Scène VIII -^ Le Trésor
Mais votre aïeul, héros digne d'être Romain, — La chose est tout au long dans ce vieux parchemin Fait à Dieppe et timbré des armes de la ville, — Refusa tout, et fit, par un orfèvre habile, 600
Faire des bijoux faux tout pareils aux anciens, Voulant, comme il le dit, que les femmes des siens, Qui porteraient son nom aux époques futures. N'eussent d'autre ornement que ces vaines parures, Durable souvenir, qu'il léguait à leurs fils, 605
De ce qu'il avait fait un jour pour son pays !
Jean.
Mon noble aïeul !
VÉRONIQUE, à part.
Dieu bon ! est-ce que tu m'exauces ?
Jean, moiiirant le coffret à Vabbé.
Ainsi, vous l'avez dit, ces parures sont fausses.
L'Abbé, stupéfait.
Ces parures?... Hein? quoi?... Le trésor?
Jean.
Le voici.
Mais vous m'avez prouvé qu'il était faux... Merci ! 610
L'Abbé.
Vous Taviez découvert?... Je détruis votre joie !
{Il se laisse choir dans un fauteuil.) Ah!
Le Trésor 8«- Scène VIII
Jean.
Je comprends le don que l'ancêtre m'envoie... Trésor de dévoûment, trésor de loyauté, Tu me rends le bonheur avec la pauvreté ; Et bien plus que tout l'or du monde je t'estime, 615 Fortune de vertu, legs d'un aïeul sublime ! Soyez les bienvenus, car vous comblez mes vœux. Perles sans orient et diamants sans feux ! Car j'ai souffert pendant mon heure de richesse ; Et le sort à présent me fait vraiment largesse, 620
Qui, tout en m'accablant de ce surcroît d'honneur. Me permet de rester un pauvre moissonneur. Partez sans un regret, décevantes chimères !
{^Prenant la main de Véronique^ Vous voyez les bijoux qu'ont portés mes grand'mères ! C'est ma dot, Véronique ; ils n'ont pas de valeur, 625 Et l'éclat de vos yeux brille plus que le leur. Voulez-vous cependant les accepter quand même ?
VÉRONIQUE
Puisque vous restez pauvre, et puisque je vous aime !
L'Abbé, sautant de son fauteuil.
Comment?... Qu'ai-je entendu?
Jean.
C'est vrai, mille pardons !
Nous sommes amoureux et nous nous accordons, 630 L'abbé ! Deux pauvres gens échangent leur promesse ; [83]