‹ Le luthier de Crémone et Le trésorChapitre 2 sur 74 · Scène I ^ Le Luthier de Crémone · texte numérisé non relu

Scène I ^ Le Luthier de Crémone

Maître Ferrari.

J'agis très raisonnablement.

Notre vieux Podestat, décédé récemment, — Que Jésus le reçoive en ses miséricordes ! — Voulant que le renom des instruments à cordes lo

Sortis de notre vieille et fameuse cité Reste dans l'avenir toujours plus mérité. Vient de léguer sa chaîne en or à l'homme habile Qui ferait le meilleur violon de la ville. Le concours est ouvert et se juge aujourd'hui. 15

Et moi, simple artisan, mais m'inspirant de lui, Aux compagnons luthiers assemblés en famille, J'ai promis de donner ma maison et ma fille A celui qui, par son talent dans notre état, Aurait la chaîne d'or du défunt Podestat. 20

C'est convenu, conclu, réglé ! Donc, point d'affaire !

GlANNINA.

Je vous ai dit que j'ai quelqu'un que je préfère.

Maître Ferrari.

Sandro ! Tu l'oublîras. Le voilà prévenu.

GlANNINA.

Mais enfin, si c'était, cet artiste inconnu.

Un méchant gars et point digne de vous, en somme. 25

Maître Ferrari.

Un habile ouvrier est toujours honnête homme.

Le Luthier de Crémone B^ Scène i

GlANNINA.

...Un paresseux, n'ayant de l'avenir nuls soins ?

Maître Ferrari.

Étant payé plus cher, il peut travailler moins.

GlANNINA.

...Un brutal qui battrait les femmes? Il s'en trouve.

Maître Ferrari.

S'il n'a pas le repos au logis, je l'approuve. 30

GlANNINA.

...Un buveur, par le vin le dimanche alourdi ? Maître Ferrari.

Et comment suis-je donc, ma fille, le lundi? Respect aux amateurs des vendanges d'octobre ! Un bon musicien ne doit pas être sobre. On ne fait pas mentir un dicton. C'est très mal. 35

GlANNINA.

Mais enfin, si c'était un tel original Qu'il refusât ma main?... Ah !

Maître Ferrari.

Par sainte Cécile, Ce drôle-là serait, vraiment, bien difficile. Non ! non ! Un bon parti comme toi, Giannina, Vois-tu bien, ce n'est pas tous les jours qu'on en a. 40 [5]

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