Scène I -^ Le Luthier de Crémone
Ah ! je les ai voulu retenir mais en vain,
Et j'ai, pour une fois, mis de l'eau dans mon vin.
GlANNINA.
J'estime Filippo tout comme vous, mon père.
Je le plains, et j'ai fait de mon mieux, je l'espère,
Pour lui faire oublier, à force de bonté, 75
Son chagrin, sa misère et sa difformité
Qu'avec tant de douceur le pauvre être supporte,
Depuis le jour d'hiver où, devant notre porte,
En mendiant son pain, Filippo s'arrêta...
Mais pourrais-je l'aimer? Voyons. 80
Maître Ferrari.
Ta, ra, ta, ta.
Si tu ne prétends rien m'objecter de plus grave. Restons-en là. Je vais faire un tour à ma cave. Il faut, pour ce grand jour, quelques flacons poudreux...
GlANNINA.
Si j'allais... L'escalier est raide et dangereux ;
On y peut trébucher, et je serai plus prompte... 85
Maître Ferrari.
Je ne m'en aperçois que lorsque je remonte.
Non. Laisse-moi, vois-tu, car le plus grand plaisir,
Avant de boire un vin, c'est d'aller le choisir.
(// sort à gauche^ [8]
Le Luthier de Crémone ^ Scène ii