‹ Le luthier de Crémone: comédieChapitre 21 sur 28 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

A quoi bon,, nuincenant, ce triomphe illusoire } Qu'en ferais-tu, rêveur, qui ne voulais la gloire, Hélas ! que pour lui plaire et t'en voir admirer. Et qui n'as réussi qu'à la faire pleurer?

Je ne concourrai pas. — Ce Sandro, d^ns la ville. Est je pense, après moi, l'homme le plus habile. Qu'il ait le prix, afin qu'elle ne pleure plus 1

Prenant son violon.

Et toi pour qui j'ai fait tant d'efforts superflus, Inutile travail qu'à présent je méprise.

Ainsi que mon espoir, il faut que je te brise.

S'arrétant.

Mais quelle idée !... Oh ! Dieu! comme mon cœur est pris!

Si quelque autre ouvrier allait avoir le prix?

S'il l'épousait ?. . . C'est trop l'aimer ! C'est ridicule ! ,. ,

Non ! C'est le dévouement qui s'offre, et je recule !

Car ces deux instruments sont tout pareils ; je puis

Renoncer à mon œuvre en les changeant d'étuis.

Ce Sandro n'a pas l'âme assez musicienne

Pour distinguer d'abord mon œuvre de la sienne,

Lorsque l'on essaîra les instruments là-bas...

Je lui dirai plus tard... On ne rouvrira pas

Ces boîtes ; on les porte au jury tout à l'heure...

Tant pis ! Je neveux plus que la pauvre enfant pleure,

Et toi, mon violon, tu ne dois plus périr.

Puisque tu peux encor l'empêcher de souffrir !

ja LE LUTHIER DE CRÉMONE,

Courage! Rendons-lui ce suprême service.

11 oiiiit les ilïui ttaii, mei Je violon dï Sinilro Juu l'ilni rang«, puil

C'est pourtant un cruel et rude sacrifice !

Je n'aurais cru jamais — ô faibles cœurs humains ! —

Qu'on pût tenir auiani au travail de ses mains,

Et que l'âme de feu d'un artiste eût en elle

Ce foyer de tendresse émue et paternelle.

Je t'aimais bien, A cher ouvrage que je fis!

Adieu donc pour toujours, mon chef-d'œuvre, mon fils !

Je puis me pardonner ma faiblesse dernière,

Car dans ce coffre étroit et noir comme une bière.

Je crois, en te posant, tant j'ai le cœur en deuil,

Que c'est mon enfant mort qUe je couche au cercueil I

11 Fcièrinï brusquement l'éioi ^ puis, d^aac voix sourde ;

Cesi fait!

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