‹ Le lutin couleur de feu, ou, Mes tablettes d'une annéeChapitre 25 sur 92 · LE VOYAGE A VERSAILLES · texte numérisé non relu

LE VOYAGE A VERSAILLES

( Octobre. )

J'ÉTAIS appuyé, mardi dernier, sur le balcon de l'une de mes croisées, d'où l'on découvre le jardin du Luxembourg, et je songeais à \ instabilité des choses humaines. I^e sujet n'est pas neuf; mais il me revenait en ce moment à la pensée, parce que j'avais sous les yeux un coin du tableau mobile de la nature. «Hélas! me disais-je mentalement, ces feuilles rougeâtres que le zépbir chasse en se jouant, formaient naguère le beau rideau vert sur lequel j'aimais à reposer ma vue; ces fleurs dont les pétales s'échappent, privés d'existence, du calice où ils reçurent la vie, étaient, le mois dernier , l'orgueil, du parterre : la rose rivalisait d'éclat et de fraîcheur avec le teint des belles promeneuses; le lis of-

48 LE VOYAOr

frait à leur soin un objet de comparaison dangereux. Les feuilles et les fleurs n'ont duré qu'un moment : le temps les abattit d'un coup d'aile.... tel est aussi le sort de la fragile humanité.

FugerU in villa

Aetas ; carpe diein , quàin tninimum crcdula postera.

disait avec trop de raison le poëte de Tibur. — Et ces mots valent un gros livre , continua mon lutin que j'aperçus à ma seconde croisée... Or, comme demain est fort incertain, je te propose d'aller aujourd'hui même à Versailles. C'est un voyage qui n'est pas sans intérêt pour un observateur; tout d'ailleurs semble le favoriser : la matinée est superbe, les eaux doivent jouer , les moyens de transport abondent. Choisis : le modeste coucou., le célérifere léger , la parisienne élégante , la douce gondole se présentent à l'envi. Toutefois, si tu te décides en faveur de cette dernière voiture, n'imite pas cet honnête bourgeois du Marais qui, s'attachaut trop

Page 1