‹ Le Lupus Érythémateux Des MuqueusesChapitre 30 sur 31 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

On peut résumer en quelques lignes les caractères principaux du lupus érythémateux des muqueuses sur lesquels devra s'établir le diagnostic.

1° Atrophie du centre de l'élément, caractère capital mais non essentiel, ce centre atrophique pouvant être parcouru par des traînées blanchâtres, des varicosités, pouvant être opalin ou méme franchement leucoplasique.

2° Liseré ou bourrelet suivant les cas, bordé lui-même d’un liseré rougeâtre d’où partent des capillaires variqueux.

3° L’infiltration assez spéciale donnant la consistance du parchemin mouillé ou même celle d’une plaque cartilagineuse.

Mais, on se rappellera également combien les lésions du lupus érythémateux des muqueuses sont variables d'aspect. Quant il s'agira d’une lésion linguale, on aura toujours présent à l’esprit la possibilité de formes frustes. L’histolo-

gie sera, dans bien des cas, le critérium requis.

Deux alternatives peuvent se présenter : ou bien la lésion de la muqueuse coïncide avec un lupus érythémateux cutané ou bien cette lésion est la seule manifestation morbide.

Avant de dire qu’une lésion des muqueuses est primitive, on devra faire un examen minutieux des plus approfondis de tout le tégument. Nous attirons tout particulièrement l’attention sur ces petits placards de lupus érythémateux du cuir chevelu, qui peuvent facilement passer inaperçus et qui sont quelquefois si précieux pour le diagnostic.

Donc, si la lésion muqueuse coïncide avec un lupus érythémateux de la peau, le diagnostic est en général assez facile. Comme nous venons dele voir, la lésion cutanée éclaire le diagnostic. Cependant, il n’est pas impossible d'admettre qu'il puisse y avoir des associations. Un malade peut bien avoir un lupus érythémateux de la face et de la leucoplasie syphilitique de la bouche. Mais, comme on le verra plus loin, 1l existe souvent en un ou plusieurs points des dispositions qui font faire le diagnostic.

Envisageons maintenant le diagnostic du lu-

pus érythémateux primitif :

Une première affection avec laquelle on pourrait peut-être confondre le lupus érythémateux, c'est le lupus vulgaire. Au début de son évolution, un placard de lupus tuberculeux, peut être très difficile à différencier d’une lésion de lupus érythémateux, d'autant que le placard peut se recouvrir d’un voile grisâtre, quasi opalin. Mais, d'ordinaire, au bout d’un certain temps, sa surface est ulcérée, mamelonnée, bourgeonnante, fongueuse. Alors, l'erreur n'est guère possible. La coexistence du lupus érythémateux cutané et du lupus tuberculeux buccal n’a jamais été signalée. On a rapporté le cas suivant : lupus érythémateux et lupus tuberculeux de la peau, et lupus érythémateux des muqueuses.

Le lupus érythémateux des muqueuses peut être, croyons-nous, assez facilement différencié du lichen-plan (1).

Aux lèvres, le lichen-plan s'écarte nettement comme aspect objectif, des placards de lupus éry-

thémateux que nous avons pu observer. Pas de

(D) Otto Kren, dans le travail déjà souvent cité, s'étend longuement sur ce diagnostic.

marbrures, stries très fines, sèches, pressées les unes contre les autres; autour du placard de lichen, muqueuse paraissant normale. Pas de liseré érythémateux et surtout, pas ou fort peu d’atrophie.

Le lichen de la joue peut former, à la vérité, une plaque blanchâtre, déprimée, prenant un aspect pseudo-cicatriciel. Nous n'avons jamais observé une atrophie aussi marquée qu'au niveau de la plaque de lupus érythémateux atrophique. Le bourrelet, dans le lichen, n'existe pas ; on nobserve pas non plus de zône érythémateuse.

Dans le lichen plan, le réticulum blanchâtre est formé de stries s’entrecroisant à angles plus ou moins aigü. Aux points d'entrecroisement, on observe de petis nodules comparables à des perles. Ces nodules n'ont pas été signalés dans le lupus érythémateux, sauf peut-être dans l’observation de Meneau, mentionnée plus haut.

Nous arrivons maintenant au diagnostie du lupus érythémateux avec les leucoplasies d'ordres divers : certains auteurs, on le sait, soutiennent l’origine exclusivement syphilitique de la leucoplasie; d’autres, au contraire, disent que lorsqu'on à fait le diagnostic de leucoplasie, on

a seulement fait le diagnostic d’un aspect objec-

tif et qu'il faut remonter à la cause. Il est un fait incontestable, c'est que la leucoplasie syphilitique est la plus fréquente et la plus intéressante à bien connaître; nous l’envisagerons dans son diagnostic avec le lupus érythémateux.

Deux cas peuvent se présenter : dans le premier, ce diagnostic est simple, il y a des caractères tranchés qui mettent immédiatement dans la bonne voie. Dans le second ordre de faits, 1l est beaucoup plus difficile de se prononcer, on devra alors analyser minutieusement tous les symptômes.

Voici, par exemple, chez un de nos malades une lésion qui rappelle la leucoplasie dans son ensemble; c’est une bande étroite, épaisse, nacrée, suivant le rebord de la gencive; mais, de cette bande, partent, pour aller se perdre sur la muqueuse saine, de minces filigranes festonnés, blanchâtres, qui sont tout à fait dans le plan du lupus érythémateux et qui font faire le diagnostic de la lésion.

Malgré tout, dans bien des cas, le diagnostic reste impossible et l’on a vu des lésions des muqueuses considérées comme du lupus érythémateux guérir sous l'influence d'un traitement mer-

eo ©

curiel bien fait. Inversement, on a pu voir des lésions de lupus érythémateux prises pour de la syphilis et par conséquent nullement influencées par le traitement spécifique.

D'autres lésions syphilitiques peuvent encore donner le change. Nous ne citerons que pour mémoire la plaque muqueuse des joues, de l’'amygdale et de la langue. Rappelons que Fournier.(f} a rapporté un cas de syphilides de la lèvre simulant un lupus érythémateux.

Plus difficile sera le diagnostic du lupus érythémateux et de certaines plaques syphilitiques en coup dongle (Fournier) que l’on rencontre fréquemment à la langue. Les commémoratifs, la présence d’autres lésions guideront en ces cas.

Il est encore des bandes de sclérose parcourant la langue dans une de ses parties, qui peuvent donner lieu à de très grandes hésitations. Ces bandes, que fréquemment on observe chez certains syphilitiques, sont très minces, très super-

ficielles, dépriment peu la muqueuse sous jacen-

(1) Gaz. des Hop. 1890.

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