‹ Le lutin couleur de feu, ou, Mes tablettes d'une annéeChapitre 91 sur 92 · LATIN · texte numérisé non relu

LATIN

» Bon Dieu ! que les recettes générales » sont rares ! depuis qu'on a perdu la com- » mode habitude des remplacemens poli- » tiques. Savez-vous à quel prix je me suis » fait octroyer celle de votre oncle pater- » nel, recette que je sollicitais, par bon- » heur, au moment où le budjet du mi— y) nistère des finances était en discus- 3> sion? Eh bien! elle me coûte vingt-deux » demandes d'ordre du jour, trente-quatre » sollicitations d'appel nominal , quatre » dîners du quai Malaquais sacrifiés, plus » une extinction de voix, qui n'a cédé qu'au » vingt -huitième rouleau du sirop pec-; M toral. j

j> Et -voila ce qu'on gagne à parler en public.

» Quant à votre cousin , l'enseigne de] » vaisseau , je suis arrivé à temps au m\-' » nistère de la marine, pour lui procurer'; 3) le commandement d'un bateau à vapeur ;•! » ii faut qu'il prenne cela en attendant » mieux. On assure qu'avant trois ou quatre j) ans, nous obtiendrons la permission de

d'u]ve session. 379

w pécher la morue ; je ne laisserai pas » alors échapper l'occasion de placer avan- » tageusement mon neveu.

» 11 a fallu de la présence d'esprit pour

» faire nommer votre oncle maternel à la

» place de procureur du roi , qu'il vient

» d'obtenir. « Ce postulant faisait partie de

» la chambre des cent jours , s'est écrié

» le ministre , quand je lui ai nommé mon

» beau-frère^, je ne le protégerai/*?.... mais,

«Monseigneur, ai -je interrompu avant

» que son excellence eût achevé son ter-

» rible ad<.^erhe ^ c'est un de VOS admira-

» teurs fervens : il a fait réimprimer, dans

» notre département, le beau discours que

0 vous prononçâtes dernièrement à la

0 chambre des députés ; il l'appelle le pro-

i) totype de l'éloquence ministérielie ; et

) cette vérité, j'en étais moi-même péné-

) tré lorsque j'ai fait lever le centre en

) masse , pour soutenir les opinions de

> votre excellence. . . . Eh bien! nous vep-

) rons, a repris le ministre avec douceur:

et le lendemain la commission de mon

38o LA FIN .^

» beau-frère était chez moi avant midi, » tant il importe tle satisfaire un député » qui fait lever le centre en masse dans le » sens d'un ministre. j

» Ma préfecture est en bon train; il ne » s'agit plus que du choix d'une victime; » car, pour me caser ^ on ne peut se disy) simuler qu'il faut dècaser quelqu'un. » Faites , sans que cela paraisse , ime pe- 5> tite visite à notre préfet; et voyez si , par » hasard, on ne pourrait pas enter sur sa » réputation quelques prétendues idées » trop libérales. Ce serait un coup de maî- » tre que de me faire investir d'une pré-

» fecture sans déplacement Du reste ,

» vous présenterez à M. le préfet mes sa- » lutations affectueuses.

» Adieu, mon fils, je vous embrasse 3> bien cordialement.

» DUTRANCHANT. »

Nous n'eûmes qu'un étage à montei pour nous trouver dans l'appartement di marquis des Tourelles; les députés du côt« droit se logent ordinairement dans le;

d'une sEssiojy. 38r

ôtels où résident déjà des membres du entre. Que sait-on ? le voisinage peut aider. laire quelques recrues parmi des hommes uc séduiraient peut-être les libéraux , et est toujours autant de pris sur l'ennemi. )e5 Tourelles était absent ; mais nous cuvâmes sur son bureau un registre de 01 respondance , où nous lûmes la lettre ue voici :

« Ça va mal ^ marquise, ça va mal; la session qui se termine a été la plus mauvaise que nous ayons eue depuis les beaux juuis de iBi5. Pas le plus petit espoir de rentrer dans la partie de mon parc dont le roturier Yalombreuse croit pouvoir jouir insolemment, parce qu'il Ta payée; pas seulement la plus légère apparence que je puisse envoyer le moindre vilain aux galères pour avoir tué des moineaux sur mes terres. Mais, ce quà I peinevous voudrez croire, marquise, c'est I ({u'on refuse de compter mes services > au régiment de royal comtois , pour ) complément des droits qu'a mon fils aîné

» à la croix de Saint-Louis, sous le pré w texte frivole que j'ai déjà obtenu moi » même cette décoration , et comme si Toi » devait y regarder de si près avec de » gens comme nous.

» Croyez-moi, marquise, renonçons ai » sacerdoce pour notre fds le cadet : j j) vois qu'il faudrait peut-être que ce jeun w seigneur commençât par être évêque, ( » vous savez que le premier pas des nôtre. )> dans la carrière ecclésiastique , a toi » jours été l'archiépiscopat.

» J'apprends avec peine que vos tentî )> tives féodales ne sont pas heureuse » C'était une jolie petite idée que d'avo » fait peupler mon colombier; mais pui » que ce fils de meunier, devenu généra A osait trouver à redire que vos pigeo » mangeassent ses grains , et puisqu'il 1 » tuait sans vous en demander la permi » sien , vous avez bien fait de les envoy » au marché; il ne faut pas avoir d'affair y> à démêler avec ces gens là.

^> Mon fih Alphonse a mal choisi s<

d'uINE SKSSIOIV. 383

temps pour revendiquer, aux noces du fermier Lenoir , certain droit tombé en désuétude; nous y reviendrons; mais ce n'est pas là le plus pressé. Marquez-moi si les contusions que le jeune baron a reçues , dans cette circonstance malheureuse , à la partie moyenne du dos , sont sur le point d'être guéries.

» C'est pourtant quelque chose que d'avoir obtenu à l'église les quatre coups d'encensoir qui nous étaient refusés, et d'avoir pu , sans opposition, rétablir mes armes sur notre banc seigneurial. Puisque cet essai a réussi , profitez de l'occasion pour faire restaurer le croissant sculpté audessus de la porte principale du château, en mémoire de mes Ijons aïeux, les croisés; vous savez , marquise , que ce croissant a continué d'entrer dans les armes de ma famille, jusqu'à moi inclusivement; je vous le recommande.

)) J'arriverai sur mon village le 9 août , entre cinq et six heures du soir. Vous viendrez à ma rencontre à la tête de

384 l'A FIN d'une session.

» mes paysans que, pour plus de solen- » nité, vous armerez de mes quatre mous- » quels, et des trois épces qui se trouvent » dans le garde -meuble, si l'on peut les » tirer. Quant à mon sabre , il tient irré- » vocablement au fourreau : c'est, vous le » savez , par cette raison que je n'ai pu » me réunir à la noblesse qui fit long- » temps la guerre dans la Vendée. Puis- » qu'on n'a point encore rétabli les baillis , » vous commanderez un compliment à celui » des deux maîtres d'école du village qui 3) n'a pas adopté l'enspig"o"»o«t^ mutufl » vous lui donnerez exactement la dési- » gnation de tous mes titres. Pour cette » année , il faudra bien que le cérémonia » de ma réception se réduise à cela; l'ai » prochain, îios affaires iront mieux, et j» 5> saurai bien contraindre le curé à veni j) me recevoir sous le dais. |)a

» Recevez, marquise, mes tendres ein » brassemens.

» Le marquis pes Tourelles. »

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( 3 1 juillet. )

-cUn moraliste (i) , dont la philosophie douce et indulgente excuse souvent les travers, a dit quelque part que les malheurs qui affligent l'humanité , les fautes qu'elle commet, les folies auxquelles nous ! i voyons se livrer, naissaient, le plus or- :iiiiairement, de la difficulté que trouvent

. es hommes « ^'a.r?^ete,' danS Ce qu'ils eu-

I repreniïent sous l'influence des passions.

le: Arrêtez-vous , dit avec intérêt ce philo-

alophe aimable à la vierge innocente guidée

in)ar une flamme inconnue, qui va l'é'^arer •

yrrêtez-vous .^ répète-t-il pour la vinotiènie

mois au joueur avide, qu'engage un gain

assager ; arrêtez-vous, dit-il au buveur

situe .menace une apoplexie ; mais arrêtez-

)ous donc, ne cesse-t-il de crier au conqué-

ant contre lequel vont se réunir le désespoir

(i)M- le comte deScgur, de l'académie française.

386 AU RF.VOTK.

des peuples , les horreurs de la famine et la rigueur des hivers.... Les insensés! il n'écoutent rien : leur oreille est fermée aux sages remontrances. Laissons-les courir à leur perte; mais ne les imitons pas, mon cher disciple; arrêtons -nous ici, jusqu'à ce que le public ait jugé nos essais. Que m fin d'une session soit la fin de notre volume; nous en publirons d'autres si le premier réussit. »

Yoilà ce qu'Azédor me disait ce matin .

à mon chevet, tandit* que je fruUal* .ue:

yeux , à peine ouverts. Mon Lutin était ei

habit de voyage ; je lui ai demandé s'il allai

en entreprendre un. « Oui, mon ami, m'a

t-il répondu en souriant; et je suis persuad

que tu n'auras pas le désir de m'accompa

^ner, quand ma destination te sera connue

je vais en enfer. Je me suis fait accordt

un petit congé afin de revoir les bore

rians du Tartare ; que veux -tu? quel

qu'en soit la laideur,

La pairie a ses droits dans un cœur géiuVeux.

Or, profite de mon absence pour faire une halte littéraire dont personne ne se plaindra, si tes articles sont lus sans plaisir, et ç[ui aura l'avantage d'accroître la curiosité, j'ils renferment des élémens de succès.

3omme tu me reverras bientôt, abstiens-toi 'écrire jusqu'àmon retour; ta verve délaisée ne produirait rien de bon ; un auteur éussit toujours mal lorsqu'il travaille sans aveu de son esprit familier , et le bon La ^ontaine n'a jamais conçu une idée plus kl s juste que celle-ci :

Ne forcez point votre talent, V ous ne feriez rien avec grâce. »

A ces mots, Azédor, qui venait de s'envi- )nner d'une espèce d'auréole , m'a tendu

main avec aménité; puis il s'est évanoui mime un songe, ainsi que l'appareil luineux qui l'enveloppait.

yiiL revoir donc , ridicules sur qui

n'ai point encore appelé le rire moleur, caprices fugitifs soustraits jusqu'à

jour à ma légère férule, modes volages nt je n'ai pu suivre la course rapide,

3g3 AU REVOIR.

réputations imperceptibles échappées à ma loupe; en un mot, au revoir, mœurs piquantes qui n'avez pas trouvé place dans ce volume ; je vous retrouverai.

Au revoir, jeunes gens , amis de la critique qu'assaisonne la gaieté; au revoir, femmes trop spirituelles pour froncer le sourcil à la lecture d'une malice qui vou5 amuse, quand même elle vous blesseraiun peu; au revoir, beautés pudiques qu. mon Lutin suivra dans l'alcove myste rieuse témoin de vos soupirs; au revoi enfin vous tous, mes bons compatriote:

Puissé-je vous retrouver tranquilles si vos libertés publiques , sans lesquelles ^ ne peut être pour vous de bonheur, , disposés à prouver aux nations que , po. j avoir offert l'exemple de la valeur herc i que, vous n'avez pas cessé d'être les ml dèles de l'aménité, de la galanterie et

l'amabilité.

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