SCENE II
Ce soupçon Ne peut pas me venir sur le pauvre garçon.
Il veut la chaîne d'or- et le titre de maître. Qu'il soit ambitieux, nous devons le permettre, Mais il me connaît trop pour précendre à ma main.
SANDRO
Eh ! n'importe, s'il sort vainqueur de Texamen. Tenez ! je n*ai jamais tant souffert de ma vie. J'éprouve un sentiment affreux.
GIANNINA.
Lequel?
SANDRO
L'envie!
GIANNINA.
Envieux, vous, Sandro! C'est impossible! Vous!
SANDRO
Oui, moi, car je connais son œuvre et suis jaloux; Et bientôt ils vont tous, comme moi la connaître. — ' Ah! c'était l'autre nuit. J'étais à ma fenêtre Et je pensais à vous devant le ciel d'été.
Dans le jardin, parmi la fraîche obscurité , Un rossignol chantait, et ses notes perlées Montaient éperdument aux voûtes étoilées.
12 hE tUTHIER DE CREMONE.
Tout à coup j'entendis dans Tombre un autre chant Aussi divin, aussi sublime, aussi touchant Que celui de Toiseau. Je me penche et regarde, Et je vois le bossu couc seul dans sa mansarde, Assis à son pupitre ec l'archet à la main.
Son violofli ^vec \m accent presque humain. Exprimant un amour où la douleur se mêle, ÉgaUit en douceur la voix de Philoméle.
Le plaintif instrument, l'oiseau sentimenul Alternaient dans la nuit leurs trilles de cristal ; Et moi-même, écoutant l'harmonieuse lutte, Je ne distinguais plus, au bout d^une minute. Lequel de ces deux chants, prenant ainsi leur vol, Venait du violon ou bien du rossignol.
GIANNINA.
Le succès d'un rival vous rendrait aussi triste >
SAKDRO.
Ah ! C'est un sentiment indigne d'un artiste. Mais si dans votre père il trouve tant d'appui, S'il est vainqueur...
GIAKNINA.
C'est vous que j'aime et non pas lui.
Je promets d'être à vous, ou sinon à personne.
SANDRO
Bien sûr?