ET LES AUTEURS
savez... — Le voici. — Maintenant, le nom de l'auteur, s'il vous plaît? — Voilà mon livre :
Prenez, monsieur, le nom ne fait rien à l'affaire.
— Qu'est-ce que vous me dites donc? le nom fait tout. — Tant pis : car on peut vendre bien des platitudes sous cette enseigne trompeuse. — Sans doute ; mais un ouvrage est payé quand on le lit. Enfin, à combien laissez-vous cela? — A4 francs.— Et le prix du libraire. — Mais... je vous ferai la remise d'usage... dix pour cent. — Bon! vous voulez rire; jamais libraire ouvrit-il la main pour recevoir une aussi mince commission? Mon usage, à moi, est de prélever vingt pour cent et le treizième exemplaire. — Quoi, vous exigez à peu près le tiers du prix de vente; mes frais payés, je serai loin de pouvoir conserver autant. — En vérité, les auteurs ont de singulières prétentions.... Eh! monsieur, depuis quand faut-il que vous fassiez des bénéfices?. La gloire, voilà votre lot; le
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vil métal n'appartient qu'à nous, courtiers mercenaires du Parnasse. — On ne peut pas mieux raisonner. Donnez donc tous vos soins à la vente de mon ouvrage , je souscris aux conditions pleines de modération que vous m'imposez. — Soyez tranquille, vos intérêts sont en bonnes mains. » A ces mots, le libraire jeta dans un coin les exemplaires que Saint-Albin apportait , puis il lui tourna le dos. Comme le pauvre jeune homme fut reçu partout de la même manière, il rentra chez lui bien revenu des^ brillantes illusions dont il se berçait le matin encore ; toutefois il ne perdit pas courage.
» Huit jours s'étant écoulés , et les journaux ayant annoncé la production de Saint- \lbin avec leur bienveillance ordinaire , il crut pouvoir faire une recette honnête chez ses libraires... Quelle fut sa douleur lorsqu'il ne vit pas une seule de ses brochures étalée?... Furieux, il tança vertement les dépositaires insoucians,, qui lui rirent au nez , et lui tournèrent le dos une