‹ Le luthier de Crémone et Le trésorChapitre 7 sur 74 · Scène II -^ Le Luthier de Crémone · texte numérisé non relu

Scène II -^ Le Luthier de Crémone

GUNNINA.

Mon père qui disait tantôt en plaisantant Que, s'il avait le prix, je devrais bien pourtant Accepter le bossu pour mari ? 125

Sandro.

Que disais-je ?

GiANNiNA, riant.

Que ma sainte patronne en ce cas nous protège !

Sandro.

Il vous croit libre ; il peut espérer.

GlANNINA.

Ce soupçon Ne peut pas me venir sur le pauvre garçon. Il veut la chaîne d'or et le titre de maître. Qu'il soit ambitieux, nous devons le permettre, 130 Mais il se connaît trop pour prétendre à ma main.

Sandro.

Eh ! n'importe, s'il sort vainqueur de l'examen. Tenez ! je n'ai jamais tant souffert de ma vie. J'éprouve un sentiment affreux.

GlANNINA.

Sandro.

Lequel ?

L'envie !

Le Luthier de Crémone 8«- Scène il

GlANNINA.

Envieux, vous, Sandro ! C'est impossible ! Vous ! 135 Sandro.

Oui, moi, car je connais son œuvre et suis jaloux ;

Et bientôt ils vont tous, comme moi la connaître.

— Ah ! c'était l'autre nuit. J'étais à ma fenêtre

Et je pensais à vous devant le ciel d'été.

Dans le jardin, parmi la fraîche obscurité, 140

Un rossignol chantait, et ses notes perlées

Montaient éperdument aux voûtes étoilées.

Tout à coup j'entendis dans l'ombre un autre chant

Aussi divin, aussi sublime, aussi touchant

Que celui de l'oiseau. Je me penche et regarde, 145

Et je vois le bossu tout seul dans sa mansarde.

Assis à son pupitre et l'archet à la main.

Son violon, avec un accent presque humain,

Exprimant un amour où la douleur se mêle.

Égalait en douceur la voix de Philomèle. 150

Le plaintif instrument, l'oiseau sentimental

Alternaient dans la nuit leurs trilles de cristal ;

Et moi-même, écoutant l'harmonieuse lutte.

Je ne distinguais plus, au bout d'une minute,

Lequel de ces deux chants, prenant ainsi leur vol, 155

Venait du violon ou bien du rossignol

GlANNINA.

Le succès d'un rival vous rendrait aussi triste? C13]

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