SCENE IX. 3J
F I L I P P O, désignant les deux étuis.
Voici nos envois préparés.
MAÎTRE FERRARI
J'espère, mes enfants, que vous triompherez
L'un ou Tautre. Je suis un maître, et les profanes
Peuvent sur leurs crins-crins user des colophanes!....
Le prix sera pour nous. — Je viens de faire un tour
Dans la ville et partout s'annonce le grand jour.
Les gens endimanchés vont voir en ribambelle
S'assembler le jury; le maître de chapelle
Déjà siège au fauteuil et son noble profil
Se voit de loin, poudré comme un pommier d'avril.
Il circule dans F air un souffle mélodique.
Dans la rue, on respire, on sent de la musique.
Par la flûte d'Euterpe et le luth d'Apollon !
A chaque carrefour s'accorde un violon.
Dans tous les pignons noirs, dans toutes les tourelles,
On entend doucement gémir les chanterelles,
Et Crémone, où grandit un confus crescendo,
Sfemble un orchestre avant le lever du rideau !
SANDRO
Ainsi, maître, il est temps de partir ?
MAÎTRE FERRARI
Certe, en route !
|f4 LE LUTHIER DE CRÉMONE.
SANDRO
Me suis-tu, Filippo ?
FILIPPO
Non, camarade. Ecoute...
Partout où je me montre, on se moque de moi^ Et tu m'obligerais d'emporter mon envoi Avec le tien. Agis en loyal adversaire, Car tantôt, n'est-ce pas? tu n'étais point sincère. D'ailleurs, THôtel-de- Ville est à deux pas d'ici.
8,andro prend, en détournant la tête, la main que lui tend Filippo.
Allons, Sandro, rends-moi ce service !
SAND&O
Oui.
FILIPPOu
Merci !
Sandre sort, emportant les deux ▼iolons dans leurs étuis.