‹ Le lutin couleur de feu, ou, Mes tablettes d'une annéeChapitre 76 sur 92 · DUN PERSONNEL · texte numérisé non relu

DUN PERSONNEL

ceux de la circonstance. Sans doute, nous avons à déplorer la nécessité de frapper dans leurs intérêts les plus chers , des hommes dont la loi fondamentale de l'état garantissait les droits , des pères de familles, des fonctionnaires recommandables, en un mot; mais c'est à nous d'adoucir les coups du destin , en conservant , de préférence , ceux des intéressés qui , y'ayai^t pas besoin de leur état, en rempliront Ws

' devoirs avec cette noble aisance que les jaloux nomment apathie; et en éliminant ceux qui eussent attendu leur bien-être

■ d'une application constante , et eussent exercé leurs fonctions avec un scrupule que nous devons qualifier d'ambition. Les retraites nous seront aussi d'im grand secours pour tempérer la rigueur d'une ré-

" duction numérique à laquelle il faut bien

^ arriver : En conséquence , nous accorderons, à titre de récompense nationale^ aux. serviteurs que nous jugerons à propos de croire suffisamment fondés en droits , une pension représentant le quart de leur trai-

3oO L\ RKOKGAIVISATIOX

temcnt d'activité; ayant soin de désigner pour la retraite des hommes valides de trente-six à quarante ans , lorsque nous conserverons parmi les fonctionnaires actijs des sujets impotens , et pourvus , autant que possible, de la soixantaine. Du reste , vous jugerez sans doute comme moi , mes collègues , qu'au moment où nous dessaisissons la moitié des administrateurs de Tarmée du traitement dont ils jouissaient , il est de toute justice que nous augmentions celui des fonctionnaires conservés : c'est un point d'autant plus essentiel qu'en vertu du principe le moins contesté, \e. primo mihi, nous devons figurer en tête des nouveaux élus.

«Tels sont, messieurs, les soins qui nous sont imposés , soins dont vous êtes tous pénétrés , et à la hauteur desquels un de nos collègues et moi avons tâché de nous placer, dans un travail préparatoire sur la désignation du personnel reconstitué. »

» Ici le président, après avoir toussé trois

d'un PERSOINNEL. 3oï

bis, mouché deux et craché une, lut à laute et intelhgible voix un contrôle géné- •al , chargé de notes favorables ou conraires : j'en rapporterai quelques-unes irises au hasard, en supprimant toutefois es noms, que je remplacerai par l'indica- :ion des numéros d'ordre qui s'y rattachaient.

N**. I*'. « Serviteur intègre, mais trop 3xclusivement livré à ses devoirs : n'a pas donné un seul dîner depuis qu'il est dans le corps; éliminé.

No. 4- " L'officier le plus distingué de l'armée pour la richesse de ses broderies , la coupe de ses uniformes , l'excellence de ses vins , l'adresse de son cuisinier , le choix, de ses secrétaires et la grâce de son paraphe ; conservé.

N«. 8. » Intelligence foudroyante , persévérance dans les difficultés, inconcevable facilité à créer des ressources , résistance à l'arbitraire, déférence à l'autorité légitime, telles sont les qualités c^ui dis' tinguentcet administrateur; mais il offrait

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une suite non -interrompue d'exemplel décourageans pour ses camarades ; éliniinè.

No. II.» Militaire de résidence dans toute la force de l'acception ; a constamment riposté aux ordres qui lui ont été expédiés pour les armées actives par des certificats de médecins ; mais sa femme a fait les trois dernières campagnes dans les bagages d'un feld-maréchal ; conservé.

N». i3. )) Sujet qui réunit à de longs services le mérite de remplir ses fonctions avec intégrité , et de ne jamais mécontenter personne dans leur exercice. 11 eût été difficile de le réformer, sans le secours de quelques camarades, qui ont obligeamment rectifié sa réputation; éliminé.

N°. i8. » Membre du comité épura toire; exempt d'examen et, de plein droit , conserué.

N". ao. » Fonctionnaire d'une honnête médiocrité, qui le met en harmonie avec L la plupart des membres du nouveau corps ; L consetvé.

d'un personnel. 3o3

No, ai- » Homme d'un mérite reconnu, ne l'on consulte quand il s'agit de granes réformes administratives. Ce serait une onne acquisition pour le nouveau corps; lais sa résidence est sollicitée par un parent u secrétaire général qui vient de termiér ses études ; il n'y a pas à balancer , liminé.

No. 2 5. » Entré au service le premier vril 1816; a fait ses premières armes au ureau des grâces du ministère , où son rincipal exploit a été de s'accorder une écoration , que l'on n'a pas même songé lui disputer , parce qu'il se trouvait le lus ancien serviteur de la liste sur la- [uelle il s'était porté. Allié à deux marquis, . trois vicomtes, à cinq barons et à dix-neuf utres gentilshommes /?«rj-....,' conservé.

N*^. 27. » S'est permis d'avancer flans me brochure que les ministres n'étaient Das infaillibles , ni leurs chefs de division 3l de bureau incorruptibles ; proposition iont la fausseté est victorieusement démontrée par le présent travail ; éliminé.

3p4 la RÉOrvGAJN ISATiON

jN'o. 29. » Fils du plus taciturne de tous les membres de la chambre représentative ; conservé.

]V°. 3o. » Administrateur indispensable!

au ministère pour la parfaite exécution

des ouvertures et des sonates à quatre mains cjui s'exécutent au salon de son excellence , ainsi que pour l'arrangement des gavotes qui s'y dansent. De plus , membre du comité; et, vu la réunion de si beaux droits , conservé. »

La série dont je viens d'extraire quel ques numéros en contenait plus de six cents ; mais Azédor m'assura que les deux tiers des observations correspondantes s( j réduisaient à idem ou à mêiae note quai pi'écédent , et que l'autre tiers dérivait à quelques variantes près , des annotation déjà,citées. Or, mon Lutin, qui pensa ave raison que cette fastidieuse biographie cei serait bientôt de m'amuser, signifia a président de passer à la conclusion de se ijf. rapport: ce qu'il fit en ces termes : L

«Vous voyez, messieurs, avec quelilj,

d'un personnel. 3o5

ustice, avec quelle scrupuleuse impartiaité nous avons tâché , mon collègue et noi , de tenir la balance où les droits de los camarades ont été pesés.,.. Mais qui )eut satisfaire les hommes? Vous verrez [ue les fonctionnaires dépossédés seront ssez injustes pour se plaindre ; que dis-je , Is lanceront contre nous des mémoires cerbes ; et le public, amateiu^ de scandale,, ourra bien leur donner raison. Elevons , vaut qu'il se déborde, une digne contre î torrent des réclamations. Le moveii est impie : il s'agit seulement de garder toutes ;s avenues qui aboutissent au ca'ninet du linistre ; que toute lettre tendant à rélamer tombe dans nos mains; que tout éclamant en personne nous trouve sur m passage; en un mot, multiplions-nous oiu' maintenir notre cher travail. Si mal" ré de si sages , de si constantes précau- ^ ons , nous sommes forcés dans nos dcr- ■liers retranchemens , et contraints à livrer oreille du ministre aux plaintes des vicmes, il nous restera la ressource des de

LA REORGANISAMOW

négations, qui pourront nous alimenter encore quelques mois. Enfin, s'il faut, en désespoir de cause, transiger avec les plai- i gnans . nous ferons publier par un des nôtres une jolie petite brochure en style parabolique , laquelle démontrera , à notre manière , l'avantage qu'il y aurait pour nos anciens pairs à devenir nos subordonnés J dans un corps inutile dont nous propose*! rons la création ; et nous serons bien mabj heureux si , avec l'aide de l'intrigue , notr<j i bienheureuse patronne, nous ne parvejsi nons pas à faire approuver au minis.tr j«f cette institution nouvelle, dont nous lijV< présenterons l'ordonnance organique tout!

faite. Tel est le coup de maître que noij h devons regarder comme notre ancre <| rei miséricorde ; et gardez- vous de croire, ml cri collègues, qu'il serait stérile pour nos intli' rets. Il nous procurerait deux avantag inappréciables: 1°. celui d'écarter sans i ^^ tour des concurrens dangereux ; 2*. ce de nous épargner une foule de détails eI ^^^ nutieux, peu compatibles avec le raj j.oif j

^éleyé que nous qoiis §oini\i§j.i^^i^a|gkic>s

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