CHEVALERESQUES. 7I
>u (lu Niémen leur ouvrirent à la fois leurs •JiateaUx forts et leurs tendres coeurs; mille ières castillanes, long-temps sourdes aux {uilares espagnoles , s'attendrirent aux oupirs hâtifs de nos Français.
» La paix a borné le cours de nos avenureuses destinées : elle a mis, heureusenent pour riuinianité , notre gloire miliaire au régime des souvenirs. Mais nous îe pouvons perdre en quelques instans des labitudes qu'une longue suite d'années a endues presque inhérentes à notre nature ; irradijés à cette vie martiale dont le mouvement, les courses , les dangers étaient les attributs ordinaires , nous voulons , du moins , retrouver une image de tout cela. C'est ce qu'ont judicieusement pensé les entrepre^ieurs àesjeux chevaleresques , et c'est ce qui fera le succès de leur entreprise.» :
L'assemblée ({ue je trouvai réunie au carrousel moderne était nombreuse et brillante. La parure de nos belles Parisiennes offrait à l'œil l'heareiix mélange
y 2 Lrs jrrx
des plus riclies couleurs : on cliI dit un parterre diapré de mille (leurs vivantes. Les hommes avaient égaleriient fait toul leur possible pour être élégans ; mais, peu attentifs à choisir Its couleiu-s de leurs da mes, ils avaient adbpté les nuances lej pliis bizarres r je vis beaucoup de chevaliers en habits pistaches , on pantaionîj beurre frais , et en bottines' gris-sôUris. i-
Quand j'entrai dans le tirque\^ lesjugej des combats étaient gravement occupés h faire peser deux jockeys et deux selles sans doute pour égaler les chances d'une grande course qui se préparait ; je cher- 'chai ce qu'il pouvait y avoir de che^^aleresqite dans cette disposition, j'avoue à m; honte que je ne le devinai pas. Cependant me dis-je , l'affiche annonce des exerciceîi à Vinstar des pileux , et les affiches de noîi spectacles ne mentent jamais, comme chacun sait.
J'admirais depuis quelque temps un combat à la lance, exécuté' avec adresse par deux officiers de cavalerie, lorsque je cru^
CHEVALERESQtTES. ^3
entendre un trop prudent inspecteur recommander aux champions de ne pas roiii''
pie leurs lances L'illusion fut détruite
et je me retournai d'un autre coté.
Certain petit homme à face rubiconde, que je reconnus pour un bonnetier de la rue Saint -Denis, occupait le jeu de bagues avec son épouse et ses deux commis : le plus âgé des jeunes gens était le partenaire de madame. L'homme à face rubiconde visait mal : son commis prenait quatre points contre lui un ; je devinai sans peine lequel de ces deux joueurs était habituellement le gagnant.
Je ne m'arrêtai point aux courses de têtes ^ elles me rappelèrent trop l'école fas« tidieuse du cavalier , mes pénibles fonctions d'instructeur, et les longues séances au manège que me reprochait, il y a quelques années, une petite Italienne qui se piquait d'une étonnante exactitude à nos rendezvous.
Mais j'avoue que je pris plaisir à voir les courses en char. Deux de ces élégantes voi-
74 I-Jf-S JEUX
tures fixèrent surtout mon attention; Je \is s'élancer tlans la première une femme grande et svclte, près de laquelle vint se placer avec peu d'empressement un jeune
homme fort pâle ce couple ne me parut
pas en être à sa première course. Toutefois il t mcha le but en un clin d'oeil; la seconde carrièrre fut fournie moins vivement; à la troisième, le nouveau Phaéton poussa ses coursiers avec une extrême mol' lesse; à peine put-il arriver. J'avais jugé . dès le premier moment, que ce garçon-là ne savait pas ménager ses moyens. L'autre char était conduit par un aide de camp du général D*""^; à ses côtés, brillait de jeU' nesse, de vivacité, de parure, une petite baronne que son époux, placé parmi les spectateurs, encourageait de la voix et du geste. Ces coureurs n'avaient pas besoin d'être stimulés : leur primitive ardeur se soutint; ils furent vainqueurs. Soudain une musique guerrière célébra leur victoire. Dans le brouhaha, certain petit billet passa do la main du triomphateur dans celle de
CHKVALERESQUF.S. 7^
sa compagne ; un léger signe en accusa la réception; je jugeai que ce signe promet^ tait une autre victoire , mais celle-là devait être sans fanfare.
Somme toute , on trouve aux jeux chevaleresques, comme ailleurs, des ingénues expérimentées, des Isabelles qui sont folles de la chevalerie , depuis que les chevalier^ emploient en preuves le temps que leurs devanciers perdaient en sermens; beaucoup de chevaliers sans peur, peu sans reproches', et, parmi les maris, force chevaliers 4e la triste Jïgure.
yÔ L AUBERGK d'aIX-LA'CHAPELLE,