‹ Le luthier de Crémone et Le trésorChapitre 6 sur 74 · Scène II ^ Le Luthier de Crémone · texte numérisé non relu

Scène II ^ Le Luthier de Crémone

Sandro.

Le cruel !

GiANNiNA, montrant Vétui à violon.

Avez-vous fini votre chef-d'œuvre?

Sandro.

Fussé-je paresseux autant qu'une couleuvre, J'eusse été toujours prêt ; car, hélas ! c'est en lui Qu'est mon dernier espoir, et l'on doit aujourd'hui, loo Par la voix des experts, à la maison commune, Décider de ma bonne ou mauvaise fortune.

GlANNINA.

Voyons, en êtes- vous satisfait?

Sandro.

C'est selon.

Je sais bien mon métier. J'ai fait un violon Dans les règles de l'art, juste en ses quatre octaves, 105 Pur dans les tons aigus, profond dans les tons graves. J'ai mis là tout mon temps et des soins infinis ; J'ai bien choisi mon bois, mes cordes, mon vernis, Et c'est un instrument, je crois, digne d'un maître.

GlANNINA, avec joie.

Mais alors vous aurez le prix, Sandro. uo

Sandro.

Peut-être.

[lO]

L e L uthier de Crémone B^ Scène II

Mais vous aurez le prix ! Voyons. Pourquoi douter?

Quel concurrent fameux pouvez-vous redouter ?

Et pourquoi faut-il donc que toujours je sermonne?

Mon père est le premier artiste de Crémone,

Et c'est chez lui, Sandro, que vous avez appris... 115

Et puis d'abord, je veux que vous ayez le prix.

Sandro.

Aucun rival sorti de l'atelier d'un autre Ne me fait peur.

GlANNINA.

Eh bien?

Sandro.

Mais j'en ai dans le nôtre.

GlANNINA.

Quoi ! Dans notre atelier?...

Sandro.

Eh bien, oui, le bossu !

Et maudit soit le jour où vous l'avez reçu ! 120

GlANNINA.

Filippo concourrait?

Sandro.

La petite vipère Devant moi l'annonçait hier à votre père. [II]

Page 1