‹ Le lutin couleur de feu, ou, Mes tablettes d'une annéeChapitre 90 sur 92 · LA FIN D'UNE SESSION · texte numérisé non relu

LA FIN D'UNE SESSION

{^Juillet. )

« LiA Ijelle mission que celle de représenter une nation forte et généreuse ; de faire entendre au pied du trône ses justes réclamations; de soutenir ses droits imprescriptibles contre les machiavéliques efforts de l'intrigue et de l'arbitraire; d'affranchir enfin ses institutions du joug étranger qu'on voudrait leur imposer encore. Telle est la tâche que je me suis prescrite; je la remplirai toute entière : nulle considération, nulle crainte , nul danger , nulle séduction , ne m'écartera l'espace d'une seconde du sentier que m'ont tracé le patriotisme et l'honneur : quels que soient les cris de la faction ennemie, ils viendront mourir honteusement à mon oreille; mes accens couvriront le bruit des orages qu'elle pourra

'"^ CïlARÏte J^

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rnier autour de moi. — La triste posim que celle d'un député élu pour rapbeler, de tous ses efforts, ces bons priviéges qu'il serait si juste de rendre à la jioblesse piire^ et qui, loin d'obtenir ce ésultat a , sans cesse , à lutter contre ne multitude d'énergumènes , appelés ibéraux , dont l'éloquence, en s'appuyant les principes de je ne sais quel Cicéron, mi, par parenthèse, n'était pas gentilïomme ^ tend à consacrer la plus absurde )illevesée : l'égalité des droits. Mais, paience , si je ne puis pas démontrer à ces Uuminés l'avantage inappréciable de la 'éodalité, je leur insinuerai du moins que )nze cent mille soldats russes ou germains , jrâce à la vertu du knout ^ sont prêts à loutenir, d'un bout de l'Europe à l'autre, e corps titré qui le leur fait administrer. » Ces deux thèmes si différens étaient écrits, le premier, sur la figure franche et ouverte d'un homme dans toute la vigueur le l'âge, le second, sur le visage austère ;t chagrin d'un vieillard, dont l'aménité ne

paraissait pas être la vertu favorite. Ur troisième député se trouvait placé entre ceux que je viens de signaler ; mais on n( lisait rien sur sa physionomie , qui , moin! remarquable que l'extrême exubérance d( 5on ventre , n'était animée que par le sen liment d'une digestion laborieuse.

Ces trois personnages, dont mes lecteur ont sans peine reconnu les opinions poli tiques, descendaient du palais des députés au moment où, mon Lutin et moi, nou débouchions du pont Louis XVI ; c'étai mercredi dernier. « Tu vois , me dit Azé dor, en me désignant l'homme au visag couvert , M. Lefranc , l'honneur du côt' gauche, et l'un des plus fermes soutiens d< la monarchie suivant la charte. Le vieu: gentilhomme auquel il tend une main, qui refuse de saisir, est, non pas le plus élo quent,mais le plus bruyant orateur du côt droit ; il se nomme le marquis des Tou relies. Quant au gros garçon qui descen( entre ses deux collègues , en ayant soin d se tenir toujours à une égale distance di

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l'un et de l'autre , c'est Dutranchant , VHar' pocrate par excellence du centre. Plus fort que ce député qui n'a parlé qu'une fois dans le cours de la session, et cela pour demander qu'on fit remettre un carreau de vitre cassé près du banc où il siégeait , Dutranchant n'a fait entendre son mâle organe que pour invoquer Vordre du jour ^ la question pi'éalable et surtout la clôture, qu'il réclamait d'une voix terrible, lorsque la discussion se prolongeait après quatre heures.

)> Mais c'est dans les écrits qu'il faut étudier les hommes; je veux, puisque noug n'avons en vue aucune autre observation, te mettre à même de juger ces trois députés d'après leur correspondance , au moment oîi ils vont quitter la capitale, c'està-dire , à une époque où leur ambition , plus ou moins satisfaite, doit se peindre à chaque ligne confidentielle qu'ils tracent. Lefranc demeure près d'ici ; invisibles tous deux, nous allons le suivre , et, pénétrant, comme dit Perse , jusque dans son

intérieur, Tobservcr vis-à-vis de sa conscience. Nous passerons ensuite à ses deux collègues. » En effet, nous accompagnâmes le mandataire libéral au fond de son cabinet, où nous lûmes, à mesure qu'il l'écrivait , la lettre suivante , adressée à son épouse.

« Je pars content , ma chère amie , la » loi des élections est maintenue; l'écri- » vain philanthrope qui veut éclairer la » nation sur ses droits, l'autorité sur ses de- » voirs , pourra désormais publier ses opi- » nions sans avoir soumis sa pensée,aux en- » traves honteuses de la censure ; et je ne y> désespère plus de voir réaliser cette res- » ponsabilité des ministres qui n'est encore » qu'une illusion, dont le néant a été re- » connu aussi souvent que les Français » ont usé du droit de pétition; droit tou- » jours proclamé et jamais accueilli, si ce » n'est par un ordre du jour ^ contre l'im- » passibilité duquel j'ai vu cent fois échouer » d'importantes réclamations, qu'il appar- 5) tenait à la chambre seule d'examiner.

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» J'estime la famille d'Armincourt dont I) vous me parlez ; on ne peut lui reprocher I) qu'une misérable prétention à la vieille 0 noblesse, que soutient assez mal sa ré- ') cente nullité; mais je ne puis faire ce >) que vous me demandez en faveur du I) jeune homme de cette famille qui re- 0 cherche ma fille , bien qu'à votre avis ce ) parti soit fort avantageux. D'Armincourt » n'est point propre à faire un sous-préfet : 0 dans les circonstances difficiles où la ) France se trouve, il faut à notre arron- ) dissement un magistrat consommé , et 0 non un écolier en administration , qui se ^ montrerait plus soigneux d'éviter les re- » montrances de son régent^ qu'empressé ») de soutenir les droits de ses administrés. » D'ailleurs , il serait indigne du noble ca- » ractère dont je suis revêtu, que j'allasse \i) plier mon dos, vierge de courbettes, »*dans le salon d'une excellence; je laisse \» à d'autres le soin de vendre l'intérêt » général au profit de l'intérêt particulier, » et je ne perdrai point , au prix d'un ser-

» vice individuel , le droit d'interpeller un » ministre sur le bonheur de la France » entière. Or , si l'obtention d'une sous- » préfecture pour M. d'Armincourt est la » condition rigoureuse de l'union proposée, )* vous pouvez, dès ce moment, rompre » toute négociation; je n'imposerai point » un mauvais administrateur à mon arron- » dissement , afin de procurer un riche ' w époux à ma fille.

» Vous me parlez de fêtes préparées 3) pour mon retour, je me garderai bien » d'en accepter l'hommage ; annoncez par- » tout, je vous prie, que je partirai pour » ma campagne le jour même de mon arri- » vée. Si j'ai rendu quelques services à » mon pays, j'en jouirai le premier, et, » certes, avec la fortune qui m'est acquise, )> ma part dans le bien-être sera toujours )) plus forte que ma participation au bien- » fait.

» Adieu, ma chère amie, je vous rever- » rai avarit dix jours.

» Lefranc. »

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Nous avions lu et commenté longue ent cette lettre, avant que Dutranchant t franchi la moitié de l'espace qui sépare palais des députés de la rue du Colomîr, où il demeurait, tant sa marche ut retardée par son excessive obésité, ms le rejoignîmes sans peine, et nous trames avec lui dans son appartement, e nous trouvâmes déjà obstrué par les Lirricheset les caisses de comestibles qu'il nmençait à réunir, quoiqu'il ne dût pas tter Paris avant quinze jours. MM. Cheet Corcelet, fournisseurs de ces provins , attendaient notre député gastrone, lequel leur donna, avec une oràce ite particuhère, la seule audience, peute, qu'il ait encore accordée depuis qu'il •résente son département. Nous le suiles ensuite près d'un secrétaire à cylin- !, dont il s'approcha autant que le lui mit son ventre, c'est-à-dire, à une disce d'environ trois pieds ; et , tandis qu'il lait sa plume en soufflant, nous lûmes ettre suivante, qu'il écrivait à son fils,

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et dont l'adresse seulement restait à mettre

(c Qu'ils sont injustes, mon cher Edouard » les hommes qui se déchaînent sans cess( » contre les députés du centre !ahl s'ils soup » çonnaient tout ce qu'il nous en coûte poui » siéger avec honneur à cette place, sani » doute ils nous apprécieraient mieux. Voui » savez ce que ma tâche a de pénible » vous, mon fds, qui, de votre main, ave: » inscrit sur mes tablettes les nombreuse y> demandes que j'avais à faire aux minis ^ » très pour notre famille patriarcale : ras ^ V semblez'la toute entière au reçu de 1 \ » présente , et qu'elle sache à quel prix se ^ » vœux ont été satisfaits. I

» J'ai prompt ement ohtenu l'entrepôt d » tabac que je sollicitais pour vous; à 1 » chaleur avec laquelle j'ai répété dix foi ..appuyé, appuyé, lorsque le directes » général des contributions indirectes » parlé , comme orateur du gouvernement » ce digne fonctionnaire a bien vu que c< » entrepôt ne pouvait convenir qu'à moi. » Je vous l'accorde , m'a-t-il dit , en m

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serrant la main, après la séance, et Dieu vous bénisse.

» Il n'a pas été aussi facile d'obtenir un régiment pour le chef d'escadron qui recherche votre sœur; le ministre de la guerre est possédé d'une singulière manie : il veut absolument qu'on sache commander avant d'être revêtu d'un commandement; et son excellence prétend que les vingt campagnes consécutives que votre beau-frère futur a faites dans le château de son père , ne valent pas trente ans d'activité dans les camps. Heureusement, j'ai trouvé près de ce dignitaire des hommes qui sont presque aussi ministres que lui, et de qui les principes sont beaucoup moins austères.

Ces excellences en sous - ordre m'ont accordé ce que je demandais, parce qu'ils ont trouvé entre les droits de mon gendre et les leurs , certains rapports déterminans : c'est un point de comparaison qu'ils donneraient, au besoin, à la faveur dont ils jouissent.

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