‹ Le lutrinChapitre 13 sur 44 · En pro!?e on mettrait plutôt s'appréUnt · texte numérisé non relu

En pro!?e on mettrait plutôt s'appréUnt

Retire en leur faveur sa paisible lumière *.

La Discorde en sourit, et, les suivant des yeux.

De joie, en les voyant, pousse un cri dans les cieux. 60

L'air, qui gémit du cri de Thorrible déesse.

Va jusque dans Cîteaux '^ réveiller la Mollesse.

Quand la Nuit * , qui déjà va tout envelopper ,

D'un funeste récit vient encor la frapper ;

Lui conte du prélat l'entreprise nouvelle : G5

Au pied des murs sacrés d'une sainte chapelle ,

Elle a vu trois guerriers , ennemis de la paix ,

Marcher à la faveur de ses voiles épais :

La Discorde en ces lieux menace de s'accroître * ;

Demain avant l'aurore un lutrin va paraître , 70

Qui doit y soulever un peuple de mutins.

Ainsi le ciel l'écrit au livre des destins.

A ce triste discours, qu'un long soupir achève, La Mollesse , en pleurant , sur un bras se relève , Ouvre un œil languissant, et , d'une faible voix , 75

Laisse tomber ces mots qu'elle interrompt vingt fois : « O Nuit ! que m'as-tu dit ? quel démon sur la terre

1 . De ce mois malheureux l'inégale courrière Semblait cacher d'effroi sa tremblante lumière.

(Voltaire, Henriade, ch. II.)

Per incertam lunam sub lucc maligna.

(Virg., ^n., VI, arc.)

2. Célèbre abbaye de Bernardins, dans le diocèse de Chalonsur-Saône (Saône-et-Loire), fondée en 1098, et dont les statuts sont de 1107. Comme les religieux de Cîteaux n'avaient pas embrassé la réforme établie dans quelques maisons de leur ordre, Boileaii suppose, dit Brossette, que la Mollesse ïàM son séjour dans un dortoir de leur couvent.

3. La Nuit, déesse des ténèbres, était fille du Chaos et sœur de l'Érèbe. Elle épousa l'Achéron, dont elle eut les trois furies Tisiphone, Alecto, Mégère.

4. On prononçait alors s'accraîlre en faveur de la rime. Madame Deshoulières a écrit :

Puisse durer , puisse craitre , etc.

Mais ce qu'il y a de plus singulier, dit Marmontel {^Préface de 'a Ucnrlade), c'est que parailre, en faveur de qui on prononçait

LE LUTfilN, II. 283

Souffle dans tous les cœurs la fatigue et la guerre ? Hélas ! qu'est devenu ce temps , cet heureux temps * Où les rois s'honoraient du nom de fainéants*, ' ' '80 S'endormaient sur le trône, et, me servant sans honte. Laissaient leur sceptre aux mains ou d'un maire ou d'un Aucun soin n'approchait de leur paisible cour : [comte *? On reposait la nuit , on dormait tout le jour. Seulement au printemps , quand Flore* dans les plaines 85 Faisait taire des vents les bruyantes haleines, Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent, Promenaient JïïniTaris le monarque indolent. Ce doux siècle n'est plus*. Le ciel impitoyable

s'accraitre , clianseait hii-mêmc de prononciation en faveur de cloilie. Nous avons vu dans Boileau, épîlre IV ;

L'honneur et la vertu n'osèrent plus paraître : La piété clicrcha les déserts et le cloître.

1. Le discours de la Politique, dans la Henriade (chant IV), est l'iniitalion fidèle de celui de la Mollesse. A peine la Politique a reconnu la Discoïde, qu'elle court dans ses bras; et, après (luelques mots de cumpliiuent :

Je ne suis plus , dit-elle, en ces temps bienheureux Où les priiples séduits me présentaient leurs vœux, G» la crédule Europe, à mon pouvoir soumise, Confondait dans mes lois les lois de son Église.

Ce temps dura depuis la mort de Dagobert 1", en 638, jusqu'à la un de la race mérovingienne, en 751.

2. Les rois de la fin de la première race, que l'histoire a Hétris de répilliète de fainéants.

3. On sait de quelle autorité jouissaient lesinatres du palais sous les rois de la première race, et comment ils finirent par iisur» perle pouvoir souverain dans la personne de Péi)in Héristel. Le comte étiiit le second oflicier de la couronne, et rendait la justice pour le roi.

4. Floret déesse des fleurs et du printemps, eut pour époux Zi'phyre. Klle est représentée sous les traits d'une jeune fille ornée de bouquets et de guirlandes, et tenant une corbeille de (leurs.

5. Voltaire, chant IV de la Henriade , fait dire à la Politique :

Cet heureux temps n'est plus. Le sénat de la France Éteint presque en mes mains les foudres que Je l.incc: Plein d'amour pour l'KsIisc, et pour mol plein d'horrear, Il Ole aux nations le bandeau de l'erreur.

A placé sur leur trône un prince infatigable. 90

II brave mes douceurs , il est sourd à ma voix :

Tous les jours, il m'éveille au bruit de ses exploits.

Rien ne peut arrêter sa vigilante audace :

L'été n'a point de feux, l'hiver n'a point de glace*.

J'entends à son seul nom tous mes sujets frémir. 95

En vain deux fois la paix a voulu l'endormir :

Loin de moi son courage, entraîné par la gloire,

Ne se plaît qu'à courir de victoire en victoire.

Je me fatiguerais à te tracer le cours

Des outrages cruels qu'il me fait tous les jours*. 100

Je croyais , loin des lieux d'oii ce prince m'exile ,

Que l'Église du moins m'assurait un asile.

Mais en vain j'espérais y régner sans effroi :

Moines, abbés, prieurs, tout s'arme contre moi.

Par mon exil honteux la Trappe * est ennoblie ; 106

J'ai vu dans Saint-Denis * la réforme établie ;

Le Carme , le Feuillant ^ , s'endurcit aux travaux ;

Et la règle déjà se remet dans Ciairvaux ^.

Cîteaux' dormait encore, et la Sainte-Chapelle

1. Allusion à la première conquête de la Franche-Comté, dont Louis XIV se rendit maître en dix jours, au commencement de février 1668.

2. Tout ce morceau est cité par le grammairien Beauzée comme un exemple dî'asteisme, figure de rhétorique par laquelle on déguise la louange ou la flatterie sons le voile du blâme.

3. La Trappe, abbaye de Saint-Bernard, située dans la commune de Soligny (Orne), fondée en 1140, supprimée en 1790, est aujourd'hui de nouveau florissante. L'abbé Armand Boulhillier de Rancéy avait établi la réforme.

4. Le cardinal de La Rochefoucauld , commissaire général pour la réforme des ordres religieux en France, établit en 1633 la réforme dans l'abbaye de Saint-Denis , qui date de 630 ou 632. Les caveaux de sa belle église gothique servent de sépulture aux rois de France depuis Dagobert 1", son fondateur.

5. Le Carme. Voyez la note 7 de la page 5. — Les Feuillants, religieux de Gîteaux, furent réformés en 1577 par Jean de La Barrière, à l'abbaye de Feuillant, dans le diocèse de Rieux, à vingtquatre kilomètres de Toulouse. En 1587, Henri III leur fit bâtir, à Paris, un couvent dans le voisinage des Tuileries.

6. Chef-lieu d'ordre des religieux de Cîteaux. Cette abbaye, fondée en 1115 par saint Bernard, est située dans une Vallée du département de l'Aube.

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