‹ Le lutin couleur de feu, ou, Mes tablettes d'une annéeChapitre 10 sur 92 · ET MIL HUIT CENT DIX-HUIT. ID · texte numérisé non relu

ET MIL HUIT CENT DIX-HUIT. ID

plus à s'appuyer de ces énormes in-folios qu'on exigeait de leurs devanciers : une toute petite comédie et le discours obligé , pour lequel on les dispense d'exhiber un certificat d'origine , tels sont les seuls titres écrits qu'ils aient à produire. On voit que nos poètes peuvent arriver en voltigeurs à

l'immortalité , pourvu qu'ils présentent

une notable compensation en visites et surtout en dîners.

» En 17 18, nous n'avions, en France, que des tragédies , des comédies et des opéras ; les poètes dramatiques d'alors restreignaient leur muse à ces trois espèces d'ouvrages ; quelquefois même , ils avaient la modestie de se croire trop au large dans cette carrière circonscrite.

» En 181 8, le génie de nos dramatistes a franchi les bornes qu'avaient posées Corneille , Molière et Quinault ; nous savourons des mélodrames noirs, comiques ^ équestres j aériens; le vaudeville nous offre des revues auxquelles on peut ajouter des scènes ou en retrancher , à volonté , sans

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nuire à l'action , parla raison infiniment simple qu'il n'y en a point; et nous venons tout récemment de nous enrichir des comédies politiques ^ heureuses compositions où quelques sentences déhitées à poings fermés tiennent lieu de la fable , de l'intrigue et du style.

» En 17 18, les comédiens se contentaient de l'estime que le public accordait à leur talent. Jamais la première actrice du temps ne fut appelée ni le diamant , ni la perle ; jamais les gazettes ne surnommèrent Baron le grand; on disait le grand F'illars, le célèbre Baron.

» En 181 8 , la gloire théâtrale est sur le point d'éclipser toutes les gloires connues : nous révérons presque les rois de comédie; encore quelques jours , et nous fléchirons le genou devant leur couronne d'oripeau.- Lauriers, épîtres rimées , présens, tout leur est prodigué ; le peuple s'attelle à leur voiture, comme jadis les Romains s'attelaient au char de triomphe des Césars.... Je gage-^ rais qu'ils nous attendent à l'apothéose.

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