de Koch (2) rapporté par Capelle, est des plus douteux comme diagnostic. Il en est de méme du cas de G. Fox (3) cité également par Capelle. Quant au cas de Philipson (4) ce n’était pas, à proprement parler, un lupus exanthématique aigü. [1 s'agissait peut-être de lupus éry-

thémateux disséminé subaigü et les lésions ob-

) (2) Koch Soc. Berl. de derm. (S. du 14 Janv. 1806). )

P.°24). (4) Berliner med Woch. (29 Août 1892 P. 970).

servées par cet auteur sur les muqueuses des lèvres et de la cavité buccale, se rapprochent beaucoup des lésions décrites plus hatit, dans le cas de lupus érythémateux typique. Les observations de Brooke, Eichoff, Gunsett, Hardavay, Roth, contiennent quelques détails intéressants. Le fait de West (1) ne contient aucune description. Le cas rapporté par Petrini est plus intéressant : 1l s’agit d’un malade atteint d’une éruption constituée par « des plaques érythémateuses d'un rouge foncé à derme sclérosé alternant avec d’autres plaques d’un rouge clair, légèrement déprimées; d'autres plaques sont simplement érythémateuses; d’autres enfin, couvertes de croutelles blanchâtres, grisâtres, adhérentes. Le début de l'affection remonte à 4 ans et il semble qu'à l'heure actuelle, il y ait une poussée très violente: Les lèvres sont tuméfiées, épaissies, très rouges. Les muqueuses de la voûtz palatine, du voile du . palais et des joues paraissent épaissies, présentant une rougeur intènse.

e malade entre à l'hôpital et toute une série

(1) 8. J'of D. (1897 P. 489.

de phénomènes graves : éruption bulleuse, con: gestion pulmonaire, etc, évoluèrent et la mort s’'ensuivit. » :

L'examen histologique des muqueuses des l8vres et des joues ne fut pas pratiqué. Nous rapprocherons de ce cas, un fait observé par le Docteur Fage, en 1908, dans un service de St-Louis et dont il nous a permis de résumer l'observation en quelques lignes : « Il s'agissait d’une malade âgée de 19 ans, déjà soignée un an auparavant pour lupus érythémateux de la face. Cette malade revient à l'hôpital avec un état général grave : T. de 39 degrès, douleurs articulaires avec enflures de plusieurs articulations, douleurs musculaires, céphalalgie des plus vives. Au point de vue cutané, on remarquait à la face et au cuir chevelu des cicatrices brunâtres atrophiques recouvertes, en certains points, de croûtes grisàtres adhérentes, plongeant dans le derme par des prolongements dendritiques. Bref, lésions typiques de lupus érythémateux. A côté de telles plaques 1l y avait des placards rouge vif ou violacé, irrégulièrement disséminés sur la face et en quelques points du corps; les lésions étaient en pleine activité. On porta le diagnostic de pous-

Son

sée aigüe de lupus érythémateux. Les lèvres étaient rouges par places, violacées en d’autres, mais pas tuméfiées. La gencive inférieure, par contre, était infiltrée, rouge vif, avec une ou deux petites trainées blanchâtres, presque impercep: tibles. La langue ne présentait rien d’anormal sauf un enduit épais. Les amygdales étaient rouges, ainsi que les piliers du voile. Au palais, rougeur intense avec légère exulcération mal délimitée. La malade, pendant un mois, présenta des phénomènes graves : température en plateau, délire, céphalalgie intense, arthralgies et myalgles, phénomènes méningés tels qu'on pensa à une méningite, mais le liquide céphalo-rachidien examiné 4 fois ne révéla aucun élément cytologique. Les phénomènes pulmonaires étaient peu intenses. L’auscultation des:sommets ne révélait rien d’anormal. Les urines contenaient beaucoup d'albumine. La malade mourut après 5 jours de délire. L’autopsie, à part les lésions de néphrite, ne révéla rien. Pas de méningite, pas de bacillose pulmonaire ni viscérale. »

Il s'agissait incontestablement là de lupus érythémateux aigü et cette albuminurie intense, ces

arthralgies rapprochent ce cas d’autres cas pur-

bliés. Or, les lésions de la gencive, du palais, des amygdales et du voile étaient manifestes conjestion intense, œdème, ulcération, suppuration. Il y avait là absolument la même poussée congestive qu'au niveau des placards érythémateux de nouvelle venue qu'on observait sur le corps et sur la face. Nous ne croyons pas que le lupus érythémateux aigü puisse faire d'autres lésions au niveau des muqueuses : les plaques atrophiques ou hypertrophiques décr1tes plus haut, sont l’apanage du lupus érythémateux chronique. Peut-être dans les cas de lupus érythémateux généralisé subaigü peut-on voir des taches vasculaires assez bien limitées, des pointillés rougeâtres (1). Dans ces cas aussi, on peut voir sans doute, des placards entourés de liseré blanchâtre, comme dans le fait de Philipson mentionné plus haut, c’est possible, mais nous ne nous attarderons pas à cette question. Pour être complets, il nous faut signaler certains faits de gingivite, très particulière, mentionnée par quelques auteurs.

(1) Variante. - Bandes fibrineuses(Roth)excoriations

Nous avons dit ce qu'il fallait penser du cas de Leslie Robert; mais, Jadassohn a observé, dans ces dernières années, dans deux cas de lupus érythémateux, une gingivite particulière et très peu explicable, avec ramollissement des gencives et légère suppuration. La première fois, une telle affection coïncidait avec la forme discoïde, l’autre fois, il s'agissait nettement de la forme subaigüe du lupus exanthématique, c’est: à-dire, forme à foyers disséminés avec participations articulaires, mais sans fièvre. De tels faits doivent attirer l’attention; pour le moment, on ne peut que les signaler, en se demandant quel rapport existait entre les lésions cutanées et muqueuses. Bref, si nous résumons ce paragraphe en quelques lignes, nous dirons : Le lupus érythémateux généralisé atteint souvent les muqueuses, très souvent même. Il y crée des phénomènes de rougeurs, d’œdème, d'infiltration profonde, des phénomènes ulcératifs et douloureux. Ces lésions

n'ont rien de très spécial au point de vue objec-

à centre coloré ? (Eichoff) stomatite aigüe avec ulcération des bords du voile (Fox).

LD

tif et rappellent certaines plaques érythémateuses généralisées (1).

(1) Sequeira et Balean dans le B. J. of dermalo'ogy 1902 rapportent un cas de lupus érythémateux chronique à poussée aigûüe. Ils parlent d'une tache sur la lèvre mais ne précisent pas. On ne peut guère en tenir compte.

Fox rapporte un cas de lupus érythémateux aigü disséminé, attaques récurrentes d'érisypèle, mort par pneumonie, le palais élait congeslionné et ulcéré ; les lèvres boursouflées. Nous avons vu qu'il fallait. tenir pour suspecte une telle ulcération.

PHÉNOMENES SUBJECTIFS

Nous serons très bref sur les phénomènes subjectifs ressentis par le malade atteint de lupus érythémateux des muqueuses. En général, ils sont nuls et la lésion ou les lésions buccales sont complètement ignorées des malades. C’est à la suite d’une complication qu’on les découvre. Chez tous nos malades, même chez le plus atteint, nous n'avons jamais remarqué de phénomènes de cet ordre ; même les ulcérations plus ou moins étendues qui peuvent se produire ne sont pas douloureuses. Il est des cas cependant, où l’on a signalé des phénomènes douloureux, minimes il est vrai, provoqués ou spontanés. Dans le cas de Vidal, le malade accusait au niveau de ses lésions, des sensations de brûlures et de piqûres. Il en était de même dans le cas d'Otto Kren.

Dans le cas de Capelle, une plaque buceale étendue était douloureuse à la pression,, dans un autre fait, le sujet se plaignaïit de sensations douloureuses au niveau de sa plaque au contact des aliments. De tels faits, encore une fois, doivent être tenus pour exceptionnels. L’indolence est la

règle,

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