PREMIÈRE VISITE
fession de journaliste. — Oui, je t'associe à la rédaction d'un journal des spectacles. — Ainsi mes exploits littéraires se borneront à signaler le succès des ouvrages dramatiques, et les efforts heureux de nos acteurs. Vous sentez que, restreint à cette tâche, je Ék pourrai donner au public que des articles fort courts; à moins que je ne m'étende complaisamment sur la justice des comités, sur la bonne volonté des acteurs , sur la sagesse des actrices. — Je ne te le conseille pas; ce serait blesser leur modestie. Je veux ouvrir un champ plus vaste à ton ambition , et je le puis dans un pays où tout parle aux yeux. — Je vous entends ; tout , à votre avis , est spectacle parmi nous , et vous me chargez de présenter, dans une espèce de kaléidoscope moral ^ la coquetterie étouffant l'innocence , la nullité hardie déplaçant le savoir timide , la sottise usurpaiîtv^ à l'aide de Plutus , la considération due au mérite , l'astuce se couvrant du manteau de la bonne foi , le système hasardé
DE mON LUTIN. 7
remplaçant la vérité démontrée.... — Tel est , en effet , le devoir que je t'impose ; je te dirigerai , tu réussiras , et ce ne sera pas le premier succès qu'on aura obtenu le diable aidant. Adieu : tu me reverras sous huitaine , muni du sujet de ton premier article. » A ces mots , Azédor me tendit une main qui me parut assez douce pour une main diabolique ; puis il s'éleva du parquet une flamme bleuâtre , au milieu de laquelle mon lutin familier disparut.