‹ Le Lupus Érythémateux Des MuqueusesChapitre 26 sur 31 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

C. Cocher, #7 ans, probablement ancien syphilitique, a un lupus érythémateux fixe de la face et du cuir chevel:

Il présente sur la lèvre inférieure, une lésion pour laquelle les auteurs portent un diagnostic d'épitheliome développé sur du lupus érythémateux. Le diagnostic est confirmé par l'examen histologique. La muqueuse des joues présente des lésions pouvant être du lupus érythémateux.

Lésion de la langue. — Sur la face dorsale, existe près de la pointe une bande de 1cm. de long sur + de large, qui ne donne pas l'impression de sclérose syphilitique banale. À son niveäu, la muqueuse est légèrement alrophiée. Parallèlement à cette bande ‘existent de petites traînées blanchâtres filiformes. Vers le sillon médien de la langue on trouve deux petits espaces dépapillés. À droite toujours sur la face dorsale, se voit une zône longue de 2 cm. sur 4 em. À de large opaline. À son niveau, les papilles sont légèrement atrophiées.

Trois biopsies furent pratiquées. L'une au niveau des lésions cutanées, l’autre comprenant toute la tumeur «le la lèvre, la troisième portant sur l'espace opalin de 11 langue déjà signalé.

La

Examen microscopique. — Lésion de la langue.

biopsie a été faite dans la région où persistent encore les papilles ; celles-ci se retrouvent sur les coupes. Elles se détachent d'un corps muqueux qui paraît épaissi et dont l'union avec le chorion se fait suivant une ligne presque rectiligne sur certains points. Bien qu'il s'agisse de la région antérieure de la langue, on trouve, sous les cellules imbriquées qui s'emboiîtent les unes dans les autres el s'élèvent pour former le sommet de la papille, une granuleuse que l’on ne rencontre d'habitude que dans la région du V lingual.

L'éléïdine, au lieu d’être répartie en granulations serrées sur une où deux couches de cellules, est répartie d'une façon diffuse ef assez clairsemée dans tout l’en-

s ec

semble des cellules qui forment l'axe central des papilles.

Dans l'intervalle des papilles, le corps muqueux apparaît formé, dans sa région superficielle, par des cellules aplaties, presque lamelleuses, dont les noyaux sont élirés et allongés parallèlement à la surface. Le protoplasma est peu coloré, il prend une teinte uniforme très claire. Les limites inter-cellulaires ne se distinguent absolument plus ; de sorte qu'il se forme des espèces de bandelettes sur lesquelles tranchent des espaces clairs, irréguliers, vacuolaires. L'ensemble de cette légion prend ainsi un aspect feuileté et on serait tenté d'assimiler cet aspect à celui que donne la couche cornée en parakératose au niveau de la peau, s'il n'existait entre ces deux lésions des différences notables. Il est impossible en effet d'assimiler les noyaux allongés, mais encore globuleux, que nous venons de décrire, aux simples bàtonnets rectilignes des celltles cornées en parakéra- (ose.

Au fur et à mesure qu'on descend vers les parties profondes du corps muqueux, les cellules malpighiennes reprennent leurs affinités üincloriales habituelles et leurs noyaux redeviennent arrondis où polyédriques,. Dans les prolongements interpapillaires, au voisinage de la couche basale, on peut constater l'existence de karyokinèses.

En résumé, ces lésions de la muqueuse sont caractérisées par une kératinisation anormale, se (raduisant

par l'existence de granulations d'éléidine diffuses, réparties dans tout l'axe des papilles, par une légère hyperacanthose et par l'état spécial que nous avons décrit à la surface de la muqueuse entre les papiiles.

Les lésions dermiques sont caractérisées d'une part par des dilatations vasculaires, d'autre part par l'existence d'une infiltration répartie surtout dans la portion superficielle du chorion.

Les lésions vasculaires ne consistent pas simplement en ces dilatations banales que l’on rencontre dans toute région enflammée. La dilatation des vaisseaux préexistants est certaine ; elle est de plus très importante. En outre, il paraît y avoir des néoformations de petits capillaires. On trouve tantôt coupés en long, tantôt coupés en travers, de nombreux vaisseaux béants encore gorgés de globules rouges.

L'infillration occupe, comme nous l'avons dit, la région superficielle du derme. Elle est "épartic d'une façon assez diffuse, ne paraissant pas se systématiser autour des vaisseaux qui ne présentent jamais de véritables manchons d'infiltrat. Par contre ,au niveau d'un des prolongements interpapillaires qui s'enfonce en végélant dans le derme, on trouve à son extrémité inférieure une région dans laquelle linfiltrat est dense, plus {assé que le reste de la coupe. Au point de vue de la nature des éléments cellulaires, ceux-ci sont cerstitués par des lymphocytes, des cellules fixes du lissu con- Jjonctif et par de (rès rares plasmazellen.

Lésion de la lèvre. — Deux examens histologiques

successifs ont pu être pratiqués, l’un sur une biopsie qui, en révélant l'existence d'un épithélioma, à commandé l'intervention opératoire, l'autre plus complet portant sur la pièce chirurgicale.

Nous dirons peu de chose de : érmithelioma ui-mème : il est de {ype spino-cellulaire, présentant des globes cornés caractéristiques et s'infiltrant profondément très avant dans la couche musculaire. Dans sa portion superficielle, il présente des lésions évidentes d'infection surajoutée. Toute cette portion centrale correspond à Fulcéralion qui censtituait la parte importante de la lésion macroscopique.

Nous nolerons cependant un fait qui présente un intérêt évident au point de vue qui nous occupe : c'est la présence d'üne infiltration dans le stroma conjonctif qui s'étend entre les boyaux épithétiomateux, infiltration qui frappe par son abondance, Son importance et sa confluence. Nous savons bien que, d'une façon générale, tout épithélioma qui se développe sur une muqueuse peut provoquer une réaction ]ympho-conjonctive importante, On a signalé également depuis longtemps l'existence possible de véritables plasmomes au voisinage de foyers Gpithéliomateux. Nous n'interpréterons donc pas comme un phénomène nouveau l'existence de Finfilfration considérable que nous venons de constater. Néanmoins, sa généralisation, son uniformité, sa cohérence ne peuvent pas ne pas être impressionnantes et font que l’on se demande si, à côté de linfiltration inflammatoire déter-

AR

minée par l’épithélioma, il n'aurait pas existé au préalable une infiltration due aux lésions du lupus érythématheux lui-même, ce qui expliquerait l'importance spéciale que présentent ces caractères.

Au point de vue de la nature des éléments cellulaires, il s'agit de’cellules conjonctives fixes, de Iymphocytes et de nombreuses plasmazellen.

Mais ce qui est plus intéressant à étudier, c'est la zone périphérique qui s'étend de chaque côté de lépithélioma et que nous avons pu étudier parfaitement, l'é-' xérèse chirurgicale ayant été largement pratiquée.

Ce qui frappe au premier examen, c'est l'épaississement du corps muqueux qui dessine de larges papilles et surtout des prolongements interpapillaires épais et trapus. Par places, au contraire, il paraît aminei. Un deuxième phénomène important est représenté par l'existence d'une couche granuleuse qui peut arriver à former de place en place des sortes de cônes constitués par huit ou dix assises de cellules chargées de kératohyaline. La couche granuleuse reliant ces petits cônes est elle-même formée par quatre ou cinq assises cellulaires. Il a donc une kératinisation de la muqueuse très appréciable du reste. Sur un point correspondant à l'un de ces épaississements de la grantleuse, on note un petit amas de couche cornée qui s'enfonce en forme de COIN.

Sur d’autres points au niveau desquels le corps muqueux parait épaissi et quelque peu proliférant, on note,

dans les couches superficielles, une altération toute spéciale des cellules. Elles deviennent très claires, très acidophiles ; les limites intercellulaires disparaissent à peu près complètement et il tend à se former une sorte de nappe protoplasmique dans laquelle on ne distingue qu'à grand'peine les limites cellulaires, mais sur laquelle tranche une série de petites cavités, claires, blanchàtres, contre la paroi desquelles est accolée une petite masse sombre, ratalinée, très basophile. I s'agit là d'une forme spéciale de l’altération cavitaire de Leloir, avec une dégénérescence particulière du protoplasme. Audessus de ces couches ainsi altérées on ne trouve aucune trace de granuleuse, mais une couche cornée qui prend nettement les colorants et qui présente des lésions de parakératose franche avec novarx en bâtonnets allongés.

Le derme sous-jacent est constitué par un stroma dense sur certains points et formé de fibres adultes, frapues. Sur d'autres points au contraire, il est grêle, formé de fibrilles assez fines, paraissant distendues par de l'œdème : les vaisseaux qui sillonnent ce derme sont manifestement dilatés en certains points. Enfin, on note encore l'existence d'un infiltrat assez discret mais qui, de place en place, forme de petits amas plus cohérents, groupés plutôt de préférence à l'extrémité des prolongements interpapillaires. Il est constitué uniquement par des lymphocytes et des cellules près du tissu conjontif.

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