LES LIBRAIRES
circonstance dont il était si réellemenlj persuadé, qu'avant de mettre la main à la] casse, riionnête homme t'a prié de lui compter moitié du prix convenu pour l'impression. Maintenant tu prépares une invasion générale dans le domaine de la librai-l rie ; trompé par un espoir frivole , tu penses qu'il ne faut que répandre un livre avecl' surabondance pour en assurer le débit.
Bref, c'est par la force que ton ambition prétend subjuguer cette curiosité publique dont on ne peut, le plus souvent, se rendre maître que par l'adresse. Insensé, ne voistu pas que tu attaques inconsidérément les principes d'un commerce que tu dois ménager pour ton propre intérêt? Nous arrivons tout doucement à l'heureux temps où les libraires pourront se passer d'auteurs, jamais les auteurs ne se passeront de libraires. Le meilleur ouvrage n'obtient une valeur réelle qu'entre les mains de ces derniers : dans celles de l'écrivain qui le fit, c'est un lingot sans prix, auprès duquel il est condamné à mourir de faim , s'il ne