‹ Le luthier de Vienne operacomique en un acteChapitre 8 sur 30 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les Mêmes, ANGÉLA.

ANGÉLA , entrant par la droite. Mon oncle, tout est prêt !

crespel. 11 s'agit bien de ça ,mon enfant... Tiens, mets-toi là... regarde cette

LE MAGASIN THÉÂTRAL

belle dame... EU bien! tu ne la reconnais pas ?..

ANGÉLA, courant embrasser BathiUe. 13atbilde !.. ma chère Bathilde !..

bathilde. Ma bonne Angéla, que je suis heureuse de t’embrasser !

ANGÉLA. Et moi qui t’en voulais... Ah! j’oublie tout à présent... c'est un des momens les plus doux de ma vie.

FRÉDÉRIC, bas à Angéla. C'est elle...

ma belle inconnue... ma fée Myrta...

ANGÉLA. à part , s’éloignant finement de Bathilde. Elle! .. Bathilde !.. c’est elle dont il meparlait ce matin...

bathilde, à Angéla. Qu’as-tu donc?

ANGELA. Rien... rien... la surprise...

l’émotion...

CRESPEL, courant à Angéla. Ah! mon Dieu! la voilà qui pâlit encore... le bonheur lui fait autant de mai que le chagrin... (A part, avec amertume.) Pauvre enfant!... sa mère.... tout comme sa mère ! . .

angéla, avec effort. Oui, mon oncle, oui... c’est le bonheur de retrouver une amie... mon amie d’enfance... après une si longue séparation... ( A Bathilde.) Mais, voyons, parle-nous de toi, de tes voyages, de ton bonheur... (avec intention) de ton mari...

bathilde, riant. Mon mari!., ah! ma bonne amie , ce n'est pas là le beau côte de mon histoire...

' FRÉDÉRIC , finement. Je le crois bien...

d'abord , comme physique , c’est hicn le baron le plus sec , le plus jaune et le plus poudré de l'Europe.

bathilde , riant. Le baron. .. mais, mon cher monsieur, il n’est rien de tout cela., il est mort !

CRESPEL. Vous êtes veuve?..

FRÉDÉRIC et ANGÉLA , à part. Veuve !

bathilde , riant. Tout ce qu’il y a de plus veuve depuis deux ans, grâce à Dieu!

CRESPEL. Voilà une touchante oraison funèbre pour le défunt.

bathilde. Ecoutez-moi , mon ami , et vous verrez si j’ai dû regretter le baron de Castelflor... Je vous quittai, il y a cinq ans, orpheliue , sans fortune, rappelée à Naples par un vieux et riche chanoine , frère de mon père. Mon oncle était grondeur, goutteux, fort gourmand, et j’avais,

E our toute distraction , la lecture de son reviaire, qu’il trouvait commode de me faire faire, soir et matin!..

CRESPEL, riant. Voyez-vous, le chanoine!..

bathilde. Au milieu de ces douces occupations , un jeune et riche étranger ,

le baron de Castelflor, devint épris de ma personne.... il me demanda, m'obtint, m’épousa, se ruina, mangea ma dot, me trompa, m’abandonna, et mourut, à la suite d’une course de chevaux dont il ne gagna pas meme le prix.

angéla , avec bonté. Pauvre Ijathilde !..

bathilde. Oh ! ne me plains pas., c’est de mon veuvage que date mon indépendance et mon bonheur... Je perdis aussi mon oncle peu de tems après...

CRESPEL. Des suites d’une course de chevaux ?..

BATIULDE. Non de celles d’un

repas de chanoine... Sa succession me rendit une fortune ! et, depuis ce temps, je vis libre, heureuse, voyageant par goût, cultivant les- arts avec passion, la musique surtout dont je rafollc ; et faisant tourner quelques têtes sur mon chemin, ce qui ne m'engage à rien, ni elles non plus...

FRÉDÉRIC. Mais ce monsieur qui vous accompagne?..

bathilde. Oh ! celui-là, c’est un grave conseiller aulique... une conquête que j’ai faite en Prusse... un putito, comme on dit eu Italie, un soupiiant d'amour, un surnuméraire dei’hymeu, M. Mathias Barnabé de Bilderbrockhausen... Comme il n’est ni jeune, ni beau, ni aimable, j’en ai fait mon chevalier servant... 11 me suit depuis Berlin , me fait des vers et porte habituellement un contrat de mariage tout préparé dans sa poche, pour saisir, dit-il, mon bon moment.

Frédéric, avec émotion. Et cemomentlà doit-il venir bientôt?..

bathilde. Je n’en sais rien... peut-être oui... peut-être non., quand je serai lasse de ma vie errante., et, alors, autant vaudra le conseiller qu’un autre. .. 11 est fort pacifique... immensément riche... pas jaloux et parfaitement dressé... Il m’attend en bas, dans ma voiture...

ANGÉLA , voulant sortir. Mais il faut le faire monter...

crespel. Certainement... un conseiller aulique qui fait antichambre... dans la rue... Je vais le chercher...

BATHILDE, l’arrêtant. N’en faites rien., il gâterait notre réunion... (Hiunt.) D’ailleurs, vous le dérangeriez... il me tourne sans doute un madrigal sur mou succès au dernier concert de Vienne...

crespel. Au concert!... seriez-vous harpiste, pianiste, organiste?..

FRÉDÉRIC , vivement. Eh ! non , mon père, M“* la baronne est chanteuse.

Crespel , avec humeur. Chanteuse!., i

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