DE TOUTES COULEURS
taires, qui, dans le recueillement de leur prétendue douleur, se repaissent souvent , en perspective, du plaisir de placer à 1 innocent intérêt de aS pour loo les deniers du défunt , se promettent d'attaquer les legs particuliers stipulés par son testament, changent en projets les distributions de sa maison, méditent le renvoi de ses vieux serviteurs, et calculent une augmentation aux redevances de ses fermiers. J'ai vu plus d'une fois , dans la même circonstance , la jeune veuve, nouvelle matrone dEphèse, se draper avec coquetterie du lugubre chaperon , tandis que , du coin de l'œil , elle détaillait les perfections du beau-frère qui soutenait sa faiblesse. Peut-être songeait- elle à la
dispense
« L'adolescent frémit à l'aspect du chaperon doctoral^ dont quelques régens sont encore revêtus. Il lui rappelle cette syntaxe diffuse , ces versions monotones , ces thèmes laborieux , cette versification latine si péniblement apprise ; et le mal--
a/f LES CHAPERONS
heureux croit à chaque instant voir fondre sur lui le cortège des menaces, des pensums , des férules , s'échappanl du fatal chaperon , comme les aquilons s'échappent des antres de l'Etna.
» L'influence du chaperon de collège a-t-elle cessé ? L'étudiant adulte tombe sous le cliaperon d'un moderne Barthole. Contraint à chercher le droit dans un dédale inextricable de lois, de coutumes, d'arrêts , d'ordonnances , combien ne regrette-t-il pas ce bon vieux temps où le droit naturel guidait seul les humains, où la bonne foi tenait lieu de code , où le prud'homme rendait , sous un arbre , une justice que la chicane en chaperon ne
nait point égarer... ! Alors, les hommes étaient presque sauvages, et leurs intérêts se réglaient à l'amiable ; maintenant ils sont fiers de leur civilisation , et ils plaident.
» Si je porte mes regards vers les sociétés , j'y vois une jeune personne conduite par un grand chaperon , c'est-à-dire , par une femme plus ou moins vieille , qui ,
DE TOUTES COULEURS. u5
pour se consoler de n'être plus à surveiller , voue sa vie à la surveillance. Sa pupille , en se baissant pour renouer un soulier , n'y a-t-elle pas glissé quelque douce missive ? dans un quadrille , ne lui a-t-on point serré la main , en faisant la chaîne anglaise? durant la walse, les bras du cavalier sont-ils enlacés décemment ? les deux ^valseurs ne profitent-ils pas d'un rinforzie?ido pour se donner un rendezvous ? Tels sont les points sur lesquels roule l'attention de la surveillante ; et qu'en résulte-t-il ? ce que la nature laissait ignorer à l'innocente , elle le soupçonne par l'effet d'une maladroite défiance : sa jeune imagination se monte , son cœur pressent une science aimable. . . . Un beau professeur est là , il se propose , on l'accepte , et le chaperon de la muraille n'a plus de pointes assez acérées pour séparer deux êtres dont l'un brûle d'enseigner, et l'autre d'apprendre.
» Glissons légèrement sur le chaperon de ce docteur médecin qui croit la santé
■ji6 J.iis CHAPEKOivs, etc.
publique tributaire de ses soins , lorsque c'est ^ hélas! la parque qui l'en remercie; et disons un mot de ces petits magistrats qui, semblables à tant de gens importons par riiabit , revêtent la considération avec le cliciperon : tant qu'ils en sont couverts , on les courtise , on les adule ; dès qu'ils le quittent , on les délaisse , heureux si ce n'est pas avec mépris. ... Ce chaperon -là ressemble à la peau du lion.
» Enfin je parlerai du chaperon qu'Une main prévoyante place sur les jeux des oiseaux de proie dressés pour nos plaisirs, afin de refréner leur ardeur malfaisante.... Ah ! pourquoi ne peut-on agir de la sorte avec tous les oiseaux de proie dont la société est remplie!... Mais je forme un vœu trop sévère , il faudrait enchaperonner les deux tiers du genre humain. »
Voilà des chaperons , messieurs les auteurs dramatiques : travaillez , il vous reste de l'étoffe.
LE F01?fDS D DINTE MARCHANDE, etC. I'-