‹ Le luthier de Crémone: comédie [en un acte, en vers]Chapitre 2 sur 26 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MAÎTRE FERRARI

Sandro ! Tu Poubliras. Le voilà prévenu.

GIANNINA.

Mais enfin, si c'était, cet artiste inconnu,

LJn méchant gars et point digne de vous, en somme.

MAÎTRE FERRARI

Un habile ouvrier est toujours honnête homme.

GIANNINA.

.. Un paresseux, n'ayant de Tavenir nuls soins?

MAÎTRE FERRARI

Etant payé plus cher, il peut travailler moins.

GIANNINA.

... Un brutal qui battrait les femmes? Il s'en trouve.

MAÎTRE FERRARI

S'il n'a pas le repos au logis, je l'approuve.

GIANNINA.

... Un buveur, par le vin le dimanche alourdi ?

MAÎTRE FERRARI

Et comment suis-je donc, ma fille, le lundi?

Respect aux amateurs des vendanges d'octobre ! Un bon musicien ne doit pas être sobre.

On ne fait pas mentir un dicton. C'est très-mal.

GIANNINA.

Mais enfin, si c'était un tel original Qu'il refusât ma main?.. . Ah !

MAÎTRE FERRARI

Par sainte Cécile, Ce drôle-là serait, vraiment, bien difficile. Non ! non ! Un bon parti comme toi, Giannina, Vois-tu bien, ce n'est pas tous les jours qu'on en a. Deux mille écus lombards ne sont point bagatelle, Et c'est ta dot, ma fille, avec ma clientèle, A moi, rélève aimé de Stradivarius.

D'ailleurs, j'ai fait serment... Ainsi, n'en parlons plus. Rendu par l'âge, auquel il n'est point de remède, Moins habile, je veux un successeur qui m'aide. Le lauréat aura ma fille et ma maison.

GIANNINA.

Mon bon père, pourtant...

MAÎTRE FERRARI

C'est assez de raison!

GIANNINA.

Si le vainqueur, — je ris lorsque je fais ce rêve, — Mais pourtant, si c'était votre petit élève Filippo ?

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