‹ Le lutin couleur de feu, ou, Mes tablettes d'une annéeChapitre 47 sur 92 · LES BUREAUX D'AFFAIRES · texte numérisé non relu

LES BUREAUX D'AFFAIRES

( Décembre. )

OoiGNER les affaires des autres et songer aux siennes, chemin faisant, c'est obéir aux lois sociales, qui veulent que les humains s'aident entre eux, et à la loi naturelle, qui fait tendre l'instinct de tout être organisé vers son bien-être particulier. Celui qui sait maintenir un juste équilibre entre ces deux intérêts, est incontestablement un honnête homme; mais j'estime aussi peu ces faux bons hommes dont la feinte sollicitude semble avoir uniquement en vue le bonheur d'autrui , que les égoïstes livrés franchement à l'amour du moi exclusif, qu'un métaphysicien célèbre a nommé gravitation sur soi. Les premiers ont sur les seconds le seul avantage de riiypocrisie, et la probité des uns et des

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autres ne me présente aucune caranljc re=cevahle.

Je ne sais à laquelle de ces deux classes d'individus appartiennent, en général, les agens serviablejs qui font afficher sur toutes les murailles cet avis à l'adversité : Rue ***, n^. ''^ oïl dégage les effets du Mont-de- Piété ; pour en procurer la "vente; avis auprès duquel on trouve ordinairement une pancarte manuscrite contenant l'offre de toutes les places désirables, depuis l'env ploi lucratif d'intendant jusqu'à l'humble condition de palefrenier. Arrêté devant deux de ces affiches, je réfléchissais dernièrement à la duplicité de leurs auteurs, à la robuste bonne foi des infortunés assez simples pour se laisser prendre à ce piège grossier, au malheur des temps, qui rend les hommes plus accessibles à la voix d'une espérance souvent décevante qu'aux accens d'une prudence toujours nécessaire.

Mes réflexions allaient peut-être devenir mélancoliques, lorsqu'Azédor qui, par intérêt pour moi et pour mes lecteurs, ne

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reut pas que ma gaieté native soit altérée, rappela mon attention des régions éthé-* rées où elle errait, en me frappant vigoureusement sur l'épaule : « Suis^noi , me dit-il, et tu verras que le ridicule doit faire justice de ces prétendus buremix cVcif- Jriires^ que l'on pourrait appeler la teigne de rtiidustne. »

Près du lieu o,ii nous étions arrêtés , un bureau d'affaires offrait en lettres d'or son enseigne prétentieuse. Nous entrons; une double porte battante , sur laquelle étaient écrits en gros caractères les mots bureaux et caisse , nous indique ce que nous cherchions ; Azédor tourne le bouton, je le suis, et mon lutin m'ayant rendu invisible comme il le devint lui-même , nous pûmes observer à notre aise ce qui se passait autour de nous.

Des commis expédiaient , dans la première pièce, les malheureux qui, n'ayant obtenu qu'un modique prêt du mont de piété , cherchaient à faire ressource de* reconnaissances que cet établissement leur

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avait remises. Bon nombre de mes lecteurs ignorent , sans doute , comment on procède à cette négociation avantageuse ; je vais le leur apprendre pour leur édification. En bonne justice distributive , tout marché doit se conclure par la fusion amicale de deux volontés, de deux intérêts ; ici l'acheteur a tout le pouvoir ; et comme il règle sa conscience au thermomètre des besoins qu'on lui montre, il devient jpropriétaire des effets du vendeur pour le tiers de ce qu'ils valent, y compris ce que le mont de piété , dans sa munificence mesurée , a primitivement prêté dessus. Il ne faut pas s'étonner, d'après cela, si tant d'affiches sollicitent de pareilles spéculations.

Nos observations étant terminées dans le premier bureau , nous nous glissâmes , toujours invisibles, dans le cabinet principal. L'ameublement en était beau , magnifique même; mais la plupart des pièces qui le composaient avaient un air étranger dont je ne me rendis pas compte

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