OBSERVATION IV
À., garçon de magasin, 55 ans, lupus érythémateux symétrique des joues ayant député il y a quinze mois. Placard ancien de lupus éryvthématerx du cuir chevelu, Il présente certaines lésions des muqueuses buccales et linguales d’ailleurs assez frustes.
Au niveau de la commissure des lèvres, à droite, il existe une petite plaque opaline sur la nature de laquelle il est difficile de se prononcer. Sur la face interne de la joue droite on remarque une série de petits points opalins ressemblant à des grains de semoule. Sur la face dorsale de la langue, commençant à 3 centimètres environ de la pointe et longues de 2 centimètres 1/2, il existe deux petites bandes d'environ 7 millimètres de large. Ces bandes ont une feinte violacée et sont comme voilées par un léger enduit blanchâtre. Elles sont très légèrement déprimées. À leur niveau les papilles n'ont pas disparu, mais elles sont comme séparées les unes des autres par de minuscules travées de sclérose. Elles donnent au toucher une sensation de râpe. Ces lésions, comme dans le cas précédent, avaient un caractère assez spécial qui éveilla l’idée de manifestations frustes de lupus érythémateux de la langue.
Chez ce malade, trois biopsies furent pratiquées, deux au niveau des lésions cutanées, la 3° intéressant l’une des pelites bandes linguales.
Examêèn miscroscopique. — Ce cas n'offre de différence avec le premier qu'en ce qui concerne le corps muqueux. On ne trouve pas dans ce second cas de papilles filiformes. La surface de la muqueuse présente partout des troubles de kératinisation anormale signalées dans la précédente observation dans les régions interpapillaires. Par sa face profonde ,le corps muqueux est assez végélant el présente de place en place de longs et
Îlexueux prolongements interpapillaires.
En synthétisant les examens miscroscopiques qui précèdent, les auteurs concluent que le lupus érvthémateux des muquéuses est défini principalement par tne kératinisation en général intense des muqueuses, par un mélange d'hvperacanthose et de tendance à l'atrophie du corps de Malpighi, par un infiltrat dermique parfois discret, parfois très intense, enfin par des lésions vasculaires. ù
La kératinisalion de la muqueuse est le phénomène épidermique prédominant. Elle aboutit à la formation
d'une véritable couche cornée qui peut atteindre une épaisseur importante ; celte couche cornée peut présenter des lésions de parakéralose, avec conservation de noyaux en bâtonnets. Elle est en général adhérente au
corps muqueux par sa face profonde : elle n'a de tendance à l’exfoliation que dans ses strates superficielles. Il est rare qu'elle s'étende en ligne droite ; elle est en général festonnée et peut même former de véritables cônes, qui s’enfoncent dans des dépressions sous-jacentes du COFPS MuqLeUx.
La couche granuleuse peut affecter la même disposition et former elle aussi des cônes qui emboitent le bouchon corné central et dépriment le corps de Malpighi. Son épaisseur est donc variable et va de huit à dix assises cellulaires sur les points les plus épais, à quatre ou cinq sur les points intermédiaires. Elle peut manquer totalement par places.
Le corps muqueux peut présenter tantôt de l’hypéracanthose, tantôt une tendance à l’atrophie, tantôt un mélange de ces deux processus. Dans le premier cas il végète profondément, dessine de grandes papilles et envoie loin dans le derme de volumineux bourgeons interpapillaires larges et épais. Dans le second cas il s’amincit sensiblement, ne forme plus ni papilles, ni prolongements interpapillaires et s’unit avec le derme stivant une ligne presque droite. Il présente souvent en surface des dépressions dans lesquelles s’enfoneent les cônes cornés et granuleux que nous avons déerits.
Il peut présenter, dans ses couches superficielles, des allérations importantes : le protoplasma cellulaire devient clair et très acidophile ; les limites intercellulaires disparaissent à pet près complètement : les noyaux
s’allongent en bâtonnets ; ou bien ils peuvent se rataliner et s’entourer d'une petite vacuole rappelant l'altération cavitaire de Leloir.
La couche germinative est en général saine ; elle peut
- elle
présenter quelques altérations du type cellulaire est très souvent dissociée par places par un afflux de leucocytes en exocytose.
L'infiltration est le phénomène dermique le: plus constant et le plus important. Elle occupe toujours le corps papillaire et le derme superficiel : dans les cas où elle est intense elle descend jusqu'au derme moyen et même jusqu'au derme profond. Elle est tantôt discrète, assez clairsemée : tantôt elle est étalée en nappe presque uniforme, paraissant constittée par la fusion de gros nodules arrondis : dans ce cas les éléments cellulaires sont assez étroitement tassés les uns contre les autres. Is sont représentés presque uniquement par les Iymphoevtes et des cellules conjonctives à noyau eélair :; plus rarement on {trouve des plasmazellen en proportion appréciable : enfin, accessoirement on rencontre encore quelques grandes cellules conjonctives au noyar hypertrophié, très chromophile, et de très rares mastzellen, au voisinage des vaisseaux.
Les vaisseaux sont en général allérés : leur endothélium est tuméfié : leur lumière est dilatée : ils sont sorgés de globules rouges ; dans certains cas il V à même néoformation vasculaire appréciable.
Le tiss& conjonctif et l'élastine paraissaient en géné-
ral peu altérés, dans les cas que nous avons étudiés. Le collagène formait presque toujours un réseau à mailles grêles, servant de soutien à l'infiltrat. Ce n’est que par places qu'il paräissait avoir une tendance à se laisser détruire par ce dernier.
On voit que le lupus érythémateux des muqueuses offre un parallélisme remarquable avec celui de la peau.
La kératinisation intense de la muqueuse est l'analogie de l'hyperkeratose cutanée et l’analogie se poursuit jusque dans le détail dans la tendance à la fois à l’acanthose et à l’atrophie, dans la distribution irrégulière de la granuleuse, dans la formation de cônes cornés s’enfonçant dans les dépressions du corps de Malpighi.
Les lésions dermiques sont également semblables, avec la dualité de l'infiltrat et des lésions vasculaires.